La Sainte Marie, paix sur elle, était une femme d’une piété exceptionnelle, choisie par Allah parmi toutes les femmes de son époque. Le Coran lui-même nous guide dans ce respect. Allah ne mentionne Marie que pour souligner sa grandeur spirituelle et son rôle central dans l’histoire du salut. Ce n’est point par hasard que son nom revient si souvent dans le Livre Saint. C’est un témoignage divin de son excellence.
1. Les titres d’honneur accordés à Marie
Marie est la seule femme de l’histoire de l’humanité à qui Allah a dédié une sourate entière du Coran. Cette distinction est à elle seule un indice de son statut éminent. Si nous réfléchissons un moment, nous réalisons que cela témoigne d’une éminence spirituelle que peu de créatures humaines ont connue. Le nom de Marie apparaît dans douze sourates différentes et trente-quatre versets. Cela fait de Marie le nom féminin le plus mentionné dans le Noble Coran. Cette répétition n’est pas fortuite. Elle reflète l’intention divine de souligner son importance et de la proposer en exemple à tous les croyants, hommes et femmes, à travers les âges.
En lisant le Coran, on peut en effet dégager au moins trois grands titres d’honneur pour la Vierge Marie:
Élue au‑dessus des femmes des mondes :
Le Coran rapporte cette parole : « (Rappelle-toi) quand les Anges dirent : « Ô Marie, certes Allah t’a élue et purifiée; et Il t’a élue au-dessus des femmes des mondes.»[1]
De ce verset, on peut déduire le titre : « l’Élue parmi les femmes des mondes », qui exprime sa supériorité spirituelle et sa pureté exceptionnelle.
Siddîqa (la Véridique) :
Le Coran la désigne par le titre glorieux de Siddîqa, c’est-à-dire « la Véridique ». Ce titre mérite que nous nous y arrêtions. Le mot Siddîq vient de la racine arabe qui signifie « vérité » et « confirmation ». Être Siddîqa, c’est non seulement parler la vérité, mais c’est aussi la vivre, l’incarner, et en témoigner par chaque acte et chaque parole.
Ainsi, Marie a confirmé la vérité d’Allah par sa vie entière. Elle a confirmé que Dieu seul mérite l’adoration. Elle a confirmé les promesses d’Allah. Elle a confirmé sa foi envers son Seigneur, même lorsque l’ange Gabriel s’est présenté à elle avec un message qui aurait pu effrayer n’importe quelle jeune fille. Elle a dit :
« Comment aurais-je un fils, quand aucun homme ne m’a jamais touchée, et que je ne suis pas prostituée ?»[2] Mais lorsque l’ange a expliqué que c’était la volonté d’Allah, elle a accepté avec sérénité et sincérité. Voilà la vérité incarnée.
Muhadditha : Celle à qui les anges parlaient :
Le Coran l’appelle également Muhadditha, c’est-à-dire « celle avec qui les anges s’entretenaient » ou « celle à qui les anges parlaient directement ». Ce titre révèle une proximité extraordinaire avec le domaine divin.
Habituellement, la communication avec les anges est réservée aux prophètes et aux envoyés. Que Marie, bien qu’elle ne soit pas une prophète au sens strict, ait reçu des visites et des paroles des anges montre le degré de pureté et de piété qu’elle avait atteint.
Cette communication directe avec l’ange Gabriel, particulièrement, place Marie dans une catégorie spéciale. Gabriel est l’ange chargé de transmettre les messages les plus importants aux grands prophètes. Que cet ange vienne à Marie est un honneur réservé à très peu de créatures.
