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Les formes de liberté dans la pensée musulmane

Les formes de liberté dans la pensée musulmane

2025-04-05

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Les formes de liberté dans la pensée musulmane

Introduction:

La liberté est une des caractéristiques des droits de l’homme en Islam. L’homme est un agent libre, et ceci est catégoriquement tranché par les textes du Coran et de la Sunna du saint Prophète (Paix et salut sur lui et sa sainte famille) Imam Ali (Paix sur lui) dans une lettre adressée à son fils, l’Imam Hassan Mojtaba (as), déclare :

وَلَا تَكُنْ عَبْدَ غَيْرِكَ وَقَدْ جَعَلَكَ اللَّهُ حُرَا

 « Ne sois pas l’esclave d’un autre que Dieu qui t’a affranchi »

En se référant aux textes religieux et aux hadiths, nous constatons l’homme est libre dans son choix. Cela ne signifie, d’ailleurs, pas que l’homme dispose d’une totale liberté à tel point qu’aucun facteur ni puissance ne puisse influer sur son comportement et sur ses actes, au contraire, on entend par le libre-arbitre de l’homme le fait qu’il pourrait agir autrement dans ses actes, s’il en décidait ainsi, et ce en dépit de tous les facteurs et toutes les conditions et avec la préservation de la souveraineté de la puissance et de la Providence. La liberté absolue est fondamentalement contraire au bon sens élémentaire ainsi qu’à la logique humaine. La liberté absolue présente une divergence avec la philosophie nécessaire de la vie en collectivité. La vie sociale et civile réclame l’existence de certaines limites.

La liberté a plusieurs formes comme la liberté de religion, la liberté de penser, la liberté d’expression etc…

Dans cet article, nous allons essayer de traiter certaines de ces formes.

La liberté de religion

La liberté religieuse est un principe reconnu par la Charia, qui découle de la nature humaine et qui est étroitement lié au sens de responsabilité dans l’islam. Soumise à des règles dans la Charia, cette liberté vise à garantir la dignité pour chaque être humain. Depuis son avènement, l’Islam a garanti aux hommes la liberté de la religion et a accordé à chacun l’entière liberté de choisir la religion à laquelle il consent. Le principe du libre choix de la religion est l’un des principes prépondérants de l’Islam et l’un de ses fondements.

L’Islam interdit ainsi à ses adeptes d’obliger quiconque à l’embrasser. Ceci est catégoriquement tranché par les textes du Coran et de la Sunna du Prophète (Paix et salut sur et sa sainte famille)

  • La liberté religieuse dans le Coran

Les textes coraniques démontrent clairement que le choix d’adopter l’Islam par l’homme et d’y adhérer ou bien de le refuser, reste de son appréciation et de sa conviction profonde.

Le Coran stipule bien que la mission du Prophète se limitait exclusivement à l’appel des gens à Allah et à la transmission de Ses injonctions. Le libre arbitre est laissé donc à l’être humain de choisir sa croyance et ses choix restent absolus.

Le Prophète ne possédait aucun pouvoir ni autorité sur les gens pour les tourner vers l’Islam.

Plusieurs versets coraniques traitent de la liberté religieuse:

Plusieurs versets du Coran interdisent clairement la contrainte du non musulman à se convertir à l’Islam dont le:

Premier verset: Dans lequel Allah dit:

فَإِنْ حَاجُّوكَ فَقُلْ أَسْلَمْتُ وَجْهِيَ لِلَّـهِ وَمَنِ اتَّبَعَنِ  وَقُل لِّلَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ وَالْأُمِّيِّينَ أَأَسْلَمْتُمْ  فَإِنْ أَسْلَمُوا فَقَدِ اهْتَدَوا  وَّإِن تَوَلَّوْا فَإِنَّمَا عَلَيْكَ الْبَلَاغُ  وَاللَّـهُ بَصِيرٌ بِالْعِبَادِ

 « Dis à ceux auxquels le Livre a été donné et aux infidèles: « Etes-vous soumis à Dieu? » S’ils sont soumis à Dieu, ils sont bien dirigés; s’ils se détournent. Tu es seulement chargé de transmettre le message prophétique » Sourate 3 Âl ʻImrân Verset 20  [1].

