La prière de Jafar al-Tayyar est l’une des prières surérogatoires les plus célèbres et les plus recommandées dans la tradition chiite. Le Prophète Mohammad (que la paix et les bénédictions soient sur lui) l’offrit en cadeau à son cousin Jafar ibn Abi Talib à son retour de l’exil en Abyssinie, en récompense de ses sacrifices pour l’Islam. Ceux qui désirent qu’Allah exauce leurs vœux et leur pardonne leurs péchés sont invités à accomplir cette prière chaque vendredi matin, peu après le lever du soleil.
Les Bienfaits et Vertus de la Prière de Jafar al-Tayyar
Le Prophète Mohammad enseigna cette prière à Jafar ibn Abi Talib en lui demandant : « Veux-tu que je t’offre un cadeau ? » Tous pensaient que le Prophète allait lui donner de l’or ou de l’argent, mais il lui enseigna plutôt cette prière et déclara : « Si tu l’accomplis chaque jour, elle vaut mieux pour toi que ce monde et tout ce qu’il contient. Et si tu l’accomplis tous les deux jours, toutes les deux semaines ou tous les deux mois, tous tes péchés seront pardonnés.»[1]
Témoignages des Savants
La prière de Jafar al-Tayyar figure parmi les pratiques fortement recommandées dans les traditions des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux). L’éminent érudit Allamah Majlissi écrivit à ce sujet : « Après les prières surérogatoires quotidiennes (nawāfil), il n’existe pas de prière comparable à celle-ci, ni en termes d’authenticité des traditions qui la rapportent, ni en termes d’abondance de récompense. »[2]
L’Ayatollah Bahjat recommandait fréquemment aux personnes confrontées à des difficultés – mariage, recherche d’emploi ou autres épreuves – d’accomplir la prière de Jafar al-Tayyar. Il insistait : « Accomplissez la prière de Jafar dans l’ordre prescrit avec la supplication indiquée dans le livre Zād al-Maʿād. » Il ajoutait également : « Après la prière et ses invocations, mettez-vous en prosternation ; versez une larme, même si ce n’est qu’une seule, et demandez alors votre besoin à Allah. »
Autrement dit, cette prière possède de nombreux bienfaits et bénédictions. Elle est particulièrement recommandée pour l’accomplissement des besoins et des vœux légitimes. L’Ayatollah Bahjat recommandait spécialement sa récitation dans les situations suivantes :
- Lever les obstacles au mariage
- Résoudre les problèmes familiaux
- Ramener à la droiture les proches égarés ou négligents dans la prière
- Se protéger contre les troubles et les nuisances causés par les djinns
- Dissiper la confusion, l’angoisse et la tristesse
- Trouver un logement convenable
- Obtenir un emploi convenable
- Retrouver un objet perdu
Ce qui distingue essentiellement cette prière, c’est l’accent mis sur la sincérité émotionnelle et spirituelle. Les enseignements de l’Ayatollah Bahjat rappellent que ce n’est pas la seule récitation mécanique des mots qui compte, mais la participation sincère du cœur, l’humilité devant Dieu, et la manifestation authentique de son besoin. La larme versée dans la prosternation devient le témoignage de cette sincérité, transformant la prière d’un acte rituel en une conversation intime et authentique avec le Créateur.
Les traditions rapportées par les savants et les guides spirituels témoignent de l’efficacité extraordinaire de cette prière à travers les siècles. Des générations de croyants ont constaté l’exaucement de leurs vœux et la résolution de leurs difficultés par cette démarche spirituelle. Ce témoignage continu valide l’importance et la pertinence de cette prière pour le croyant d’aujourd’hui, lui montrant qu’il n’est jamais seul face à ses épreuves et que les voies pour atteindre la miséricorde divine restent ouvertes.
Modalités d’Accomplissement de la Prière de Jafar al-Tayyar
Il est recommandé d’accomplir cette prière le vendredi, mais son accomplissement n’est pas limité à ce jour. L’Ayatollah Bahjat disait : « Une des raisons de notre privation spirituelle est que nous pensons que les invocations ne sont valables qu’à leur moment précis. La prière de Jafar al-Tayyar n’est pas uniquement réservée à la nuit ou au jour du vendredi. »[3]
La prière comporte quatre unités (rakʿat) qu’on accomplit sous la forme de deux prières distinctes de deux unités chacune (avec deux salams séparés).