2. La sollicitude divine envers Marie dès sa naissance
Les versets coraniques révèlent la dimension exceptionnelle de la relation entre Marie et son Créateur dès les premiers instants de son existence. Le récit coranique met en lumière non seulement le vœu pieux de sa mère, mais surtout la réponse divine qui dépasse les attentes humaines et transforme ce qui pourrait sembler une déception — la naissance d’une fille plutôt qu’un garçon — en une élection spirituelle d’une portée considérable. Allah dit dans le Saint Coran :
« (Rappelle-toi) quand la femme d’Imran dit : « Seigneur, je T’ai voué ce qui est dans mon ventre, pour Te servir exclusivement. Accepte-le donc de ma part. C’est Toi, en vérité, l’Audient, l’Omniscient. » Puis, lorsqu’elle en eut accouché, elle dit : « Seigneur, voilà que j’ai accouché d’une fille » — or Allah savait mieux ce dont elle avait accouché ; le garçon n’est pas semblable à la fille — « Je l’ai nommée Marie, et je la place, ainsi que sa descendance, sous Ta protection contre le Diable banni. » Son Seigneur l’agréa alors d’un bel agrément et la fit croître d’une belle croissance… »[3]
D’après ces trois versets, il apparaît premièrement qu’Allah a accepté Marie elle-même, que sa mère avait vouée au service du Temple. Cette acceptation divine revêt une importance particulière dans le contexte historique et culturel de l’époque, où les femmes ne pouvaient généralement pas accéder au service du sanctuaire. En effet, le pronom suffixe « -ha » (la) dans le terme fa-taqabbalahā (« l’agréa ») se rapporte directement à Marie et non au vœu de sa mère, car le verset ne dit pas « Il agréa son vœu ».[4] Cette distinction grammaticale souligne que c’est la personne même de Marie qui fut agréée par Dieu, indiquant ainsi sa dignité intrinsèque et sa prédestination à un rôle spirituel éminent.
Deuxièmement, cet accueil a été exemplaire, comme l’indique l’expression « bel agrément » (qabūl ḥasan). L’adjectif ḥasan (bel, excellent) n’est pas anodin : il signifie que l’acceptation divine ne fut pas simplement passive ou conditionnelle, mais enthousiaste et parfaite. Dieu n’a pas seulement toléré la présence de Marie dans Son service, Il l’a désirée et honorée d’une manière qui transcende les normes humaines et les conventions sociales de son temps.
Troisièmement, l’éducation de Marie, d’une qualité exceptionnelle, a été assurée directement par Dieu, sous Sa protection bienveillante. Le Coran présente ainsi Marie comme ayant bénéficié d’une formation spirituelle sans intermédiaire humain, une pédagogie divine qui la préparait à sa mission future et qui explique la pureté et l’élévation de son âme.
L’emploi du terme anbata (issu de l’infinitif inbāt, signifiant « faire croître » ou « faire germer ») pour décrire l’éducation de Marie fait référence à ses dimensions de perfection spirituelle et morale, non simplement à sa croissance physique. Cette formulation souligne une nuance subtile et profonde : l’œuvre de Dieu à l’égard de Marie est comparée à une « germination » organique et naturelle. Le choix de ce vocabulaire botanique n’est pas fortuit : il évoque un processus à la fois progressif et harmonieux, où chaque étape prépare la suivante selon un plan divin parfaitement orchestré.
Tout comme la graine d’une fleur recèle des potentiels qui s’épanouissent sous l’œil attentif du jardinier, l’âme humaine et sa nature primordiale (fiṭra) abritent des aptitudes supérieures et des dispositions innées vers le bien, la vérité et la beauté. Ces capacités latentes demeurent toutefois en sommeil tant que les conditions favorables à leur développement ne sont pas réunies. Si l’être humain se place sous la direction des éducateurs divins — les jardiniers de l’humanité que sont les prophètes, les saints et les guides spirituels — ces dons innés se développent rapidement et harmonieusement pour se manifester pleinement. C’est alors que la « croissance » (inbāt) prend tout son sens : non pas une simple addition de connaissances ou de vertus acquises de l’extérieur, mais l’actualisation de potentialités déjà présentes dans la nature humaine, conformément au dessein originel du Créateur.[5]
Cette métaphore horticole révèle également la douceur et la patience de la pédagogie divine. Tout comme le jardinier n’arrache pas brutalement les bourgeons pour hâter leur floraison, Dieu respecte les étapes nécessaires au mûrissement spirituel de Ses serviteurs élus. Dans le cas de Marie, cette croissance fut particulièrement harmonieuse et accomplie, faisant d’elle un modèle de développement spirituel pour l’humanité entière.
