Le Paradis et l’Enfer sont de concepts profonds et riches de sens dans la doctrine islamique : demeure éternelle des justes et des pieux, il est la manifestation de la miséricorde divine, tandis que l’Enfer est l’expression de Sa colère et de Sa juste rétribution. Le Coran, en tant que Parole de Dieu, décrit en de nombreux versets ces deux demeures, leurs caractéristiques et leurs habitants. Ces descriptions, exprimées dans un langage éloquent et enrichies d’images et de symboles accessibles à l’entendement humain, offrent une vision lumineuse du séjour de félicité et une vision sombre du lieu de supplice.
Quelle est la réalité du Paradis et de l’Enfer ?
La réalité du Paradis est la manifestation de la miséricorde et du pardon de Dieu, tandis que l’Enfer est la manifestation de Sa colère et de Sa malédiction. Il convient, en premier lieu, de dissiper une idée reçue : on imagine parfois que le Paradis et l’Enfer sont deux réalités autonomes, indépendantes de toute autre considération.
Or, il ne s’agit là que d’une illusion. La vérité est que le Paradis et l’Enfer ne peuvent être dissociés de la question de la rencontre avec le Seigneur. En d’autres termes, le Paradis et l’Enfer ne constituent pas la destination ultime ni le but du voyage spirituel : le mouvement tend vers le Seigneur et s’achève avec Sa rencontre, et non dans ces demeures elles-mêmes.
Tout mouvement aboutit en définitive au Principe suprême, et le Paradis comme l’Enfer ne sont que les effets de la manière dont s’accomplit cette rencontre et cette arrivée. Le Paradis et ses degrés sont les fruits et les corollaires de la rencontre avec Dieu sous les Noms de la miséricorde et du pardon, tandis que l’Enfer et ses cercles procèdent de la rencontre avec le Seigneur sous les Noms de la colère et du courroux.
Deux conceptions convergentes du Paradis et de l’Enfer coexistent dans l’enseignement islamique. Selon la première, le Paradis est le foyer de toutes les faveurs et bénédictions divines, tandis que l’Enfer est le foyer de la colère et de la rigueur divines. Selon la seconde, le Paradis et l’Enfer ne sont pas des fins en eux-mêmes : le véritable but est la rencontre avec Allah, et ces deux demeures ne sont que le reflet de la manière dont cette rencontre s’accomplit.
Le Paradis et l’Enfer : deux lieux distincts
Selon l’opinion majoritaire des savants musulmans, le Paradis et l’Enfer sont deux lieux distincts : l’un est le foyer de toutes les faveurs et bénédictions divines, tant spirituelles que matérielles, et l’autre le foyer de la colère et de la rigueur divines.
Le Paradis : foyer de faveurs et de bénédictions divines
Le Paradis est le foyer de toutes les faveurs et bénédictions divines, tant spirituelles que matérielles. Il ne fait aucun doute que toute conception ou représentation que nous nous faisons du Paradis, toute pensée que nous élaborons à son sujet, est fondée sur les critères et les notions que nous avons des bienfaits de ce monde. Une telle représentation ne saurait en aucun cas restituer une image complète du Paradis, car celui-ci est supérieur, plus élevé, plus vaste et plus profond que tout ce que nous avons vu, écrit ou lu, et il dépasse infiniment notre monde.
Cependant, l’étude des versets coraniques et des traditions prophétiques (hadiths) permet d’en obtenir une représentation sommaire, dotée d’une portée éducative extraordinaire, qui attire à elle tout être humain, quelles que soient ses motivations spirituelles ou matérielles, et l’invite — pour l’atteindre — à purifier son âme, à affermir sa croyance, à purifier ses actes et à rectifier sa parole et son comportement. Sur cette base, et après cette précision sur la nature du Paradis, il convient de se tourner vers les versets qui en décrivent les délices.[1]
En ce qui concerne la résurrection corporelle, il apparaît clairement, d’après le Saint Coran, qu’elle revêt à la fois une dimension corporelle et une dimension spirituelle. Car l’être humain se présente en ce lieu avec son corps et son âme ; par conséquent, les deux aspects doivent naturellement être imprégnés des faveurs et des bénédictions divines.
Ainsi, dans de nombreux versets coraniques et traditions islamiques (hadiths), il est fait mention de diverses grâces matérielles et corporelles. À propos des jardins du Paradis, il est dit par exemple : « Des jardins sous lesquels coulent les ruisseaux ».[2] Ces jardins paradisiaques sont donc constamment arrosés par des eaux qui coulent en dessous et alentour. Certains versets précisent même que les demeures célestes sont édifiées sur ces ruisseaux, comme il est dit : « Nous les installerons certes à l’étage dans le Paradis sous lequel coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement. »[3]
Ainsi, selon cette première conception, le Paradis est bien le foyer de toutes les faveurs et bénédictions divines, tant spirituelles que matérielles.