Première prière (deux unités) :
- Première unité : après la sourate Al-Fatiha, réciter la sourate Az-Zalzala
- Deuxième unité : après la sourate Al-Fatiha, réciter la sourate Al-Adiyat
Deuxième prière (deux unités) :
- Troisième unité : après la sourate Al-Fatiha, réciter la sourate An-Nasr
- Quatrième unité : après la sourate Al-Fatiha, réciter la sourate Al-Ikhlas
Les Tasbihats (Glorifications)
Dans chaque unité, on récite les Tasbihats al-Arbaa (Subhānallāh, al-ḥamdu lillāh, lā ilāha illallāh, Allāhu akbar) selon le schéma suivant :
- Après la récitation d’Al-Fatiha et de la sourate : 15 fois
- Lors de l’inclinaison (rukūʿ) : 10 fois
- Après s’être relevé de l’inclinaison : 10 fois
- Durant la première prosternation (sujūd) : 10 fois
- Assis après la première prosternation : 10 fois
- Durant la deuxième prosternation : 10 fois
- Assis après la deuxième prosternation : 10 fois
Le même ordre est suivi dans les quatre unités (les 15 fois ne s’ajoutent qu’après la sourate). Au total, les glorifications sont récitées 300 fois. C’est pourquoi cette prière est également appelée « prière des Tasbihats ».[4]
Flexibilité dans l’Accomplissement de la prière
Selon les traditions, il est permis :
- De remplacer par cette prière les nawāfil quotidiennes tout en obtenant la récompense des deux
- En cas de nécessité ou de manque de temps, de séparer les deux prières de deux unités
- Même d’accomplir la prière sans les glorifications et de les rattraper ensuite
Les Invocations après la Prière
Première Invocation de l’Imam Jafar Sadiq
L’Imam Jafar Sadiq enseigna qu’à la dernière prosternation, il est hautement recommandé de réciter l’invocation suivante :
Translittération :
Subḥāna man labisa al-ʿizza wa al-waqār, Subḥāna man taʿaṭṭafa bi-al-majdi wa takarrama bihi, Subḥāna man lā yanbaghī al-tasbīḥu illā lahu, Subḥāna man aḥṣā kulla shay’in ʿilmuhu, Subḥāna dhī al-manni wa al-niʿam, Subḥāna dhī al-qudrati wa al-karam, Allāhumma innī as’āluka bi-maʿāqid al-ʿizzi min ʿarshika, wa muntahā al-raḥmati min kitābika wa ismika al-aʿẓam, wa kalimātika al-tāmma allātī tammatat sidqan wa ʿadlan, ṣalli ʿalā Mohammadin wa ahl baytihi.
Traduction :
« Pur est Celui qui porte le vêtement de gloire et de majesté, pur est Celui qui a manifesté la grandeur et l’a honorée, pur est Celui à qui seule la glorification est due, pur est Celui dont la science englobe toute chose, pur est Celui qui est la source de bienfaits et de dons, pur est Celui qui possède puissance et générosité. Ô Allah, je Te demande par les trônes de gloire de Ton Trône, par l’extrême miséricorde de Ton Livre, par Ton Nom le plus grand et Tes paroles parfaites qui sont pleines de vérité et de justice, de bénir Mohammad et sa famille. »[5]
Dhikr et Formules de Dévotion
Dans une autre transmission de l’Imam Sadiq, il est mentionné qu’après avoir accompli la prière, on peut se consacrer aux invocations et aux dhikr suivants. L’Imam déclara : « Chaque fois que tu as un besoin urgent, accomplis la prière de Jafar al-Tayyar et récite ensuite cette invocation. Demande alors à Dieu d’exaucer ton besoin : si Dieu le veut, il te sera accordé. » Formules à réciter en une seule respiration (sans reprendre son souffle entre les répétitions) :
Yā Rabb, yā Rabb…
Yā Rabbāh, yā Rabbāh…
Rabbī, Rabbī…
Yā Allāh, yā Allāh…
Yā Ḥayy, yā Ḥayy…
Yā Raḥīm, yā Raḥīm…
Puis répète chacun de ces dhikr sept fois :
Yā Raḥmān
Yā Arḥam al-Rāḥimīn
Ensuite, récite cette invocation :
Translittération :
Allāhumma innī aftatiḥu al‑qawla bi‑ḥamdik, wa anṭiqu bi‑th‑thanā’i ‘alayk, wa umajjiduka wa lā ghāyata limadḥik, wa uthnī ‘alayk, wa man yablughu ghāyata thanā’ika wa amad majdik, wa annā likhalīqatika kunhu ma’rifati majdik, wa ayya zamānin lam takun mamdūḥan bi‑faḍlik, mawṣūfan bi‑majdik, ‘awwādan ‘alā al‑mudhnibīn bi‑ḥilmik. Takhallafa sukkānu arḍik ‘an ṭā’atik, fakunta ‘alayhim ‘aṭūfan bi‑jūdik, jawwādan bi‑faḍlik, ‘awwādan bi‑karamik. Yā lā ilāha illā anta al‑mannān dhu al‑jalāli wa al‑ikrām.