A l’époque du vénéré Moïse (béni soit-il), à l’époque du vénéré Jésus Christ (béni soit-il), ainsi que les autres prophètes, la religion, unique, dans la vision islamique, les croyants devaient se soumettre aux messagers de Dieu et aux écritures saintes.

Pourtant, après l’avènement de l’Islam, Dieu appelle les adeptes de toutes les religions monothéistes à se convertir à l’Islam et suivre l’enseignement du noble prophète de l’Islam, le vénéré Mohammad (que le salut de Dieu soit sur lui et sur ses descendants). S’ils embrassent la Soumission, ils sont bien guidés. Et s’ils tournent le dos. A toi de transmettre. Rien d’autre.

Deuxième verset: Dans lequel Allah dit:

لَا إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ

« Pas de contrainte en religion », Sourate 2 verset 256

Si le verset 256 nous dit qu’il n’y a pas de contrainte en religion, c’est qu’en Islam, la foi en Dieu et les croyances religieuses ne sont pas des obligations imposées de l’extérieur, mais doivent être fruits d’une quête intérieure, sincère et profonde qui s’appuie sur la raison et la morale.

Pour diriger l’homme dans cette enquête de Dieu et de la foi, le Créateur envoya Ses messagers et leur révéla Sa parole et Ses Livres pour que les humains trouvent le sentier de Dieu et évitent les pièges que tend devant eux le diable. Cependant, Dieu voulut que l’homme soit libre de ses choix. La croyance en Dieu et en Ses messagers doivent être donc le résultat d’un choix libre et chaque individu, car comme nous indique le verset 256 de la sainte sourate Al Baqara, il n’y a pas de contrainte dans la religion divine.

Dans son exégèse de ce verset, Ibn Kathir dit: «il signifie: ne contraignez aucune personne à se convertir à la religion de l’Islam car son message est limpide et ses arguments et preuves sont clairs et, en conséquence, il ne faut dire que l’on contraigne quiconque à l’adopter. Celui qui sera bien guidé par Allah, dont le for intérieur sera élargi à ce message et dont la conscience est éclairée, l’embrassera consciemment» [2]. Ibn ‘Abbâs a rapporté que la cause de la révélation de ce verset a été un homme des ’Ansâr (Gens de Médine) de la tribu des Béni Salem ibn ‘Awf appelé El hossayni ou Abû Hossayn qui avait deux fils qui, un jour, rencontrèrent des commerçants du Châm (Syrie) venus à Médine vendre de l’huile et s’en allèrent avec eux après avoir accepté l’appel des marchands à se convertir au christianisme. Leur père alla se plaindre au Prophète et lui demanda d’envoyer des gens pour les ramener en lui disant: Contraignez les car ils refusent de renoncer au Christianisme. C’est alors que fut révélé le verset: «Nulle contrainte en religion» [3]. Ibn ‘Abbâs rapporte également: lorsqu’une femme des ’Ansâr accouchait de mort-nés (était Miqlât) [4], elle faisait, avant l’Islam, le vœu de forcer son enfant, s’il vit, au Judaïsme[5]. Quand l’Islam fut révélé, nombre de leurs fils étaient judaïsés; alors elles dirent: nous allons maintenant contraindre nos enfants à l’Islam car lorsqu’on les avait rendus juifs nous ne connaissions pas de meilleure religion et c’est alors que fut révélé le verset: « Nulle contrainte en religion» [6]. Le jugement de ce verset dont la cause de révélation concerne certes des Gens des Ansar, est général comme l’affirme Ibn Kathir, car la règle exégétique est que ce qui est pris en compte c’est la portée générale de l’expression et non pas sa cause particulière (al-‘ibra bi‘umoum al-lafz la bi khosous as-sabab).