L’Enfer : foyer de la colère et de la rigueur divines
Tout comme le Paradis est le foyer de toutes les faveurs et bénédictions divines, l’Enfer est le foyer de la colère et de la rigueur divines. Conformément au sens littéral et explicite des versets coraniques, il comporte des châtiments à la fois corporels et spirituels. Ceux qui persistent à l’interpréter uniquement comme une punition spirituelle et morale tiennent un discours incompatible avec les enseignements du Coran. La meilleure approche consiste à s’appuyer sur les noms et les attributs que les versets coraniques attribuent à l’Enfer. Ainsi, l’un d’eux déclare : « Craignez donc le Feu dont le combustible est les hommes et les pierres »,[4]c’est-à-dire : craignez le feu dont le bois d’alimentation est constitué des corps des pécheurs et des pierres.
Dans un autre verset, il est dit : « Mais non ! Il sera certes jeté dans la Ḥuṭamah. Et qui te dira ce qu’est la Ḥuṭamah ? Le Feu attisé d’Allah qui monte jusqu’aux cœurs. »[5]
Ces versets montrent que l’Enfer est un centre de châtiment redoutable. Un feu dévastateur le remplit ; il possède diverses portes et plusieurs niveaux. Toutefois, il ne s’agit pas d’un feu semblable à celui de ce monde, mais d’un feu aux caractéristiques particulières : son combustible est notamment constitué de pierres et d’êtres humains. Et puisque les damnés subissent, outre les souffrances corporelles, des tourments spirituels, il apparaît que l’Enfer, tout comme le Paradis, possède à la fois une dimension corporelle et une dimension spirituelle, sans se limiter à l’une ou à l’autre.[6]
Le Paradis et l’Enfer : deux effets de la miséricorde et de la colère divine
Selon une autre opinion, davantage spirituelle que scripturaire, il apparaît clairement que le Paradis est l’effet et la manifestation de la miséricorde divine, tandis que l’Enfer est la manifestation de la colère, du rejet et de la justice divine — la conséquence naturelle d’une vie vécue loin d’Allah.[7]
Le Paradis : effet de la miséricorde divine
D’après l’enseignement islamique, il apparaît clairement que le Paradis est l’effet et la manifestation de la miséricorde divine. En effet, si l’être tout entier et tous les mondes de l’existence sont des effets et des manifestations des Beaux Noms divins, le Paradis ne fait pas exception à cette vérité.[8]
Pour établir que le Paradis est bien l’effet et la manifestation de la miséricorde d’Allah le Très-Haut, nous citerons quelques versets coraniques. Allah dit dans le Saint Coran : « Obéissez à Allah et au Messager, afin que vous obteniez miséricorde. Et hâtez-vous vers le pardon de votre Seigneur et un Paradis aussi large que les cieux et la terre, préparé pour les pieux. »[9]
Ces versets indiquent que le terme du cheminement de ceux qui obéissent à Dieu et à Son Messager est la miséricorde divine et la rencontre avec Lui sous le visage de la miséricorde (« afin que vous obteniez miséricorde »). Ils enjoignent également de s’empresser vers le pardon et l’absolution divins — c’est-à-dire de s’efforcer de rencontrer Allah sous Son visage de Pardon —, dont le Paradis, avec les caractéristiques décrites dans la suite du verset, est l’un des effets.
Dans un autre verset, Allah dit : « Ô gens ! Certes, une preuve évidente vous est venue de la part de votre Seigneur. Et Nous avons fait descendre vers vous une lumière éclatante. Alors ceux qui croient en Allah et qui s’attachent à Lui, Il les fera entrer dans une miséricorde venue de Lui, et dans une grâce aussi. Et Il les guidera vers Lui dans un chemin droit. »[10]
Ces versets proclament que Dieu introduit les croyants dans Sa miséricorde et Sa grâce — autrement dit, qu’ils parviennent à Le rencontrer sous le visage de la miséricorde et de la grâce, et entrent dans le monde qui en est la manifestation, c’est-à-dire le Paradis. Cette formulation indique que la rencontre avec Dieu sous Sa miséricorde équivaut à l’entrée dans le monde de la miséricorde et de la grâce, qui n’est autre que le Paradis.
Le Paradis n’est donc pas seulement un lieu de délices : c’est la présence d’Allah dans Sa douceur et Sa lumière. C’est pourquoi les savants affirment que la plus grande joie du Paradis est la rencontre avec Dieu. Tout le reste n’en est que la conséquence.
