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Le Secret du repentir du prophète Adam

Le Secret du repentir du prophète Adam

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Le secret de l’acceptation du repentir du prophète Adam par Dieu réside dans le fait qu’il implora son Seigneur par les cinq immaculés, notamment Mohammad, Ali, Fatima, Hassan et Hussein (as). Ce secret n’est pas un détail anecdotique perdu dans les méandres de l’exégèse. Il est, au contraire, une clef de lecture majeure pour comprendre la place que Dieu Lui-même a accordée à la famille du Prophète (pslf) dans l’ordre de la création — avant même que l’histoire humaine n’ait véritablement commencé. Car si Dieu, dans Sa sagesse infinie, a choisi de faire passer le salut du père de l’humanité par l’invocation de ces noms sacrés, c’est que ces noms portent en eux une lumière antérieure à toute chose, une dignité inscrite dans les fondements mêmes de l’existence.

Le Secret de l’acceptation du repentir du prophète Adam dans le Coran

Le Coran nous rapporte la chute du prophète Adam (as) avec une sobriété bouleversante. Créé de la meilleure forme, honoré par la prosternation des anges, établi comme vicaire de Dieu sur terre, le prophète Adam (as) fut néanmoins mis à l’épreuve. Et cette épreuve, il ne la surmonta pas — du moins pas immédiatement.

Les théologiens s’accordent à nommer ce manquement un « abandon du préférable » (Tark al-awlā) : non pas une désobéissance délibérée au sens d’une transgression morale grave, mais une faiblesse de l’âme encore en formation, un moment d’oubli face à la séduction du fruit défendu. Le prophète Adam (as) n’avait pas commis un péché au sens théologique du terme, mais confronté pour la première fois à la fragilité de sa propre volonté, il abandonné le préférable pour accomplir un acte qui avait mois de valeur auprès de Dieu. Le saint Coran avec les conséquences de cet en ce terme : « Puis Adam reçut de son Seigneur des paroles, et Dieu agréa son repentir, car c’est Lui l’Accueillant au repentir, le Très Miséricordieux. » [1]

Remarquons la construction même du verset : ce n’est pas le prophète Adam qui chercha les mots de son propre chef. C’est Dieu qui les lui transmit (talaqqā : il reçut, il recueillit). Dans ce geste divin se révèle toute la miséricorde du Seigneur, l’homme tombé ne sait parfois même plus comment se relever, et c’est Dieu Lui-même qui lui tend les mots du retour. Quelle image saisissante de la relation entre le Créateur et Sa créature !

Mais quelles étaient exactement ces paroles ? C’est là que les exégètes divergent, ouvrant trois voies d’interprétation distinctes qui, loin de se contredire, se révèlent complémentaires.

Les paroles que Dieu a inspirées au prophète Adam

La nature exacte de ces paroles que Dieu a inspirées au prophète Adam (as) pour son repentir suscite des discussions parmi les exégètes. Les discussions à ce sujet ont débouché sur trois lectures exégétiques :

 La première lecture voit dans ces paroles le cri du cœur d’Adam et Ève (as), tel que rapporté dans le verset 23 de la sourate Al-A’raf : « Tous deux [Adam et Ève (as)] dirent : Ô notre Seigneur, nous avons fait du tort à nous-mêmes. Et si Tu ne nous pardonnes pas et ne nous fais pas miséricorde, nous serons très certainement du nombre des perdants. » [2]

Cette supplication est d’une beauté poignante. Elle ne cherche pas à minimiser la faute, ni à se justifier. Elle s’ouvre sur une confession totale — « nous avons fait du tort à nous-mêmes » — avant de s’abandonner entièrement à la miséricorde divine. C’est la prière de celui qui sait qu’il n’a plus aucune ressource en lui-même et qui s’en remet entièrement à Dieu.

La deuxième lecture y reconnaît l’invocation du prophète Jonas (p), prisonnier dans les ténèbres du ventre du poisson, coupé de toute lumière, de tout secours humain, réduit à l’essentiel : « Gloire à Toi ! J’étais vraiment du nombre des injustes. » [3]

Ce cri de Jonas (p) est devenu, dans la tradition islamique, l’une des invocations les plus puissantes en temps de détresse. Il commence par la glorification de Dieu — affirmant Sa perfection absolue — avant de reconnaître humblement sa propre faiblesse. C’est la structure même de tout repentir authentique : élever Dieu, s’abaisser soi-même.