Troisième verset: Dans lequel Allah dit:

لَا إِكْرَاهَ فِي الدِّينِ ۖ قَد تَّبَيَّنَ الرُّشْدُ مِنَ الْغَيِّ ۚ فَمَن يَكْفُرْ بِالطَّاغُوتِ وَيُؤْمِن بِاللَّـهِ فَقَدِ اسْتَمْسَكَ بِالْعُرْوَةِ الْوُثْقَىٰ لَا انفِصَامَ لَهَا ۗ وَاللَّـهُ سَمِيعٌ عَلِيمٌ

 «Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants» Sourate 10 verset 99.

Selon une tradition divine, c’est Dieu qui donne le salut à Ses créatures et qui les guide vers le sentier du bonheur.

Dans cette voie, Dieu ne charge aucun être de guider les autres, en recourant à la force, car Dieu ne veut pas que la foi et la croyance de Ses créatures soient le fruit de la force, de la peur ou de l’intimidation.

Même les prophètes n’avaient pas été chargés de guider, par la force, les humains vers le salut. Ils étaient annonciateurs et avertisseurs, et leur mission prophétique consistait à apporter la bonne nouvelle de la vérité aux hommes.

Par l’intermédiaire de Ses messagers, Dieu a guidé les humains, mais ce sont ces derniers qui doivent croire, du fond de leur cœur, en Dieu et en Sa vérité.

Dans son exégèse de verset At-Tabari dit: «Dieu dit à son messager Muhammad: nul ne te croira, ne te suivra ni n’adhérera à ce que tu as apporté sauf celui que la volonté de Dieu a voulu qu’il te croie et non pas la contrainte que tu lui feras subir ou ton obstination à le faire» [7].

Quatrième verset: Dans lequel Allah dit:

وَلَوْ شَاءَ رَ‌بُّكَ لَجَعَلَ النَّاسَ أُمَّةً وَاحِدَةً  وَلَا يَزَالُونَ مُخْتَلِفِينَ

 «Et si ton Seigneur avait voulu, Il aurait fait des gens une seule communauté. Or, ils ne cessent d’être en désaccord (entre eux.)»

Sourate 11 verset 118

. Pour les exégètes, ce verset indique que s’Il l’avait voulu, Allah aurait fait de tous les hommes des musulmans. Et quand Il dit qu’«ils ne cessent d’être en désaccord», cela signifie, pour certains exégètes que les hommes ne cesseront pas d’embrasser diverses confessions dont le Judaïsme, le Christianisme, le Zoroastrisme et bien d’autres[8].

Le verset  de la sainte sourate « Houd », rappelle la diversité de la création des humains. Dieu a voulu créer des hommes différents les uns des autres.

Ces différences sont, à la fois, physiques et mentales. Les gens ne se ressemblent pas physiquement, bien qu’ils appartiennent tous à la même espèce.

De même, ils ne pensent pas tous de la même façon, bien qu’ils aient en commun les mêmes principes logiques de réflexion.

Cette diversité explique l’importance que la religion accorde à la volonté des humains de choisir leur chemin : les uns choisissent la voie du salut, tandis que les autres s’égarent dans le malheur.

Cependant, Dieu accorde Sa clémence et Sa miséricorde à toutes Ses créatures. Il a envoyé Ses messagers, pour guider les gens et pour qu’ils annoncent aux hommes le message divin.

Le verset 118 de la sourate XI du noble Coran insiste, donc, sur la liberté des humains à choisir leur chemin. Par conséquent, ce qui arrive aux humains est considéré, selon ce verset coranique, comme le résultat direct de leur choix personnel. Il y a d’autres versets coraniques qui traitent de la liberté religieuse, mais par manque de temps, je ne peux pas les exposer ici.

  • La liberté religieuse dans la Sunna prophétique:

Plusieurs hadiths du Prophète Muhammad (Paix et salut sur lui et sa sainte famille) traitent de la liberté religieuse et du respect d’autres religions:

Aucun rapporteur ou historien n’a jamais rapporté que le Prophète (Paix et salut sur lui et sa sainte famille) a contraint une quelconque personne à embrasser l’Islam, et ceci depuis l’avènement de l’Islam jusqu’à son établissement à Médine, et depuis son établissement dans cette ville jusqu’à ce qu’il rencontre son seigneur (ou bien qu’il ait acquiescé ceci ou bien un seul cas de contrainte ait été existé).