3. L’élection de Marie et sa purification par Dieu
« (Rappelle-toi) quand les Anges dirent : « Ô Marie, certes Allah t’a élue, t’a purifiée, et t’a élue au-dessus des femmes des mondes. Ô Marie, obéis à ton Seigneur, prosterne-toi, et incline-toi avec ceux qui s’inclinent. » ».[6]
Ces deux versets exposent une autre série de vertus et de distinctions accordées à Marie, établissant sa position exceptionnelle dans l’histoire spirituelle de l’humanité. Le message angélique ne se limite pas à une simple annonce : il constitue une proclamation solennelle des qualités éminentes de Marie et de la mission qui lui est confiée.
La première vertu réside dans l’élection divine : elle est l’Élue de Dieu (muṣṭafā). Le terme iṣṭifāʾ (élection) implique un choix délibéré et préférentiel de la part du Créateur. Marie n’a pas simplement été choisie par hasard ou par circonstance, mais sélectionnée intentionnellement par Dieu pour incarner des qualités particulières et accomplir une mission d’une importance capitale. Cette élection divine précède toute action humaine et manifeste la prescience et la sagesse divines dans la préparation des instruments de Sa volonté.
La deuxième distinction est sa purification par Dieu : elle est la Purifiée (muṭahhara). La purification (taṭhīr) mentionnée ici ne se limite pas à la pureté rituelle ou morale ordinaire. Elle désigne une purification totale et exhaustive de l’âme, du cœur et de l’esprit, une sanctification qui écarte toute souillure matérielle et spirituelle. Cette pureté absolue était nécessaire pour que Marie puisse porter en son sein le prophète Jésus, conçu miraculeusement sans l’intervention d’un père terrestre. La purification divine garantit l’immunité de Marie contre les tentations sataniques et les défaillances humaines, faisant d’elle un réceptacle digne de la grâce extraordinaire qui lui serait accordée.
Un aspect remarquable de ce verset est la répétition du terme « élue » (iṣṭafāki), qui apparaît deux fois. Cette double mention n’est pas une simple redondance stylistique, mais souligne deux niveaux d’élection distincts. La première élection peut être comprise comme une élection générale, une sanctification initiale de Marie. La seconde élection, qui intervient après la mention de sa purification, représente une élection supérieure : celle qui la place « au-dessus des femmes des mondes » (ʿalā nisāʾ al-ʿālamīn). Cette formulation universelle indique que la prééminence de Marie transcende les frontières temporelles et géographiques ; elle n’est pas simplement supérieure aux femmes de son époque ou de sa communauté, mais à toutes les femmes de tous les temps et de tous les lieux.
4. Les leçons que nous devons tirer de la vie de la Sainte Marie
L’importance de la piété constante: Le premier enseignement que nous pouvons tirer de la vie de Marie est l’importance de la piété constante — non pas occasionnelle, non pas superficielle, mais profonde et régulière.
Nous vivons dans un monde où la spiritualité est souvent fragmentée. Certains prient aux moments de crise. D’autres observent les rituels sans engagement sincère du cœur. Mais Marie nous montre qu’une vie réellement pieuse exige de la discipline, de la régularité et de la sincérité.
Elle n’attendait pas une occasion spéciale pour invoquer Allah. Elle construisait sa vie entière autour de sa relation avec Lui.
La sincérité du cœur: Deuxièmement, l’exemple de Marie nous enseigne la sincérité du cœur (Ikhlas). Tous ses actes — son jeûne, sa prière, son acceptation du plan divin — étaient motivés par l’amour sincère pour Allah, non par la recherche de reconnaissance ou de prestige. Marie vivait retirait du monde, dans une cellule du temple à Jérusalem, loin des yeux des autres. Elle jeûnait et priait sans témoin, sinon Allah Lui-même. Cela montre que sa piété n’était pas une performance pour les autres. C’était une sincère conversation avec son Créateur.