La troisième lecture, et c’est celle qui forme le cœur de notre réflexion, est attestée par de multiples traditions transmises du Noble Prophète (pslf) et de ses compagnons: ces paroles consistaient à adjurer Dieu par le droit de Muhammad, Ali, Fatima, Hassan et Hussein (p). C’est le tawassul — l’intercession par les êtres les plus aimés de Dieu — comme voie royale vers le pardon divin.

Et comme nous allons le voir, loin de s’exclure mutuellement, ces trois lectures s’entrelacent pour former une seule et même invocation — complète, organique, parfaite dans chacune de ses dimensions.

Les sources sunnites sur le Secret de l’acceptation du repentir du prophète Adam

 Al-Suyuti, l’un des plus grands exégètes et traditionnistes de l’islam sunnite, rapporte dans son monumental commentaire Al-Durr al-Manthur — qui rassemble les traditions exégétiques — la tradition suivante, attribuée à Ibn Abbas, cousin du Prophète (pslf) et l’un des plus grands savants de la première génération islamique :

« J’ai interrogé le Messager de Dieu (psl) sur la signification de ces paroles que le prophète Adam (as) avait reçues de son Seigneur et par lesquelles son repentir fut accepté. Il répondit : « Il a imploré Dieu par Mohammad, Ali, Fatima, Hassan et Hussein (as) en disant : ‘Accorde-moi Ton pardon’, et Dieu accepta son repentir. » »[4]

Ce témoignage est d’une précision remarquable. Ibn Abbas — surnommé Tarjumān al-Qur’ān, l’interprète du Coran — ne formule pas une hypothèse personnelle. Il rapporte directement la réponse du Prophète (pslf) à une question exégétique précise. Et la réponse ne laisse aucune place au doute : les paroles reçues par le prophète Adam (as) étaient une invocation par l’intercession des Cinq Purifiés.

La narration complète d’Ali (as) : l’invocation dans toute sa plénitude

Dans le même ouvrage, Al-Suyuti rapporte une autre tradition encore plus développée, remontant cette fois à Ali ibn Abi Talib (as) lui-même : « J’ai interrogé le Noble Prophète (pslf) concernant l’exégèse de ce verset. Il dit : « … Dieu ordonna à Adam (as) de dire : ‘Ô Dieu ! Je T’implore par Mohammad et la famille de Mohammad. Gloire à Toi, il n’y a de divinité que Toi. J’ai mal agi et je me suis fait du tort à moi-même, pardonne-moi donc, car Tu es le Pardonneur, le Très Miséricordieux. Ô Dieu ! Je T’implore par le droit de Muhammad et de la famille de Muhammad. Gloire à Toi, il n’y a de divinité que Toi. J’ai mal agi et je me suis fait du tort à moi-même, accepte mon repentir, car Tu es l’Accueillant au repentir, le Très Miséricordieux.’ Telles sont les paroles qu’Adam (p) reçut. » »[5]

Ce récit est d’une richesse théologique extraordinaire. Elle commence par le tawassull’intercession par Mohammad et de sa famille — puis enchaîne avec la glorification divine (Gloire à Toi, il n’y a de divinité que Toi), avant de s’achever sur la confession de la faute et la demande de pardon. Cette structure tripartite réconcilie les trois lectures exégétiques en une seule invocation cohérente et complète.

Nous comprenons dès lors pourquoi les exégètes divergeaient : chacun avait saisi une dimension réelle de l’invocation du prophète Adam (as). Le tort n’était dans aucune de leurs lectures — mais dans le fait de les isoler les unes des autres. La Tradition prophétique vient les réunir en un tout harmonieux.

Ibn al-Maghazili et la confirmation par Sa’id ibn Jubayr

Ibn al-Maghazili, savant sunnite réputé, rapporte dans son Manaqib ce même sens par une voie de transmission différente — celle de Sa’id ibn Jubayr, d’après Ibn Abbas. À la question posée sur la nature de ces paroles reçues par le prophète Adam (as), le Prophète (pslf) répondit sans ambiguïté : « Il a demandé à Dieu, par le droit de Mohammad, Ali, Fatima, Hassan et Hussein (as), d’accepter son repentir, et Dieu l’accepta. »[6]

La multiplicité des voies de transmission renforce considérablement la solidité de ce hadith. En sciences du hadith, la convergence de plusieurs chaînes indépendantes vers un même sens est l’un des critères les plus solides d’authenticité.

