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L'arbitrage de Siffin

L’arbitrage de Siffin

2025-04-01

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L’arbitrage de Siffin

L’évènement de l’arbitrage à Siffîn (Hakamîyya ou Tahkîm al-Qur’ân) est un événement historique qui appartient à la bataille de Siffîn. Au cours de cette bataille, Abû Mûsâ Ash’arî fut le délégué de l’armée de Koufa (l’armée de l’Imam Ali (a)) et Amr ibn al-As fut le délégué de l’armée de Shâm (l’armée de Muawiya) pour négocier sur la divergence dans la communauté musulmane. Ils se mirent d’accord sur le fait que leur décision devait être conformément au Coran.

À propos de la bataille de Siffin

Bataille de Siffîn, se déroula entre l’Imam Ali (a) et Muawiya pendant le mois de Safar en l’an 37 H/ 657 et dans un endroit nommé Siffîn.

Ce fut à cette occasion que Muawiya et ses partisans furent appelés Qasitîn (Injustes). Au cours de la bataille et lorsque Muawiya sentit qu’ils allaient être vaincus, il ordonna de mettre les Corans sur les lances pour dissuader les partisans de l’Imam Ali (a) de continuer le combat. En choisissant deux arbitres pour les réconcilier, la bataille n’aboutit pas.

Ammar et Khuzayma, deux grands compagnons du Prophète (s) qui faisaient partie de l’armée de l’Imam, furent tués lors de cette bataille.

Cause de la bataille

Les premiers mouvements pour cette bataille se produisirent dès que l’Imam Ali (a) devint calife. L’Imam Ali voulait désigner Abd Allah b. Abbas comme le calife de Cham, il écrivit alors une lettre à Muawiya en lui demandant de venir à Médine avec les nobles de la ville de Cham. Aussi, il mentionna dans cette lettre que les gens ont tué ‘Uthman sans consultation avec lui, et qu’ensuite, c’est selon le consensus de la communauté islamique il a été élu comme calife.

Dans une lettre à Muawiya, l’Imam écrivit:

« L’allégeance avec moi est une allégeance générale et concerne tous les musulmans y compris les gens qui étaient présents lors de l’allégeance à Médine, mais aussi les gens de Bassora, de Cham et les gens des autres villes. Imagines-tu qu’en m’accusant de l’assassinat de ‘Uthman, tu pourras échapper à cette allégeance? Tout le monde est conscient du fait que ce n’est pas moi qui l’ai tué ; et [après tout] la vengeance de la mort de ‘Uthman revient plutôt à ses héritiers qu’à toi. En plus [tant qu’il était en vie], c’était toi-même qui t’opposais à lui et lorsqu’il t’a demandé le secours, tu ne l’as pas aidé jusqu’à ce qu’il soit tué ».[1]

Muawiya ne répondit pas à cette lettre.[2] Après la bataille de Jamal, l’Imam resta à Kufa et essaya de convaincre Muawiya de lui obéir. Mais après avoir été convaincu que Muawiya ne lui fera pas l’allégeance, il fit un discours et invita les gens de Kufa à le combattre.[3]

Une Bataille Férocement Livrée

«Un jour, alors que la campagne semblait proche, ‘Alî se prépara à la bataille avec une solennité inhabituelle. Vêtu de la cotte de mailles et du turban du Prophète, et montant sur le cheval du Prophète, Riyâh, il sortit le vieux et vénérable étendard de Mohammad. L’apparition de cette relique sacrée, maintenant déchirée en lambeaux, fit sangloter les illustres Compagnons qui avaient si souvent combattu et conquis à son ombre, et incita les troupes enthousiastes à s’empresser dans une formidable démonstration de force sous la bannière sacrée. Muawiya avait rassemblé douze mille parmi les meilleurs guerriers de Syrie, lorsque ‘Alî, épée à la main, à la tête de ses vétérans impétueux, les attaqua avec le cri d’ « Allâh-û-Akbar » et les mit immédiatement dans la confusion générale. Les Syriens purent finalement se remettre de leur désordre.

