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L'oppression et ses conséquences selon l’Imam Sajjad (as)

L’oppression et ses conséquences selon l’Imam Sajjad (as)

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L’oppression figure parmi les vices moraux les plus graves et les plus condamnables en islam. L’islam dénonce avec une véhémence sans équivoque toute forme d’oppression et instruit les croyants sur un double impératif : s’abstenir rigoureusement d’opprimer autrui et refuser fermement de subir l’injustice. Cette transgression, aux conséquences dévastatrices, affecte aussi bien la vie présente que l’au-delà. Elle porte atteinte non seulement à l’individu qui la commet, mais aussi à l’équilibre et à la cohésion de toute la société.

La négation absolue de l’oppression en islam

Un hadith d’une importance capitale est rapporté par le cinquième Imam, l’Imam Muhammad al-Bâqir (que la paix soit sur lui). Celui-ci le transmet de son vénéré père, l’Imam Sajjâd (que la paix soit sur lui), qui le tient lui-même de son père, le Maître des martyrs (que la paix soit sur lui). Cette parole émane ensuite des dires bénis de l’Imam Ali, Amir al-Mu’minin, le Maître des pieux (que la paix soit sur lui). Ce qui confère à ce hadith un statut exceptionnel tient à deux dimensions essentielles : d’une part, sa chaîne de transmission (isnad) ascendante et immaculée, reliant quatre Imams infaillibles ; d’autre part, le contexte émotionnel et spirituel bouleversant dans lequel il fut évoqué. Selon la tradition authentique, l’Imam Hussein et l’Imam Sajjâd (que la paix soit sur eux) ont tous deux recommandé ce hadith dans les ultimes instants de leur existence terrestre, au seuil même du martyre.

Cela signifie qu’au-delà de la vérité théologique qu’il renferme, deux figures éminentes de l’islam ont délibérément choisi de transmettre cet enseignement dans les circonstances les plus critiques — là où l’âme atteint sa plus grande réceptivité et où les paroles acquièrent la valeur d’un testament éternel.  De manière particulièrement poignante, le Maître des martyrs (que la paix soit sur lui), le jour d’Achoura, après avoir vu tous ses compagnons et partisans tomber les uns après les autres sous les coups de l’ennemi, s’est retrouvé seul face à l’immensité de la tragédie. C’était une situation d’une sensibilité extrême, où chaque seconde était précieuse et où seules les paroles les plus cruciales pour le salut de l’humanité méritaient d’être prononcées.

Au milieu de ce champ de bataille ensanglanté, saturé de douleur et de sacrifice, loin de toute velléité de vengeance ou d’appel à la haine, l’Imam formula sa dernière recommandation à son fils bien-aimé, l’Imam Zayn al-Abidin (que la paix soit sur lui). Ce conseil, qui constitue en vérité son ultime legs spirituel aux chiites et à l’humanité entière, condense l’essence même du message divin. Il fut formulé en ces termes sublimes : « Ô mon fils ! Garde-toi d’opprimer celui qui ne trouve contre toi aucun secours hormis Allah. »[1]

Ce hadith révèle une dimension profonde et centrale de la justice en islam : la protection sacrée des faibles. L’Imam ne met pas en garde seulement contre l’oppression en général, mais spécifiquement contre l’oppression exercée envers celui qui est démuni, sans défense et dépourvu de tout allié terrestre. Précisément parce que cette personne ne possède aucun recours hormis Dieu, l’agresser équivaut à défier le Créateur Lui-même. C’est un crime perpétré contre la créature la plus proche du Créateur par sa vulnérabilité même.

L’oppression — et plus particulièrement l’oppression envers les personnes démunies de protection et de soutien — revêt de multiples formes et peut se manifester dans différents aspects de l’existence humaine. Elle n’est pas exclusivement physique, mais également psychologique, sociale ou économique. Voici quelques expressions concrètes de ces formes d’injustice :