Aucun rapporteur ou historien n’a jamais rapporté que le Prophète (Paix et salut sur lui et sa sainte famille) a contraint une personne des Gens du Livre (ou des religions prophétiques précédentes) à délaisser sa religion et à embrasser l’Islam (ou bien qu’il ait ordonné ou acquiescé ceci).

Il a été notoirement rapporté selon son hagiographie qu’il n’a jamais ordonné la mort d’un hypocrite pour son hypocrisie ou d’un mécréant pour sa mécréance. Par contre, il a combattu quelques-uns pour leur bellicisme, leur attaque et leur état guerrier constant contre les Musulmans.

L’application de ce grand principe de l’Islam (de tolérance) apparait clairement quand le prophète a entériné la liberté religieuse dans la première constitution de Médine. Ceci en reconnaissant aux juifs qu’ils formaient avec les musulmans une seule et unique nation.

Aussi, lors de la prise de la Mecque alors qu’il était seigneur de la situation, le Prophète n’a pas obligé Qoraych (qui l’avait pourtant longuement combattu) à embrasser l’Islam. Il leur a dit: «Ô peuple de Qoraych, que pensez-vous de mon jugement sur vous? Ils répondirent: «

(Tu es) Un noble frère et un fils d’un noble frère». Alors le Prophète leur dit: «Pas de récrimination contre vous aujourd’hui. Qu’Allah vous pardonne, Il est le plus Miséricordieux des Miséricordieux. Partez, vous êtes libres». Et ceci apparait clairement aussi quand le prophète a écrit à la fin de sa vie un pacte avec les Chrétiens de Najrân où il leur assurait la protection de leurs églises, de leurs biens et de leur liberté religieuse[9].

Les hadiths, les biographies des Imâms et la pensée des mystiques musulmans, jamais une croyance n’a été imposée en islam, à tel point que selon les pensées authentiquement mystiques, le christianisme, le judaïsme et l’islam comptent chacun leurs manières d’adorer l’unique Adoré et la différence entre croyant.

Lorsqu’il fut demandé à l’Imam ‘Ali (paix sur lui) au sujet de la Foi en la Religion, il répondit que l’édifice de la foi est soutenu par quatre piliers: l’endurance, la conviction, la justice et le djihad. [10]. Dans un autre hadith, il définit la Foi comme: « La foi est une connaissance par le cœur, un témoignage par la langue et une application des piliers [de l’Islam]. » [11] Et fondamentalement, sa sainteté considère que la religion est fondée sur la connaissance :

« Le début de la religion est Sa connaissance » [12]

Et il est clair que la certitude et la connaissance du cœur sont des questions internes et qu’elles ne nécessitent jamais de réticence ou de coercition.

La liberté de penser

L’Islam est une religion qui encourage et garantit la liberté de vie, d’opinion et de pensée.

Concernant la liberté de penser : Allah, exalté soit-Il, a donné cette dernière liberté à l’homme, lequel est le seule être vivant à pouvoir parler, ce qui lui permet de parler de lui-même et d’exprimer ses pensées, de plus Allah, exalté soit-Il, lui a donné la liberté de choisir, c’est là la marque d’un grand respect à l’égard de l’homme et de sa raison ; d’ailleurs, Allah, exalté soit-Il, parle clairement de ce bienfait immense octroyé à l’homme dans Son Livre :

أَفَلَا تَتَفَكَّرُ‌ونَ

« Ne réfléchissez-vous donc pas ? » verset 50 de la sainte sourate Al-An’am

Par conséquent, l’Islam a donné à l’homme une totale liberté de penser sans aucune restriction, c’est là un point tout à fait fondamental ; par ailleurs, l’Islam ne s’est pas imposé brutalement aux individus, ce n’est pas une école juridique bien définie qui est descendue sur le Prophète (Paix et salut sur lui et sa sainte famille) et que les gens devaient suivre aveuglément, en réalité il (Paix et salut sur lui et sa sainte famille) les a appelés à réfléchir.