»La tribu de Awk du côté de Muawiya et celle de Hamandites du côté de ‘Alî firent chacun de son côté le vu solennel de ne jamais quitter le champ de bataille tant qu’un seul de la partie adverse y demeurait pour le disputer. Il en résulta un carnage terrible parmi les plus braves des deux armées. Des têtes roulaient sur le sol, et des flots de sang coulaient dans toutes les directions. Mais l’issue de la bataille fut fatale pour les Syriens qui subirent une défaite totale et se retirèrent dans la plus grande confusion». [4]

Des Combats Décisifs à Çiffîn ; Le Combat Valeureux de Mâlik al-Achtar

La Bataille de Çiffin fut enfin livrée désespérément les 11, 12 et 13 Çafar, 37 H. La guerre continua à faire rage pendant la nuit éclairée par la pleine lune du 13 Çafar, beaucoup plus que pendant la journée. Pareille à la nuit du champ de bataille de Qadiciyyah, cette nuit-là fut appelé une seconde Laylat al-Harir (la nuit des sons métalliques). Mâlik al-Achtar montait un cheval pie, et maniant un sabre large à double tranchant, il criait sans cesse: «Allâho Akbar». A chaque coup de son terrible cimeterre, un guerrier tombait, fendu. L’histoire nous dit qu’il répéta ce cri redoutable au moins quatre cents fois durant la nuit. Le héros de la bataille, résolu à obtenir la victoire, lançait ses attaques avec une vigueur soutenue et beaucoup de pugnacité.

Le jour se leva et parut très désavantageux pour les Syriens qui étaient repoussés vers leur campement par la charge de leurs courageux assaillants. Muawiya, qui observait le champ de bataille avec angoisse, devint de plus en plus nerveux lorsque les rangs de ses gardes du corps furent taillés en pièces. Alors qu’il songeait avec désespoir à prendre la fuite, et qu’il avait même demandé qu’on préparât son cheval, ‘Amr Ibn al-‘Âç, qui se trouvait près de lui, lui dit: «Courage, Muawiya! Ne te démoralise pas! J’ai imaginé le moyen de prévenir la crise. Appelle l’ennemi à la Parole de Dieu en levant haut le Livre Sacré. S’il accepte, cela te mènera à la victoire, et s’il refuse de subir l’épreuve, la discorde sévira dans ses rangs».

Une Supercherie pour Détourner la Crise

Muawiya s’accrocha ardemment à ces paroles, et peu après cinq cents copies du Coran furent levées haut, accrochées à la pointe des lances. «Regardez!» s’écrièrent les porteurs du Coran à l’intention de l’armée adverse. «Laissons au Livre de Dieu le soin de décider de nos différends». [5]

Ce stratagème produisit un effet magique sur Ach’ath Ibn Qays [6]  et ses partisans ainsi que sur certains Kûfites. On eût dit qu’ils attendaient avec angoisse cet artifice. Ils bondirent en avant tout de suite, et d’une seule voix retentissante ils crièrent: «Oui, le Livre de Dieu! Laissons-le décider de nos différends», tout en déposant leurs armes. Entendant le tumulte, ‘Ali fit quelques pas en avant et les admonesta: «C’est une supercherie, leur dit-il. Craignant la défaite, ces hommes malveillants ont trouvé cette astuce de sauvetage». «Quoi!» s’écrièrent les hommes dupés par la ruse de Muawiya. «Est-ce que tu refuses de te soumettre à la décision du Coran auquel ils t’appellent?» «Mais c’est pour les amener au Coran que je les ai combattus si longuement. Ce sont des rebelles. Allez donc combattre votre ennemi. Je connais Muawiya, ‘Amr Ibn al-‘Âç, Ibn Abî Sarh, Habib et Dhohâk mieux que vous. Ils n’ont pas d’égard pour la religion ni pour le Coran». [7]  «Quoi qu’il en soit, persistèrent-ils, nous sommes à présent appelés au Coran et nous ne devons pas décliner cet appel».

Ainsi ils ne voulaient entendre aucun argument. Et finalement, avec une attitude de révolte, ils menacèrent le Calife que s’il refusait l’appel, ils l’abandonneraient tous ou même ils le livreraient à son ennemi, ou lui réserveraient le même traitement qu’avait subi ‘Othmân.

‘Alî constata qu’il était inutile d’essayer encore de convaincre ces soldats séduits définitivement par l’astuce de Muawiyeh, et leur dit alors: «Arrêtez d’user de ce langage véhément et traître et obéissez-moi en reprenant le combat. Mais si vous êtes déterminés à me désobéir, faites comme vous voulez». Ils refusèrent de lui obéir et le pressèrent de faire sortir Mâlik al-Achtar du champ de bataille (ces hommes devinrent très sectaires et ils seront désignés dans l’histoire par le terme de « Khârijite » – sécessionnistes).