L’Enfer : effet de la colère divine
De même, l’Enfer n’est pas une simple prison que Dieu aurait construite pour y jeter les coupables. Il est la manifestation de la colère, du rejet et de la justice divine — la conséquence naturelle d’une vie vécue loin d’Allah. Ainsi, du point de vue coranique, l’Enfer et ses cercles procèdent des effets de la rencontre avec le Seigneur sous le visage de la colère, du courroux, de la juste rétribution, du rejet et de l’exclusion. Sur ce sujet, les versets sont nombreux ; nous en citerons deux. Allah dit dans le Saint Coran : « Ceux-là, leur rétribution sera qu’ils auront sur eux la malédiction d’Allah, des Anges et de tous les êtres humains. Ils y demeureront éternellement. Le châtiment ne leur sera pas allégé, et ils n’auront aucun répit. »[11]
Ces versets indiquent que les mécréants et les oppresseurs sont frappés par la malédiction et la colère divines, puis précisent qu’ils demeureront éternellement dans ce rejet et cette exclusion, et que leur châtiment ne sera jamais allégé. Ainsi, premièrement, ils rencontreront Dieu alors que Celui-ci les maudit et les rejette ; deuxièmement, cette colère et cette malédiction sont éternelles ; et troisièmement, cette confrontation avec la colère divine constitue l’Enfer lui-même — le tourment et la géhenne étant les effets de la rencontre avec Dieu sous Son visage de colère.
Le Saint Coran dit également : « Est-ce que celui qui se conforme à l’agrément d’Allah ressemble à celui qui encourt le courroux d’Allah ? Son refuge sera l’Enfer ; et quelle mauvaise destination ! »[12]
Ce verset exprime clairement que certains hommes se tournent vers la colère divine et rencontrent Dieu sous Son visage de colère, dont l’Enfer est l’effet, et c’est là qu’ils sont établis.
L’Enfer, c’est donc se trouver face à Allah, mais du côté obscur de Sa réalité — loin de Sa miséricorde, rejeté de Sa lumière. Il ne s’agit pas d’une vengeance arbitraire, mais de la conséquence véritable de ce que l’homme a lui-même édifié tout au long de sa vie terrestre.
Conclusion
Le Paradis et l’Enfer ne commencent pas après la mort. Ils commencent ici, maintenant, dans chaque choix que nous faisons. Chaque acte d’obéissance à Allah nous rapproche de Sa miséricorde et construit, pierre après pierre, notre demeure au Paradis. Chaque désobéissance, chaque indifférence à Son égard, nous éloigne de Sa lumière et nous rapproche du feu. Ce n’est donc pas le destin qui décide pour nous — c’est nous qui décidons, librement, sous quel Nom divin nous souhaitons être accueillis.
Qu’Allah nous accorde de Le rencontrer sous le visage de Sa miséricorde, de Son pardon et de Son amour. Qu’Il nous guide vers Lui sur la voie droite, et qu’Il fasse de nous des habitants du Paradis — non par mérite, mais par Sa grâce infinie.
Notes:
[1] Makarim Shirazi, Naser, Payām-e Qur’ān, Téhéran, Dār al-Kutub al-Islāmiyya, vol. 6, p. 195.
[2] Sourate Al-Baqara, 2 : 25.
[3] Sourate Al-‘Ankabūt, 29 : 58.
[4] Sourate Al-Baqara, 2 : 24.
[5] Sourate Al-Humaza, 104 : 4-7.
[6] Makarim Shirazi, Naser, Payām-e Qur’ān, vol. 6, pp. 397-418.
[7] Qiyām al-Qiyāma, pp. 85-100.
[8] Mohammad Shojaei Zanjani, Al-Ma’ād aw al-‘Awda ilā Allāh, vol. 1, pp. 87-123.
[9] Sourate Āl ‘Imrān, 3 : 132-133.
[10] Sourate Al-Nisā’, 4 : 174-175.
[11] Sourate Āl ‘Imrān, 3 : 87-88.
[12] Sourate Āl ‘Imrān, 3 : 162.
Références
- Mohammad Shojaei Zanjani, Qiyām-e Qiyāmat, Kānūn-e Andīsheh-ye Javān, Qom, 2005
- Mohammad Shojaei Zanjani, Al-Ma’ād aw al-‘Awda ilā Allāh, Sherkat-e Sahāmī-ye Entešār, 2013.
- Makarim Shirazi, Naser, Payām-e Qur’ān, Téhéran, Dār al-Kutub al-Islāmiyya, 1998.