Un consensus remarquable parmi les savants sunnites

Ce témoignage n’est pas isolé dans la bibliothèque sunnite. Il a été recueilli et transmis par plusieurs grands savants de référence : Al-Qunduzi dans Yanabi’ al-Mawaddah, Al-Bayhaqi dans Dala’il al-Nubuwwah, Badakhshi dans Miftah al-Najah et Abdallah al-Shafi’i dans ses Manaqib.[7]

Cette liste n’est pas exhaustive. Elle illustre simplement l’ampleur de la transmission de ce hadith à travers les générations de savants sunnites. Des hommes de science rigoureux, profondément attachés à la méthode critique de la transmission hadithique, ont jugé ce récit digne d’être consigné et transmis.

Il serait réducteur — et inexact — de ramener ce hadith à un seul transmetteur. Certes, de nombreux ouvrages font remonter la chaîne de transmission (isnād) à Ibn Abbas, mais ce dernier n’en est pas l’unique garant. La tradition est plus large, plus diversifiée, plus enracinée.

Al-Daylami, dans son Musnad al-Firdaws, cité par Al-Suyuti dans Al-Durr al-Manthur, rapporte par une chaîne remontant directement à Ali ibn Abi Talib (p) une narration où l’Imam déclare lui-même : « J’ai interrogé le Noble Prophète (psl) au sujet de ce verset… jusqu’à ce qu’il dise : « Dieu enseigna au prophète Adam (p) à L’invoquer par le droit de Muhammad et de la famille de Mohammad (pslf) afin que son repentir soit accepté. » »[8]

Voici donc deux sources distinctes et indépendantes — Ibn Abbas et Ali (as) — qui convergent vers le même sens, transmis par des chaînes différentes, consignées dans des ouvrages différents, par des savants différents. Cette convergence n’est pas le fruit du hasard.

De surcroît, cette explication est également rapportée de l’Imam al-Sadiq (as), sixième Imam de la lignée d’Ahl al-Bayt, tant dans les sources propres à la tradition chiite que dans certaines sources sunnites — avec une multiplicité de narrations et une diversité de voies de transmission qui en renforcent encore l’authenticité.[9]

 La portée spirituelle du Secret de l’acceptation du repentir du prophète Adam

Ce hadith ne saurait être lu comme une simple mention vertueuse parmi d’autres, ni traité avec la légèreté d’un compliment. Il touche à quelque chose de fondamental dans l’ordre même de la création, et mérite que nous nous y arrêtions avec toute l’attention qu’il requiert.

Méditons un instant sur ce que cela signifie dans toute sa dimension :

Le tout premier repentir de l’histoire humaine — celui du père de l’humanité, le prophète Adam (as), commis au tout premier moment de son existence terrestre — n’a été agréé qu’au moyen de l’intercession des noms de Mohammad et de sa famille sacrée. Et ce n’est pas le prophète Adam qui, de lui-même, eut l’idée de cette invocation. C’est Dieu qui la lui enseigna. Dieu qui lui dit, en substance : si tu veux que ton repentir soit accepté, invoque-les.

Réfléchissons à la portée de cet enseignement. Dieu aurait pu guider le prophète Adam (as) par n’importe quelle voie. Il aurait pu lui inspirer une glorification générale, une demande de pardon ordinaire. Mais Il choisit, dans Sa sagesse souveraine, de faire passer ce premier retour vers Lui par la médiation de ces cinq noms bénis. Ce choix divin n’est pas anodin — il est une révélation sur le rang que Dieu Lui-même leur accorde dans l’économie spirituelle de l’univers.

Un tel privilège n’a été accordé à personne d’autre qu’eux. C’est un rang spirituel élevé qui leur est exclusivement réservé, témoignant de la grandeur exceptionnelle des Cinq Purifiés— le Prophète (pslf), sa fille Fatima al-Zahra (as), son cousin et gendre Ali (as), et ses petits-fils Hassan et Hussein (as). Ces êtres ne sont pas simplement de grands hommes de foi — ils sont des lumières que Dieu a placées au cœur de Sa création avant même que la création ne prenne forme.

Il est rapporté dans de nombreuses traditions que lorsque Dieu créa la lumière de Muhammad (psl), Il créa simultanément la lumière d’Ali, de Fatima, de Hassan et de Hussein (p). Ces cinq lumières formaient, avant toute chose, un tout indissociable. Et c’est ce tout indissociable que le prophète Adam (as) fut guidé à invoquer pour obtenir le pardon divin.