Le Noble Prophète (Paix et salut sur lui et sa sainte famille) dit : « L’une des choses pour lesquelles ma communauté ne sera jamais châtiée, c’est le fait que l’être humain réfléchisse à propos de la création, de Dieu et du monde, et voie le doute apparaître dans son cœur. » La place éminente qu’occupe la pensée en islam témoigne de la valeur et de l’importance que l’islam lui a donnée, ainsi qu’à la liberté qui en découle. La place éminente de la pensée et de la réflexion en islam ne fait aucun doute ; cependant, il subsiste cette question : l’islam admet-il la liberté de penser et de réfléchir sans aucune forme de limitation ? La pensée comporte des domaines différents et les êtres humains peuvent réfléchir à propos de questions variées, telles la politique, la philosophie post-naturaliste, la culture, ainsi que toutes autres choses. Il est nécessaire de rappeler ce point que si nous pensons que le fait de penser est une chose intérieure, intime, qui se fait en conscience, il n’est pas possible de lui fixer une limite ; c’est-à-dire que la pensée de l’être humain est en soi sans limite. De ce fait, lorsque l’on parle de liberté de penser, elle est associée à la liberté d’expression, et il n’est pas question de séparer ces deux, y compris dans le monde de l’esprit. Ainsi, la liberté de penser a le sens de liberté de réfléchir et d’absence de toute forme d’obstacle extérieur à son expression et à son évocation. En islam, quelle place occupe cette signification de la réflexion ? D’une manière générale, il est possible de dire qu’il faut que chacun ait une image absolue et unique de Dieu, de l’être humain, de la politique, du pouvoir, etc., et il ne saurait être question de rendre licite la liberté de penser à ce propos. L’islam peut au maximum autoriser la réflexion à propos de cette image unique et singulière ; mais il ne permet en aucun cas la réflexion à propos du fait de remplacer cette image unique.

On peut étudier la liberté de penser en islam autour de sujets comme la foi en Dieu, la politique et le pouvoir, à travers l’histoire des sociétés musulmanes. Au sein des musulmans, et au sujet de la foi en Dieu, nous constatons des points de vue philosophiques, mystiques et juridiques insistant chacun sur un aspect de la foi. Ils s’efforcent tous de découvrir la vérité de la foi sur la base des paroles divines. La méthode commune à toutes ces démarches, c’est la liberté de penser et l’absence de croyance en une idée particulière de Dieu. Par conséquent, la marche historique des musulmans vers ces différents systèmes de foi en Dieu a fait se réaliser ceci qu’il ne saurait y avoir de réflexion sans liberté de penser. Si l’on ne peut priver l’être humain de liberté de réfléchir à propos de la foi en Dieu, cette question s’impose à fortiori dès lors qu’il s’agit de pouvoir et de politique. Ici, la question de notre vision du pouvoir est très importante comme est très important le point de vue de l’islam dans ce domaine. Si nous croyons que l’islam juge licite une forme particulière de pouvoir, niant les autres formes, nous ne pouvons pas croire en la liberté de l’être humain regardant le domaine de la politique et du pouvoir. Or si nous croyons que dans le Livre et la Sunna ne se trouve aucune forme particulière de gouvernement et de système politique, et que l’édification du gouvernement et de sa forme ont été confiés à la sagesse de l’être humain, la liberté de penser compte alors pour une part inséparable de ce point de vue ; car pour que cette réflexion connaisse un progrès constant, le fait de réfléchir à propos du pouvoir n’est pas seulement licite, mais absolument obligatoire.