L’oppression des gouvernements tyranniques envers des peuples sans défense

L’une des manifestations les plus graves de l’oppression envers les démunis réside dans la tyrannie exercée par certains gouvernements du monde contre des peuples privés de tout moyen de défense. Lorsque des dirigeants dominent une nation, lui infligent l’injustice, et que cette nation ne trouve face à ses oppresseurs aucun secours hormis Allah, nous sommes précisément dans le cas de figure évoqué par ce noble hadith. Cette forme d’oppression est extrêmement blâmable et détestable aux yeux du Créateur, et elle conduit inexorablement à la chute des régimes injustes — une loi divine qui traverse l’histoire humaine. Le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui et sur sa famille), modèle exemplaire pour toute l’humanité, a clairement exprimé, par ses paroles lumineuses, la laideur morale de l’oppression. Il a déclaré : « Le plus vil et le plus méprisable des créatures auprès de Dieu est celui à qui est confiée l’autorité sur les musulmans et qui ne se comporte pas avec justice entre eux ».[2] Ce hadith vise particulièrement les gouvernants et les responsables investis d’autorité. Il révèle que l’oppression exercée depuis une position de pouvoir constitue la pire forme d’injustice qui soit. Celui qui opprime tout en occupant un tel poste de responsabilité est considéré comme l’un des êtres les plus vils et les plus corrompus auprès de Dieu. La raison en est évidente : à qui beaucoup a été confié, beaucoup sera demandé. Le pouvoir n’est pas un privilège, mais une responsabilité sacrée devant le Créateur et devant les créatures.

Dans un autre hadith prophétique, le Messager de Dieu a enseigné : « Celui qui craint la vengeance et la rétribution s’abstient certainement de commettre l’oppression et l’injustice ».[3] Cette parole met en lumière l’un des facteurs psychologiques et spirituels qui retiennent l’être humain de basculer dans l’oppression : la crainte des conséquences et des châtiments divins, tant dans ce monde que dans l’au-delà. Cette crainte, loin d’être une peur paralysante, constitue une motivation salutaire et puissante pour s’abstenir d’opprimer autrui et s’orienter résolument vers la voie de la justice. Elle rappelle au détenteur du pouvoir que son autorité est temporaire, mais que la justice divine est éternelle.

L’oppression de l’employeur envers l’employé et ses conséquences dans l’au-delà

L’oppression de l’employeur envers l’employé constitue l’une des formes les plus répandues et les plus sévères de l’injustice sociale. Elle revêt une gravité particulière lorsque l’employé se trouve dans une situation de vulnérabilité économique, contraint de travailler pour cet employeur par nécessité vitale. Dans ce contexte marqué par un déséquilibre flagrant des rapports de force, l’employé qui refuse de se soumettre à l’injustice ou à la tyrannie s’expose au licenciement et à la précarité. L’employeur abuse alors sciemment du besoin du travailleur pour le dominer et l’exploiter, profitant de sa faiblesse pour maximiser ses profits au mépris de la dignité humaine — cette dignité que Dieu a conférée à tout fils d’Adam. Face à cette réalité douloureuse, les textes sacrés de l’islam et les hadiths des Ahl al-Bayt (que la paix soit sur eux) insistent avec une force exceptionnelle sur le respect scrupuleux des droits des travailleurs. L’islam ne considère pas le salaire comme une simple transaction commerciale soumise aux caprices du marché, mais comme un droit sacré qui doit être honoré sans délai. À cet égard, l’Imam Jafar as-Sâdiq (que la paix soit sur lui) formule une recommandation d’une puissance symbolique remarquable, soulignant l’urgence absolue de rétribuer le travailleur : « Donnez-leur leur salaire avant que leur sueur ne sèche. »[4] Ce hadith illustre la valeur inestimable de l’effort humain et interdit catégoriquement toute procrastination dans le versement des rémunérations. La sueur encore fraîche symbolise l’effort immédiat, la peine du corps, le sacrifice du temps — autant d’éléments qui exigent une reconnaissance instantanée et concrète.

Les conséquences spirituelles terrifiantes du vol du salaire

Le Prophète Muhammad (que la paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui et sur sa famille) a, quant à lui, averti avec une sévérité sans précédent contre celui qui opprime un travailleur en retenant son salaire. Il considère une telle personne comme frappée par la malédiction divine elle-même : « Maudit est celui qui opprime un salarié quant à son salaire. »[5] Les conséquences spirituelles de cette oppression sont véritablement terrifiantes. Dans une autre tradition prophétique, le Messager d’Allah (que la paix soit sur lui) révèle l’état spirituel catastrophique de celui qui retient indûment le salaire d’un travailleur : ses actes de dévotion sont annulés, ses prières deviennent vaines, et il se prive des plus grandes récompenses spirituelles. Le Prophète affirme avec une clarté bouleversante qu’une telle personne « ne sentira pas l’odeur du Paradis »[6], alors même que cette odeur, selon les traditions, peut être perçue à une distance extraordinaire. Cette image souligne l’immensité de la perte spirituelle pour celui qui lèse un travailleur : si proche du Paradis par sa foi apparente, mais si loin par son injustice concrète.