Mâlik al-Achtar, sommé de revenir, refusa tout d’abord en disant: «Je ne peux pas quitter le champ de bataille. La victoire est à la portée de la main». Devant cette réponse, le tumulte des Khârijites se fit plus fort, et ils insistèrent auprès de ‘Alî pour qu’il le fasse ramener immédiatement. ‘Alî envoya un autre message à Mâlik al-Achtar pour lui dire: «A quoi sert la victoire lorsque la trahison sévit à l’intérieur de mon propre camp. Reviens tout de suite avant que je sois tué ou livré à mes ennemis».

Mâlik al-Achtar cessa le combat à contrecœur et accourut auprès du Calife.

«Une vive dispute éclata entre lui et les soldats en colère: « Vous combattiez, leur dit-il, jusqu’à hier encore pour Dieu et les plus élus d’entre vous y ont laissé leur vie. Cela signifie-t-il que vous reconnaissez maintenant que vous êtes dans l’erreur et que vos martyrs sont allés en enfer ? ». « Non! Ce n’est pas ainsi, répliquèrent-ils. Hier nous combattions pour le Seigneur, et aujourd’hui c’est pour le Seigneur aussi que nous arrêtons le combat ». A cette réponse, Mâlik al-Achtar les traita de traîtres, de lèches, d’hypocrites et de mécréants. Ils ripostèrent en l’injuriant et frappèrent son cheval avec leurs fouets. ‘Alî s’interposa. Le tumulte s’apaisa». [8]

Histoire de l’Arbitrage (Hakamîyya)

En l’an 37 H, la bataille de Siffîn se déroula entre l’Imam Ali (a) et Muawiya. Après quelques jours de combats, l’armée de l’Imam Ali (a) fut sur le point de vaincre les soldats de Muawiya. Ce dernier demanda l’aide de Amr ibn al-As. [9] D’après l’idée de ce dernier, les soldats de Muawiya mirent le Coran sur les lances et s’écrièrent :

« Ô gens de l’Irak ! Le Juge entre vous et nous doit être le livre d’Allah ».

Ils s’écrièrent encore :

« Ô Arabes ! Pensez à vos femmes et à vos enfants. Si vous êtes tués, qui défendra vos familles contre les Romains, les Turcs et les Perses ? [10]

Des Propositions d’Arbitrage

Ach’ath [11] Ibn Qays al-Kindî, sortant des rangs des Khârijites, s’approcha de ‘Alî et lui demanda la permission d’aller voir Muawiya pour savoir quelle était la signification précise de son action de lever haut le Coran. La permission lui fut donnée et il se rendit chez Muawiya, et à son retour il dit que Muawiya et son parti désiraient que les différends soient soumis à l’arbitrage de deux juges qui émettraient leurs verdicts conformément au vrai sens du Coran, que chaque partie devrait nommer un juge, et que le verdict des juges serait définitif.

«Ach’ath, le fils de Qays, l’un de ceux qui jouissaient d’un énorme crédit et d’influence parmi les soldats irakiens, mais qui fut soupçonné  [12] d’avoir été suborné par Muawiya, demanda à ‘Alî comment il considérait cet expédient. ‘Alî lui répondit froidement que « Celui qui n’est pas libre ne peut donner son avis. Il vous appartient donc de régler cette affaire de la manière que vous estimerez convenable vous-mêmes» [13].

En tout cas l’armée étant résolue à accepter la proposition désigna comme arbitre, Abû Mûsâ al-Ach’ari le dernier Gouverneur de Kûfa, déposé par ‘Alî pour sa déloyauté, comme cela a été souligné précédemment. «Cet homme – dit ‘Alî, surpris par cette désignation – nous a déjà quittés, et il ne combat pas actuellement avec nous. Il est préférable de choisir à sa place le fils de l’oncle du Prophète, c’est-à-dire ‘Abdullâh Ibn ‘Abbâs». «Et pourquoi ne pas te nommer toi-même au lieu de ton cousin?» dirent ironiquement ses détracteurs. Ils affirmèrent qu’ils ne voulaient désigner que quelqu’un qui puisse être également impartial vis-à-vis de lui et de Muawiya.