Certains intellectuels, s’appuyant sur des paradigmes récents, croient que dans le Livre et la Sunna, aucune forme particulière de gouvernement n’a été recommandée. La question fondamentale regardant le pouvoir et son critère central selon le Coran est la justice et non le vote, la nomination, l’assemblée ou autre. De ce fait, certains penseurs musulmans nient l’existence d’une idéologie politique dans le Livre et la Sunna, et ne trouvent pas que cela s’accorde avec la position et les devoirs de ces sources. Ils croient que ces sources contiennent des enseignements politiques, mais pas d’idéologie politique. Quoi qu’il en soit, la continuité de la foi réelle au sein d’une société n’est possible que dans le cas où la foi ne perd pas son identité de choix conscient. La pérennité d’un système politique et son dynamisme ne peuvent résulter que de l’appui sur la liberté de penser à propos de la politique et du pouvoir. Tous ces cas, avant toute chose, nécessitent la croyance en la sagesse humaine et en la volonté de l’être humain d’édifier des structures politiques idéales.

La liberté d’expression

La liberté d’expression désigne le droit dont jouit une personne de déclarer ouvertement ce qu’elle juge bon, et bénéfique pour sa personne et pour la société, que ce soit pour les questions privées ou publiques.

La liberté d’expression et d’opinion est un droit protégé en l’Islam, dans le cadre des règles de la Charia.

La liberté de penser n’a pas de sens sans liberté d’expression. La liberté de réfléchir ne peut être pensée qu’accompagnée de la possibilité de la présenter dans le cadre de la société et de l’exposer aux gens comme aux intellectuels. On ne peut prétendre véritablement à l’existence de la liberté de penser dans la société que lorsque les idées différentes et opposées se trouvent exposées, analysées et discutées, librement et sans intervention de l’Etat. La liberté d’expression, comme la liberté de penser, concerne un large domaine, des gens différents ayant le loisir, considérant les limites légales, d’exprimer leur avis en société et de le diffuser. Son Excellence ‘Alî (as) dit à ce sujet : « Confrontez vos opinion les uns aux autres afin qu’en résulte l’opinion juste. » Il est évident que la confrontation des idées n’est possible que dans un cadre de liberté.

L’islam, du point de vue dogmatique, accorde beaucoup de valeur à la liberté d’expression, à son effet sur le progrès des conditions sociales, sur la formation intellectuelle des êtres humains et sur la croissance de leur capacité à choisir. Le Coran recommande aux êtres humains de prêter l’oreille aux différents discours et de choisir les meilleurs d’entre eux. Sur la base de ce verset, les êtres humains possèdent ce niveau de perfection intellectuelle leur permettant de distinguer le bon discours parmi ceux qui leur parviennent, et n’ont pas besoin d’un obstacle extérieur qui aurait pour fonction de s’interposer contre la déviation intellectuelle commune. Le verset cité donne aux êtres humains le droit de choisir, de sorte à préférer les meilleures pensées, en prêtant l’oreille aux idées des intellectuels. Sur ce fondement, aucun critère extérieur n’est en mesure de constituer la source du jugement à propos d’une pensée. La pensée constitue elle-même le seul critère de jugement. Le Noble Prophète (s) a été envoyé afin de parfaire et d’achever les bonne mœurs, or concernant les questions politiques et sociales – qui étaient plus dynamiques et davantage enchevêtrées – il n’a pas énoncé de règle permanente. Le fait politique, le gouvernement, dépendent de l’interprétation et de la conception des intelligences des gens du moment, et si les intelligences des gens du moment ne sont pas libres et se trouvent privées de la liberté d’expression, on aura en réalité agi à l’encontre des enseignements islamiques. Si l’on met de côté le débat ci-dessus, la façon de faire des Imâms impeccables (as) est également très éclairante regardant ce domaine : ils ne privaient pas les matérialistes de la liberté d’expression. Du point de vue politique, on peut se référer à la méthode employée par Son Excellence ‘Alî (as) lors de sa confrontation aux Kharijites : il ne s’est jamais opposé à eux en raison de leurs croyances, ils pouvaient librement les exposer dans les mosquées et parmi les musulmans.