La réciprocité des droits : l’excellence du travailleur

Cependant, cette relation de justice est fondamentalement à double sens, et l’islam ne saurait négliger aucune des deux dimensions. Si l’employeur a l’interdiction formelle et sacrée d’opprimer son employé, ce dernier porte également des devoirs essentiels envers son employeur. L’employé et les subordonnés doivent accomplir leur travail avec excellence (ihsân), intégrité et loyauté. La paresse, la négligence, le travail bâclé ou le manque de sérieux constituent également une forme d’injustice envers celui qui a confié une tâche et versé un salaire. Trahir la confiance de l’employeur est un manquement grave au droit d’autrui, qui engage directement la responsabilité morale et spirituelle du travailleur devant Dieu.

Ainsi, l’équilibre social et la paix communautaire reposent sur une réciprocité authentique des droits et des devoirs, fondée sur la justice (‘adl) et la crainte révérencielle de Dieu (taqwâ). Chacun est gardien de l’autre, et chacun rendra compte de la manière dont il a traité son prochain.

L’oppression dans le cadre familial : La violation des liens sacrés

La troisième forme d’oppression, et peut-être la plus douloureuse en raison de son intimité, est celle qui survient au sein de la cellule familiale elle-même. C’est un terrain où l’injustice peut prendre racine sous de multiples visages : l’épouse envers son mari, le mari envers son épouse, les parents envers leurs enfants, ou inversement les enfants envers leurs parents. Ce qui rend cette oppression particulièrement insidieuse et dévastatrice, c’est qu’elle s’infiltre précisément là où devraient régner l’amour inconditionnel, la confiance mutuelle et le soutien indéfectible. Elle corrompt le sanctuaire même où l’âme humaine cherche refuge.

L’oppression entre époux : la trahison du pacte sacré

Parfois, la vulnérabilité de l’un des conjoints le place tragiquement à la merci de l’autre. Une femme peut se retrouver privée de tout soutien familial ou social, contrainte d’endurer en silence la tyrannie ou l’injustice de son mari pour ne pas se retrouver sans foyer ni ressources. De même, un homme peut parfois être amené à tolérer des comportements injustes de la part de son épouse pour préserver l’honneur familial ou éviter le scandale public, demeurant silencieux face à des épreuves qu’il ne peut révéler à quiconque.

L’islam élève le statut du conjoint au rang d’un partenaire sacré, uni par un pacte divin. Par conséquent, le fait de blâmer injustement, de lancer des remarques acerbes, de tenir des propos sarcastiques ou de faire des allusions blessantes à un conjoint — qui, dans l’intimité du foyer, n’a d’autre refuge, d’autre soutien ni d’autre secours qu’Allah — constitue une forme majeure d’oppression. C’est une trahison grave de la confiance divine déposée dans l’institution du mariage, une violation du serment pris devant le Créateur.

L’oppression envers les parents âgés : l’ingratitude la plus méprisable

Le cas des parents âgés ou invalides figure parmi les plus sensibles et les plus sacrés dans la morale islamique. Une mère affaiblie par le poids des années ou un père diminué par la maladie n’ont souvent dans ce monde personne d’autre que leurs enfants. Ils n’ont d’autre choix que de dépendre de ceux qu’ils ont élevés avec tant de sacrifices et de patience. Si cet enfant abuse de cette position de force pour leur infliger des vexations, des remarques cinglantes, un manque de considération ou même de simples expressions d’agacement, il commet un péché d’une gravité immense aux yeux de Dieu. C’est une ingratitude révoltante envers ceux qui nous ont donné la vie, nourri dans la faiblesse, et veillé sur nos premières années.

Le Noble Coran insiste avec une force exceptionnelle sur le respect sacré qui leur est dû, spécialement lorsqu’ils atteignent un âge avancé et se trouvent en position de vulnérabilité. Un point remarquable et révélateur est que le Coran mentionne généralement l’ordre de bientraitance envers les parents immédiatement après l’ordre d’adorer Dieu seul, liant ainsi indissolublement le droit des géniteurs au droit du Créateur. Comme Allah le déclare avec majesté : « Et ton Seigneur a décrété : N’adorez que Lui ! Et (marquez) de la bonté envers (vos) père et mère : si l’un d’eux, ou tous les deux, atteignent chez toi l’âge de la vieillesse, ne leur dis point : « Fi ! » et ne les repousse pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses. »[7]

L’Imam Jafar as-Sadiq (que la paix soit sur lui) explique la profondeur spirituelle de ce verset en soulignant la patience extrême et la douceur requises, même dans les circonstances les plus éprouvantes : « Si tes parents te contrarient, voire te frappent, ne leur réponds pas avec dureté et ne leur dis pas : « Pourquoi faites-vous le mal ? »»[8] Cela signifie que même face à une injustice apparente de la part des parents — conséquence de leur propre faiblesse, confusion ou détresse —, l’enfant doit faire preuve d’une miséricorde infinie, reconnaissant que leurs erreurs humaines ne suffisent jamais à effacer leurs droits sacrés ni les dettes morales que nous leur devons.