Traduction :
Ô mon Dieu ! Je commence ma parole par Ta louange, et je m’exprime pour Te rendre hommage. Je Te glorifie, alors que Ta louange n’a point de limite. Je Te célèbre, mais qui donc pourrait atteindre l’extrémité de Tes louanges ou la pleine mesure de Ta majesté ? Comment Ta créature pourrait-elle saisir l’essence de Ta grandeur ? À quel moment ne fus-Tu point loué pour Ta grâce, ou décrit par Ta majesté ? Quand as-Tu cessé de pardonner sans relâche les pécheurs par Ta patience ? Les habitants de Ta terre ont délaissé Ton obéissance, et pourtant, par Ta munificence, Tu t’es montré bienveillant envers eux. Par Ta faveur, Tu leur as accordé Tes dons, et par Ta générosité, Tu es revenu vers eux à maintes reprises. Ô Toi en dehors de qui il n’est point de divinité, Ô Très-Généreux, Détenteur de majesté et de munificence !
Conseils Pratiques de l’Ayatollah Bahjat
L’Ayatollah Bahjat soulignait l’importance capitale de la sincérité et de l’émotion lors de cette prière. Il recommandait vivement : « Après la prière et les invocations qui la suivent, mettez-vous en prosternation et, même si ce n’est qu’avec une seule goutte qui humidifie l’œil, versez une larme. Puis demandez ce dont vous avez besoin. »[6] Cet enseignement met l’accent sur le fait que l’efficacité de la prière réside dans la sincérité du cœur, l’humilité devant Dieu et la manifestation émotionnelle de son besoin et de sa dépendance à l’égard de la miséricorde divine.
Conclusion
La prière de Jafar al-Tayyar demeure l’un des plus grands trésors spirituels que le Prophète Mohammad a légués à sa communauté. La prière de Jafar al-Tayyar représente bien plus qu’une série de récitations et de prosternations. Elle est une porte ouverte vers la grâce divine, un pont entre l’humanité fragile et la miséricorde infinie du Créateur. Elle nous enseigne que nos difficultés ne sont pas insurmontables, que notre sincérité est entendue, et que l’intercession du Prophète et de sa famille purifiée nous rapproche constamment de l’exaucement de nos vœux les plus nobles et légitimes. Ce qui rend cette prière si remarquable, c’est son universalité et sa flexibilité. Qu’il s’agisse de surmonter les épreuves du mariage, de trouver un emploi convenable, de résoudre les conflits familiaux ou de dissiper l’angoisse et la tristesse, la prière de Jafar al-Tayyar offre une solution spirituelle complète et éprouvée. Elle n’est pas réservée à un jour ou une heure particuliers, mais peut être accomplie chaque fois que le besoin s’en fait sentir, permettant à chacun de trouver refuge dans la miséricorde divine à tout moment.
Notes:
[1] Al-Kāfī, vol. 3, p. 465.
[2] Zād al-Maʿād, p. 320.
[3] Centre de publication et d’organisation des œuvres de l’Ayatollah Bahjat : https://bahjat.ir/fa/content/919.
[4] Zād al-maʿād, p. 324 et 325.
[5] Zād al-maʿād, p. 323.
[6] Centre de compilation et de publication des œuvres de son éminence l’Ayatollah al-‘Ozmâ Bahjat (que la miséricorde d’Allah soit sur lui).
Références :
Cheikh al-Kolayni, Al-Kāfī, Téhéran : Dār al-Kutub al-Islāmīyah, 1986.
Majlisī, Mohammad Bāqir, Zād al-maʿād, Beyrouth : Mu’assasat al-A’lamī li-l-Maṭbū’āt, 2002.
Centre de publication et d’organisation des œuvres de l’Ayatollah Bahjat.