Deux points importants sont débattus à propos de la liberté d’expression :

Quelle est la limite de la liberté d’expression dans la société religieuse ? Certains répondent à cette question en insistant sur les lignes rouges à ne pas franchir en matière de liberté, mais ne donnent pas de critère défini en cela. Bien entendu, dans ce domaine, les valeurs islamiques comptent généralement pour des lignes rouges, bien que ces valeurs soient en même temps ambigües et interprétables et se révélant incapables de définir les limites de la liberté d’expression. D’autres, se basant sur les paradigmes récents, croient qu’il n’existe aucune ligne rouge au sein de la communauté des croyants. Considérant les opinions ci-dessus, il est possible de déterminer des critères plus objectifs et davantage interprétables au sujet des limites de la liberté d’expression, que l’on nommera les « limites légales » de la liberté d’expression. L’importance de la liberté d’expression réside en ceci qu’elle s’oppose aux vérités toutes faites que l’on met en circulation ainsi qu’à la propagande qu’une pensée unique fait se répandre dans la société. La liberté d’expression questionne continuellement la société, elle l’expose au choix, ce qui s’accorde à la volonté de liberté de l’être humain.

L’autre point consiste à se demander s’il est possible de critiquer la pensée religieuse ? Autrement dit, la liberté d’expression consiste-t-elle également à critiquer la pensée religieuse ? La réponse à cette question dépend de la réponse à ces deux interrogations : la pensée religieuse est-elle semblable à la religion, en ceci que nous la considérions sainte ? Le droit d’exprimer son avis à propos de la pensée religieuse est-il réservé à un groupe particulier ?

Si notre réponse à ces deux questions est positive, d’une part il ne sera pas possible de critiquer la pensée religieuse et d’autre part, tout le monde ne pourra pas donner son avis sur le fait que le système politique s’accorde ou pas aux principes religieux fondamentaux. Or selon les paradigmes récents, il est possible de critiquer la pensée religieuse et la religiosité dès lors que l’on prend certaines précautions. La religion et la pensée religieuse diffèrent de ce que recouvre l’expression « vérités ultimes du monde de l’existence ». En sus, la critique intérieure doit être distinguée de la critique extérieure. La critique de la pensée religieuse est parfois exprimée, et parfois elle ne l’est pas. La critique ouverte de la pensée religieuse n’est pas une pratique de croyant, mais celle qui se déroule à l’intérieur de soi fait partie intégrante de la foi. Si ceux qui critiquent ouvertement visent le plus souvent à atteindre les racines de la pensée religieuse afin d’en extirper toutes les contraintes, le dessein de la critique intérieure est de croire et de fonder la pensée religieuse. Toute forme de critique de la pensée religieuse en islam doit se réaliser dans l’axe de l’affirmation de l’unité divine.

Bien entendu, la connaissance religieuse jouit toujours de sacralité. La signification de cette sacralité provient du fait que le respect que les croyants ont pour la théologie n’est pas le même que celui qu’ils éprouvent envers les sciences de ce monde, et le respect que leur inspire les savants religieux est différent de celui que leur inspirent les autres savants. Or cela n’est pas incompatible avec le fait de critiquer leur pensée. Le fait de la critiquer est un principe que les savants religieux ont eux-mêmes énoncé et cela est plus vrai encore lorsqu’il s’agit de critiquer un décret émanant du gouvernement ; car le pouvoir est lié à la puissance, il comporte des conditions nécessaires et des conséquences que l’on ne peut s’abstenir de critiquer.

Il existe de nombreux types et formes de liberté en Islam, le temps ne nous permet pas de mentionner tous,  comme:

  • La liberté économique qui signifie que chacun est libre de choisir son emploi et la manière de dépenser ses revenus dans le cadre de la charia, de la raison et de la loi. Le Prophète (Paix et salut sur lui et sa sainte famille) disait avec insistance : « Les gens ont le pouvoir sur leurs richesses. Ils ont le droit de saisir ce qu’ils ont obtenu par des moyens légitimes. Le caractère sacré des biens d’un croyant est comme le caractère sacré de son sang ».
  • La liberté sociale signifie que l’homme est libre d’agir selon ses coutumes, est libre dans le choix d’un conjoint, le choix du logement et du lieu de vie, le choix du type de vêtements et le choix des personnes qu’il fréquente, et personne n’a le droit de le forcer. Bien entendu, cette liberté est définie dans le cadre de la charia, de la raison et du droit, et ne doit pas conduire à limiter la liberté ou à violer les droits d’autrui.
  • La liberté politique signifie que chaque être humain est libre de choisir et d’exercer une activité politique. Le droit de choisir librement les dirigeants, de les superviser et de les critiquer, et plus précisément le droit à l’autodétermination, font partie des libertés politiques tant qu’elles ne conduisent pas à un complot pour un renversement qui peut être réprimé.