‘Alî proposa alors Mâlik al-Achtar, mais ils le forcèrent obstinément à ne choisir qu’Abû Mûsâ comme son représentant.

«C’était le choix le plus amer pour ‘Alî, mais il n’avait pas d’alternative. Abû Mûsâ s’était mis à l’écart de la bataille, mais il devait se trouver dans les parages. Lorsqu’on lui parla de l’arbitrage, il s’exclama: « Dieu soit loué pour avoir mis fin au combat! ». « Mais tu es nommé l’arbitre qui nous représente », lui dit-on. « Hélas! Hélas! » s’écria-t-il avant de se rendre avec beaucoup d’excitation au camp de Alî. Ahnaf Ibn Qays demanda à être nommé juge conjointement avec Abû Mûsâ dont il dit qu’il n’était pas homme à pouvoir juger tout seul ni n’ayant suffisamment de tact ni d’esprit pour être à la hauteur de cette tâche. « Il n’y a pas de nud qu’Abû Mûsâ puisse nouer sans que je ne puisse le dénouer, ni de nud qu’il puisse dénouer sans que j’en trouve un encore plus dur à défaire ». C’était tout à fait vrai, mais l’armée était d’une humeur insolente et perverse, et né voulait entendre parler de personne d’autre qu’Abû Mûsâ. L’arbitre syrien était ‘Amr Ibn al-‘Âç, devant les moyens profonds et astucieux duquel Abû Mûsâ ne pesait guère » [14]

Détermination des représentants

L’armée de Shâm choisit Amr ibn al-As comme leur délégué. Mais il y eut encore une divergence dans l’armée de l’Imam Ali (a). Ash’ath et certains d’autres proposaient Abû Mûsâ Ash’arî, mais l’Imam Ali (a) proposait Mâlik al-Ashtar et Ibn ‘Abbâs.

Ash’ath et sa tribu n’acceptèrent pas la proposition de l’Imam, en disant que Mâlik croyait à faire le combat et Ibn ‘Abbâs aussi n’était pas digne d’être le délégué de leur armée. Car d’après eux, leur délégué devait être Yéménite. [15]

Conditions de l’Arbitrage

Après avoir choisi les délégués de deux armées, Muawiya envoya Amr ibn al-As, Abû al-A’war as-Sulamî et certains d’autres auprès de l’Imam Ali (a) pour décider sur le contenu et les conditions de l’Arbitrage.

D’après Ya’qûbî, lorsqu’ils se contredirent sur le titre Amîr al-Mu’minîn (Prince des Croyants) pour l’Imam Ali (a) dans le traité qu’ils furent en train d’écrire, Ash’ath (de l’armée de l’Imam) fut une des personnes qui demandaient de l’effacer et Mâlik fut parmi ceux qui voulait garder ce titre. [16]

Les deux armées se donnèrent 8 mois et choisirent la fin du mois de Ramadan et la ville de Dûmat al-Jandal pour la réunion sur l’Arbitrage. [17][18]

Le contenu et les conditions de leur traité de paix, furent les suivants :[19]

S’il y a désaccord, c’est le Coran qui donne l’opinion finale.

Abû Mûsâ Ash’arî fut le délégué de l’Imam Ali (a) et Amr ibn al-As fut celui de Muawiya.

Si, en prenant compte les versets du Coran, on n’arrive pas à se mettre d’accord, on profitera de la sunna du Prophète (s).

Personne ne doit chercher la discorde et personne n’a le droit de suivre ses désirs personnels et corporels.

L’âme, les biens et la famille des deux arbitres seront en sécurité tant qu’ils ne suivent que le droit chemin.

Si un des deux arbitres meurt avant le jour de l’Arbitrage, l’Imam de cette armée doit présenter un autre arbitre juste.

Si un de deux Imams meurt avant le jour de l’Arbitrage, son peuple doit choisir un autre Imam.

Si les arbitres ne tiennent pas leurs promesses, le peuple a le droit de le refuser.

Dès l’écriture du traité de paix jusqu’à la fin de la période destinée, les gens, leurs biens et leurs familles seront en sécurité.

Aucun soldat n’a le droit de prendre son arme.

Les routes et tous les chemins doivent être en sécurité jusqu’à la fin du traité de paix.