Dans nos vies modernes, nous sommes souvent tentés de faire nos bonnes œuvres devant les autres, de faire de notre piété un affichage. Marie nous enseigne à chercher le cœur pur, la sincérité cachée, la relation privée avec Allah.
La confiance en Allah: Troisièmement, Marie nous enseigne la confiance absolue en Allah, même face aux circonstances les plus étranges ou difficiles. Lorsque l’ange Gabriel s’est présenté à elle, elle aurait pu avoir peur. Lorsqu’il a annoncé qu’elle porterait un enfant sans père, elle aurait pu douter. Lorsqu’elle s’est retrouvée enceinte et a dû affronter l’incompréhension de son peuple, elle aurait pu abandonner.
Au lieu de cela, elle a eu confiance en Allah. Elle a dit : « Il m’a dit : e suis en fait un Messager de ton Seigneur pour te faire don d’un fils pur. » Elle dit: « Comment aurais-je un fils, quand aucun homme ne m’a touchée, et que je ne suis pas prostituée ? » Il dit : « Ainsi le décrète ton Seigneur ! Cela M’est facile, a dit ton Seigneur ! Et Nous ferons de lui un signe pour les gens, et une miséricorde de Notre part. »[7]
Elle accepta ; Elle travailla ; Elle accoucha. Et lorsqu’elle s’inquiéta pour ce que diraient les gens, Allah la rassura par un miracle — une prière venue de son enfant nouveau-né qui prouverait son innocence. Cette confiance absolue en Allah est le cœur de la foi islamique. Marie en est le modèle parfait.
La patience et l’épreuve: Quatrièmement, l’histoire de Marie nous enseigne qu’une vie pieuse n’est pas exemptée des épreuves. Au contraire, souvent, les plus proches d’Allah sont testés davantage. Marie a dû affronter l’incompréhension, les accusations, la calomnie. Elle a dû élever seule son enfant dans des circonstances difficiles.
Pourtant, elle persévéra. Elle n’abandonna pas sa foi. Elle n’accusa pas Allah d’injustice. Elle accepta l’épreuve comme une manifestation de la volonté d’Allah et en sortit grandie, honorée, et préservée.
Conclusion
La Sainte Marie, paix sur elle, n’était pas une déesse, bien que certains fassent l’erreur de l’adorer. Elle n’était pas une superwoman au-delà de toute relation. Elle était une femme — une femme ordinaire devenue extraordinaire par sa sincérité, sa discipline, sa confiance en Allah et son amour pour son Seigneur. Elle est l’exemple que le Coran propose à toute l’humanité. Son nom est le nom féminin le plus cité du Livre Saint, non pour l’adorer, mais pour l’imiter dans sa piété.
Que Allah nous accorde à tous — hommes et femmes — la sagesse de comprendre l’exemple de Marie, la force d’embrasser sa discipline spirituelle, et la sincérité de chercher le visage d’Allah dans toutes nos actions.
Notes:
[1] Sourate Âl ‘Imrân, 3 :42
[2] Coran, Sourate Maryam, 19: 20.
[3] Sourate Âli Imran, 3 : 35-37
[4] Tabataba’i, 1363, vol. 3, p. 271.
[5] Makarem Shirazi, 1363, vol. 2, p. 528.
[6] Sourate Âli Imran, 3 : 42-43
[7] Sourate Maryam, 19: 19-21.
Références :
Coran
Tabataba’i, 1984, Al-Mīzān fī tafsīr al-Qurʾān, Qom : jāmiʿa mudarrisīn hawza ʿilmiyya Qom.
Makarem Shirazi, 1984, Tafsīr-e Nemūneh, Qom : Markaz-e nashr-e ketāb-e madraseh-ye Emām-e Amīr al-Muʾminīn.