Conclusion:

La Liberté est une des caractéristiques des droits de l’homme en Islam Selon l’Islam, la liberté est l’un des éléments humains les plus importants. La liberté est un concept précieux dans la pensée islamique. La liberté est un facteur important pour la survie de l’Islam et la source du développement du savoir religieux. La liberté a plusieurs formes comme la liberté de religion, la liberté de penser, la liberté d’expression etc…

En se référant aux textes religieux et aux hadiths, nous constatons l’homme est libre dans son choix.

Cela ne signifie, d’ailleurs, pas que l’homme dispose d’une totale liberté à tel point qu’aucun facteur ni puissance ne puisse influer sur son comportement et sur ses actes

La liberté absolue est fondamentalement contraire au bon sens élémentaire ainsi qu’à la logique humaine.

Notes:

1-Le Coran. Introduction, traduction et notes par D. MASSON, Paris, Gallimard, 1967.

2-Ibn Kathir, (‘Imâd ad-dîn), Tafsir al-qur’ân al-‘azim (L’exégèse du Coran sublime), Dâr al-fikr, Beyrouth, 1ère éd., 1401h, 1/311. Voir aussi RAMADAN Saïd, La Sharî’a: le droit islamique, son envergure et son équité, ed. Al Qalam, Paris, 1997, p 161.

3- ‘Afifi Mustafa, Al-huqouq al-ma‘nawiyyah li al-’insân bayn an-nazariyyah wa at-tatbiq (Les doris morals de l´être humain entre la théorie et la pratique), Dâr al-fikr al-arabî, Le Caire, 1ère éd., p 178.

4-Miqlât: est la femme dont les enfants mis au monde ne vivent pas. Voir. Abû Dâwoud (Sulaymân), Sunan abi dâwoud (Le recueil d’ abi dâwoud), Dâr al-fikr, Beyrouth, 1ère éd, 1990, 2/65.

5-Le judaïsme était répandu à Médine avant que le Prophète ne s’y installe.

6-AT-TABARÎ (Muhammad ibn jarir), Jâmi‘ al-bayân (Collecteur recueil de rhétorique), Dâr al-fikr, Beyrouth, 1ère éd., 3/14; ABÛ DÂWOUD, op. cit., 2/65.

7-At-Tabarî, op. cit., 11/174.

8-At-Tabarî, op. cit., 12/141

9VIbn Hichâm (Abû Muhammad al-mu‘âfirî) (mort en 218 h), As-sirah an-nabawiyah (La biographie du Prophète), Dâr ’ihyâ’ at-turâth al-arabî, Beyrouth, 2ème éd., p 501-504, At-Tabarî (Muhammad ibn jarir) (224/310 h), Târikh ar-rusul wa al-mulouk (L’histoire des Prophètes et des rois), Dâr al-ma‘ârif, Le Caire, 2ème éd., 1960, p 609, ‘Amrî ’Akram AL-, As-Sunnah an-nabawiyah as-sahihah (La vraie Sunna prophétique), Maktabat al-‘uloum wa al-hikam, Médine, 3ème éd., 1415 h/1994, p 284, Hamidullah Muhammad, Majmou‘at al-wathâ’iq as-siyâsiyah lil ‘ahd an-nabawi wa al-khilâfah arrâchidah (Les documents politiques à l’époque du Prophète et des califes), Dâr An-nafâ’is, Beyrouth, 1ère éd., 1405h/ 1985, p 59-62.

10-Nahj al-Balagha, Hikmat 31

11-Nahj al-Balagha, Hikmat 227

12-Nahj al-Balagha, Sermon 1

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