Les deux arbitres doivent habiter dans un endroit entre l’Irak et Shâm (Syrie) et sauf ceux qu’ils veulent, personne n’a le droit d’y aller.

Si les deux arbitres ne jugent pas d’après le Coran et la Sunna, les deux armées reprendront le combat et il n’y aura plus de paix entre elles.

Conseils de l’Imam Ali (a) et de ses compagnons

Pour l’Arbitrage, l’Imam Ali (a) envoya Abû Mûsâ Ash’arî accompagné de 400 personnes sous le commandement de Shurayh b. Hânî et choisit Abd Allah b. ‘Abbâs comme leur Imam dans les prières collectives. De plus, il parla beaucoup avec Abû Mûsâ Ash’arî sur Muawiya et essaya de le faire comprendre le but de Muawiya et d’ouvrir ses yeux devant ses ruses. [20] Shurayh Qâdî fut une des personnes qui alerta Abû Mûsâ Ash’arî sur l’intelligence et les ruses de Muawiya. Il lui dit que si le résultat de l’Arbitrage est le califat de l’Imam Ali (a), tout le monde sera en sécurité, mais si le résultat est le califat de Muawiya, les Irakiens n’auront plus de sécurité. [21]

Il dit aussi :

« Ô Abû Mûsâ ! Ils t’ont choisi comme l’arbitre devant le pire des ennemis. Ne fais pas de l’Irak, un pays humilié. Ne donne jamais le droit à l’armée de Shâm et ne soit jamais pour eux. Sois intelligent pour que Amr ibn al-As ne te trompe pas. Il use tout le temps des ruses d’une façon que peu de gens arrivent à les surmonter. Donc, ne considère pas Muawiya comme vainqueur qui n’a pas d’adversaire. [22]

Aussi, Ahnaf b. Qays prit la main d’Abû Mûsâ et lui dit :

« Ô Abû Mûsâ, sache bien que ton arbitrage a beaucoup d’effets sur l’avenir de l’Irak. Si tu détruis l’Irak, ce pays ne persistera plus ».

Il conseilla également Abû Mûsâ de ne pas avancer dans aucun acte (de ne pas donner et serrer la main de l’adversaire avant que ce dernier le fasse). Il dit encore :

« Ne permets jamais qu’il te mette en haut de la réunion, ceci est de ses ruses et ne le rencontre pas seul ». [23]

Déclenchement de l’Arbitrage

Deux arbitres décidèrent entre eux que Amr ibn al-As dépose Muawiya du califat et qu’Abû Mûsâ Ash’arî fait pareillement sur l’Imam Ali (a) et qu’ils confient la responsabilité de choisir le calife au Conseil. Amr ibn al-As demanda à Abû Mûsâ d’annoncer le résultat. Abû Mûsâ déposa l’Imam Ali (a), mais Amr ibn al-As, au lieu de déposer Muawiya, confirma le résultat d’Abû Mûsâ et choisit Muawiya comme calife.

En voyant cela, Abû Mûsâ commença à battre Amr ibn al-As et ils se mirent à s’insulter. [24]

Résultat de l’Arbitrage

Sous l’influence de la ruse de Amr ibn al-As, Abû Mûsâ déposa l’Imam Ali (a). Avant d’annoncer le résultat, Ibn ‘Abbâs essaya beaucoup de convaincre Abû Mûsâ de ne pas déclarer le résultat avant Amr ibn al-As, mais Abû Mûsâ n’accepta pas, donc, Amr ibn al-As réussi à réaliser son idée. [25]

Abû Mûsa monta en chaire (Minbar) et dit :

« Ô gens ! Pour empêcher la communauté musulmane de la division et apporter la paix, Amr ibn al-As et moi, nous nous sommes mis d’accord de déposer Ali (a) et Muawiya du califat pour que les musulmans eux-mêmes puissent choisir leur calife à travers un Conseil. Donc, moi, en tant que délégué des gens de l’Irak et de Hedjaz, je dépose Ali (a) du califat tout comme j’enlève ma bague de mon doigt  ». [26]

Il descendit et Amr ibn al-As monta en chaire et déclara :

« Vous avez entendu ce qu’Abû Mûsâ vient d’annoncer. Il avait le droit de déposer Ali (a) et je confirme sa décision. Mais moi, je choisis Muawiya comme calife tout comme je porte cette bague. Car, Muawiya mérite le califat et veut venger le sang de Uthman ».