L’oppression envers les enfants : trahir le dépôt divin

Enfin, l’oppression envers les enfants est également un acte profondément blâmable et détestable aux yeux de Dieu. Les enfants sont des dépôts sacrés (amâna) confiés aux parents, qui en seront questionnés le Jour du Jugement. Une attention particulière doit être portée aux jeunes filles dont le mariage n’est pas encore arrangé et qui demeurent à la charge de leurs parents. Vivant encore sous le toit paternel, elles se trouvent dans une situation à la fois délicate et dépendante, souvent marquée par une grande vulnérabilité psychologique et sociale.

Elles ne doivent en aucun cas être confrontées à la tyrannie, aux paroles dures et humiliantes, aux reproches constants ou aux insultes de la part de ceux qui devraient être leur première source de sécurité et d’affection. Cette jeune fille, qui n’a pas encore construit son propre foyer et qui ne dispose d’aucun moyen de défense matériel ou social, est obligée de rester chez son père ; elle n’a aucun refuge hormis Allah. Lui faire sentir qu’elle est un fardeau, la traiter avec mépris ou négligence, ou la priver de l’affection et de la protection qui lui sont dues constitue une oppression grave que Dieu ne prend jamais à la légère. Le Créateur est le Protecteur des faibles, et Il répondra avec justice à ceux qui auront trahi ce dépôt sacré.

Conclusion

L’islam élève l’interdiction de l’oppression au rang de principe cardinal, non seulement parce qu’elle blesse la dignité humaine, mais surtout parce qu’elle constitue un défi direct à la miséricorde et à la justice divines. Lorsque l’on opprime celui qui n’a d’autre recours qu’Allah – qu’il s’agisse du travailleur démuni dont le salaire est retenu, du conjoint vulnérable trahi dans l’intimité du foyer, des parents affaiblis par l’âge ou des enfants confiés comme un dépôt sacré –, on s’expose à des conséquences d’une gravité incommensurable : ténèbres épaisses le Jour de la Résurrection, annulation des actes d’adoration, malédiction divine et privation du parfum même du Paradis. Pourtant, cette mise en garde sévère n’est pas une fin en soi ; elle est un appel pressant à la transformation intérieure. En choisissant la justice, la bienfaisance et la piété, chaque croyant peut inverser le cours de sa destinée, réparer les torts commis, soulager les opprimés et bâtir une société où règnent l’équilibre, la réciprocité des droits et la crainte révérencielle de Dieu. Car au final, la vraie victoire n’appartient ni à la force ni au pouvoir éphémère, mais à celui qui aura protégé les faibles, honoré les dépôts confiés et marché sur la voie de l’ihsân, sachant que le Juge suprême ne lèse jamais quiconque et qu’Il est le Meilleur des protecteurs pour ceux qui, dans leur faiblesse, n’ont invoqué que Lui.

Notes:

[1] Al-Kafi, vol. 2, p. 331.

[2] Majlisī, Muḥammad Bāqir, Biḥār al-anwār, vol. 75, p. 352.

[3] Kolaynī, Muḥammad ibn Yaʿqūb, Uṣūl al-kāfī, vol. 2, p. 331.

[4] Al-Kafi, vol. 5, p. 288.

[5] Da’a’im al-Islam, vol. 2, p. 74.

[6] Man La Yahduruhu al-Faqih, vol. 4, p. 3.

[7] Sourate Al-Isra, verset 23.

[8] Al-Kafi, vol. 2, p. 157.

Références :

  1. Al-Qadi al-Nu’man al-Maghribi, Da’a’im al-Islam, Qom : Mu’assasat Āl al-Bayt, 1965.
  2. Cheikh Sadouq, Man La Yahduruhu al-Faqih, Qom : al-Islāmī, 1983.
  3. Kolayni, Mohammad ibn Yaʿqūb, Uṣūl al-kāfī, Qom : Dar al- Kutub al-islamiyya, 1986.
  4. Majlissi, Muḥammad Bāqir, Bihâr al-Anwar, Beyrouth, Dar al-ihya’ al-Torath al-Arabi, s.d.

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