La wilāyat et la khilāfat : ce que ce secret implique pour la succession

Face à un tel enseignement, deux questions surgissent naturellement et avec force dans le cœur de celui qui réfléchit honnêtement :

Comment pourrait-on juger quiconque plus digne qu’eux pour la succession (khilāfat) et l’autorité spirituelle (wilāyat) du Prophète (pslf) ? Comment pourrait-on, en connaissance de cause et devant de telles preuves, leur préférer autrui ?

Si Dieu Lui-même — avant la création du monde, avant l’histoire, avant toute chose — a établi ces êtres comme des intermédiaires privilégiés, comme des noms par lesquels la miséricorde divine est accessible, alors comment la logique spirituelle permettrait-elle de dissocier leur rang dans l’ordre cosmique de leur rang dans l’ordre de la gouvernance et de la guidance de la communauté ?

L’intercession par les Cinq Purifiés n’est pas une simple pratique dévotionnelle parmi d’autres. Il est la reconnaissance d’un fait ontologique : ces êtres occupent, dans la hiérarchie de la création, une place que Dieu leur a accordée de toute éternité. Et si le père de l’humanité dut passer par eux pour retrouver la grâce divine, alors la communauté de Mohammad (pslf) — ses enfants spirituels — ne saurait trouver meilleur guide que ceux que Dieu Lui-même a désignés comme les gardiens de Sa miséricorde.

Face à ces preuves documentaires tirées des sources sunnites elles-mêmes, est-il vraiment surprenant que l’Imamat demeure au sein de la descendance du Prophète et de la famille de Mohammad (pslf) jusqu’au Jour de la Résurrection ?[10]

Conclusion

Le secret de l’acceptation du repentir du prophète Adam (as) n’est pas un simple fait historique destiné à alimenter les débats exégétiques. C’est un enseignement vivant, adressé à chaque croyant en chaque époque : les noms de Mohammad, Ali, Fatima, Hassan et Hussein (p) sont des portes vers Dieu. Ils l’ont été pour le premier homme. Ils le demeurent pour nous. Et si jamais, dans nos propres moments de faiblesse et d’égarement, nous cherchons les mots du retour — si nous cherchons comment tenir devant Dieu quand nous avons failli — peut-être pouvons-nous puiser dans l’enseignement que Dieu Lui-même donna au prophète Adam (as) : invoquer Dieu par l’amour de ces êtres bénis, et laisser leur lumière nous guider vers la miséricorde divine. Car Dieu est, en toute circonstance, l’Accueillant au repentir, le Très Miséricordieux.

Notes:

[1] Sourate al-Baqara, 2 : 37

[2] Sourate Al-A’raf, 7 : 23

[3] Sourate al-Anbiyâ’, 21 : 87

[4] Al-Suyuti, Jalal al-Din, Al-Durr al-Manthur fi Tafsir al-Ma’thur, vol. 1, p. 60.

[5] Ibid.

[6] Ibn al-Maghazili, ‘Ali ibn Mohammad al-Jallabi, Manaqib al-Imam ‘Ali ibn Abi Talib (p), Dar al-Adwa’, Beyrouth, p. 105.

[7] Ihqaq al-Haqq wa Izhaq al-Batil, ibid., vol. 9, p. 102.

[8] Al-Suyuti, Jalal al-Din, Al-Durr al-Manthur fi Tafsir al-Ma’thur, ibid., vol. 1, p. 60.

[9] Bahrani, Seyyed Hashem, Al-Burhan fi Tafsir al-Qur’an, vol. 1, p. 178

[10] Makarem Shirazi, Naser, Payam-e Qur’an, vol. 9, p. 411.

Références :

  1. Al-Suyuti, Jalal al-Din, Al-Durr al-Manthur fi Tafsir al-Ma’thur, Bibliothèque de l’Ayatollah Mar’ashi Najafi, Qom, 1983.
  2. Ibn al-Maghazili, ‘Ali ibn Muhammad al-Jallabi, Manaqib al-Imam ‘Ali ibn Abi Talib (as), Dar al-Adwa’, Beyrouth, 2003.
  3. Bahrani, Seyyed Hashem, Al-Burhan fi Tafsir al-Qur’an, éd. Département des études islamiques de la Fondation Al-Bi’thah, Bonyad-e Bi’at, Téhéran, 1995.
  4. Makarem Shirazi, Naser, Payam-e Qur’an, Dar al-Kutub al-Islamiyyah, Téhéran, 2007.
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