A ce moment-là, Abû Mûsâ se fâcha contre Amr ibn al-As et lui dit :

« Tu as trahi et menti. Tu es semblable à un chien qui halète si tu l’attaques, et qui halète aussi si tu le laisses ». [27][28]

En sa réponse, Amr ibn al-As dit :

« Tu es comme un âne qui porte des livres ». [29][30][31]

De ce fait, sans revenir au Coran et à la Sunna du Prophète (s), l’événement de l’Arbitrage causa de plus en plus de la discorde et de la division dans la communauté musulmane. [32] Le résultat le plus important pour les gens de Shâm fut le fait qu’à partir de ce jour-là, ils donnèrent le titre de « Amîr al-Mu’minîn (Prince des croyants) » à Muawiya. [33]

Les Khârijites

La trêve ayant été conclue le 13 Çafar 37 H. à Çiffîn, ‘Alî prit le chemin du retour avec son armée. Un corps de douze mille hommes sortit des rangs et marcha pendant une petite distance dans la même direction que celle suivie par le gros de l’armée, c’est-à-dire vers Kûfa. Ces soldats mécontents avaient d’abord grogné à voix basse le compromis conclu et s’étaient mis ensuite à se reprocher les uns aux autres d’avoir abandonné la cause de la Foi pour un compromis impie. C’étaient les Khârijites (un Khârijite est quelqu’un qui se rebelle contre les principes établis d’une religion), qui avaient refusé de combattre après la supercherie faite par l’ennemi et qui avaient pressé le Calife d’accepter l’arbitrage, et l’arbitre en particulier.

A l’approche de Kûfa, ces sécessionnistes campèrent dans un village appelé Harora, à proximité de Kûfa. Leurs notions religieuses tournèrent à un zèle fanatique qui professait que tous les croyants étaient d’un niveau égal et que personne ne devait exercer une autorité sur les autres. Ils fondèrent leur credo sur cette formule: « La hukma illâ lillâh », c’est-à-dire, il n’y a pas de jugement si ce n’est celui de Dieu seul, et par conséquent ils voulaient qu’il n’y ait ni Calife ni serment d’allégeance prêté à aucun être humain. Ils reprochaient à ‘Alî d’avoir péché en acceptant de se référer à un jugement humain, alors que le jugement appartient à Dieu seul, et ils lui demandaient de se repentir de son « apostasie ». Ils disaient que ‘Alî n’aurait pas dû faire quartier à l’ennemi, lequel aurait dû être poursuivi et soumis à l’épée.

Se rendant à leur camp, le Calife les admonesta fermement en leur reprochant d’avoir fait une mauvaise interprétation de la formule: « La hukma illâ Lillâh ». Il leur expliqua qu’en acceptant l’arbitrage il n’avait fait que suivre les stipulations figurant dans le Coran, et qu’il n’avait pas commis un péché dont il aurait à se repentir. Il souligna que le péché se trouvait de leur côté puisqu’ils avaient refusé obstinément de continuer à combattre l’ennemi, que c’était par leur révolte qu’ils l’avaient forcé à rappeler Mâlik al-Achtar qui était en train de repousser l’ennemi vers son camp, et sur le point d’obtenir une victoire totale, et que c’étaient eux qui l’avaient contraint à accepter l’arbitrage et l’arbitre en particulier. Il ajouta qu’il concevait que les arbitres étaient engagés selon les termes de l’accord de trêve à émettre un jugement juste et conforme au Coran, et que s’il était établi que le jugement était écarté de la droiture, il le rejetterait tout de suite et marcherait à nouveau contre l’ennemi.

Il leur dit en conclusion qu’il était erroné de lui demander d’interrompre la trêve qu’ils l’avaient eux-mêmes conduit à conclure. A tous ces raisonnements ils répondirent tout simplement: «Nous admettons notre péché mais nous nous sommes repentis de notre apostasie, et toi aussi, tu dois te repentir de la tienne».

‘Alî répliqua qu’étant un vrai croyant, il ne voulait pas se démentir en admettant être ce qu’il n’était pas c’est-à-dire un apostat.

La Révolte des Khârijites

Ces sécessionnistes n’étaient pas satisfaits et ils prirent la décision de se rebeller, mais attendant l’issue de la décision des juges, ils s’abstinrent pour le moment d’entreprendre toute action. Tout de suite après le jugement rendu public par les arbitres, ils décidèrent de dresser le drapeau de la révolte et ils obtinrent de ‘Abdullâh Ibn Wahab, l’un de leurs chefs, d’accepter (contrairement aux principes de leur doctrine) le commandement, à titre provisoire, pour faire face à la situation critique.

Fixant leur quartier général à Nahrawân, à quelques kilomètres de Bagdad, au cours du mois qui suivit l’arbitrage, ils commencèrent à prendre la route du rendez-vous soit individuellement, soit par petits groupes, afin d’éviter d’attirer l’attention sur leur départ. Quelque cinq cents mécontents de Basrah aussi rejoignirent les insurgés à Nahrawân.

En même temps, ‘Alî, ayant appris la nouvelle du faux arbitrage à Dumat, s’était contenté de prendre note du mouvement de ces zélateurs fanatiques, son esprit était occupé avant tout par la question de Muawiya et la levée de troupes contre la Syrie en vue de reprendre les hostilités. Les nouvelles de l’insurrection des Khârijites lui étant entre-temps parvenues, il leur écrivit qu’il était en train de se préparer à marcher contre Muawiya et qu’il était encore temps pour eux de se joindre à son drapeau. Les sécessionnistes lui firent parvenir une réponse insultante, lui disant qu’ils l’avaient rejeté en tant qu’apostat hérétique, à moins qu’il ne reconnaisse son apostasie et s’en repente, auquel cas ils verraient s’il était possible d’arriver à un arrangement avec lui.

Notes:

1-Sharh Nahj Al-Balagha, Ibn Abi Al-Hadid, v 3 p 89

2-Ansab Al-Ashrâf, v 2 p 211

3-Al-Fotouh, Ibn A’tham, v 2 p 375

4-Mohammadan History » de M. Price, cité de S. Ockley dans son « History of Saracens », p. 315

5- Al-Tabarî »; « Ibn Athîr »; « Rawdhat al-Ahbâb ».

6- Habîb al-Sayyâr »; « Takhkirat al-Kirâm

7- Târîkh al-Khamîs »; « Habîb al-Sayyâr »; « Al-Tabarî

8-Annals of … » de W. Muir, p. 382

9-Ibn Abî al-Hadîd, Sharh Nahj al-Balâgha, v 2 p 210

10-Ibn Muzâhim, Waq’at Siffîn, p 478

11-Al-Tabarî »; « Al-Sîrah al-Muhammadiyyah »; « Rawdhat al-Ahbâb »; « Târîkh al-Khamîs ».

12-Al-Tabarî »; « Al-Sîrah al-Muhammadiyyah ».

13-History of the Saracens » de S. Ockley, p. 317

14- Annals of … » de W. Muir, p. 385.

15-Ibn A’tham, Al-Futûh, v 3 p 163

16-Ya’qûbî, Târîkh Ya’qûbî, v 2 p 189

17-Ibn Muzâhim, Waq’at Siffîn, p 504

18-Shahidi, Tarikh Tahlili Islam, p 142

19-Tabarî, Târîkh Tabarî, v 3 p 103 – 104

20-Âbî Abû Sa’d, Min Nathr ad-Durr, p v 1 p 421

21-Ibn Muzâhim, Waq’at Siffîn, p 534

22-Ibn Muzâhim, Waq’at Siffîn, p 534 – 535

23-Ibn Muzâhim, Waq’at Siffîn, p 536 – 537

24-Ibn Muzâhim, Waq’at Siffîn, p 545

25-Ibn Abî al-Hadîd, Sharh Nahj al-Balâgha, v 2 p 255

26-Ibn Abî al-Hadîd, Sharh Nahj al-Balâgha, v 2 p 256

27-Il rappelle le verset 176 de la sourate al-A’râf.

28-Traduction du Coran, Régis Blachère

29-Il fait allusion au verset 5 de la sourate Al-Jum’a

30-Traduction du Coran, Régis Blachère

31-Ibn Abî al-Hadîd, Sharh Nahj al-Balâgha, p 256

32-Ibn Muzâhim, Waq’at Siffîn, p 545

33-Balâdhurî, Ansâb al-Ashrâf, v 2 p 342