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Les représentants de l’Imam al-Mahdî (as) et leurs missions

Les représentants de l’Imam al-Mahdî (as) et leurs missions

2025-12-09

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Toutes les religions s’accordent sur l’avènement futur d’un réformateur et sauveur qui remplira le monde de justice et d’équité, et qui mettra fin à l’oppression et à l’injustice. Bien que toutes les religions croient en un sauveur et représentant de Dieu , elles divergent sur son identité. Nous, chiites, croyons que ce réformateur n’est autre que l’Imam al-Mahdî (que la paix soit sur lui), fils de l’Imam al-Hassan al-Askarî (que la paix soit sur lui). De nombreuses traditions prophétiques authentiques confirment cette conviction.

L’une des périodes les plus importantes pour le chiisme fut celle de la petite occultation, qui s’étend de l’an 873-941 apr. J.-C. Durant cette période, les fidèles n’avaient plus de contact direct avec l’Imam du temps ; ils ne pouvaient communiquer avec lui que par l’intermédiaire de ses quatre représentants spéciaux. Ces représentants rendirent d’immenses services à la communauté chiite et préparèrent le terrain à la grande occultation. Le présent article propose une brève biographie de ces quatre représentants spéciaux ainsi qu’un exposé de leurs principales missions. Puisse-t-il être agréé par Dieu et par l’Imam du Temps (que la paix soit sur lui).

1. Osmâne ibn Sa‘îd al-‘Amrî (873 – 881 apr. J.-C)

Le premier représentant spécial de l’Imam al-Mahdî (que la paix soit sur lui), Osmân ibn Sa‘îd al-‘Amrî entra dès l’âge de onze ans au service de l’Imam al-Jawâd (que la paix soit sur lui) en tant que serviteur et jouit de sa pleine confiance. Il conserva cette confiance auprès de l’Imam al-Hâdî (que la paix soit sur lui), dont il dirigea, durant les dix dernières années de l’imamat, le réseau clandestin des représentants (wikâla). Il assurait la liaison entre l’Imam et les représentants dans les différentes régions, puis fut également très proche de l’Imam al-Hassan al-‘Askarî (que la paix soit sur lui).[1]

Lorsque les chiites lui remettaient des fonds destinés à l’Imam al-Hassan al-‘Askarî, il les dissimulait dans des récipients d’huile, se faisait passer pour un marchand d’huile dans les ruelles et parvenait ainsi à les transmettre en toute sécurité. Il eut deux fils : Mohammad (qui deviendra le deuxième représentant) et Ahmad.[2]

De nombreuses traditions des Imams (que la paix soit sur eux) attestent de sa fiabilité absolue. Parmi elles, celle rapportée par Haroun ibn Moussa, d’après Ali ibn Mohammad ibn Hammâm al-Iskâfî, lui-même tenant d’Abdallâh ibn Jafar al-Himyarî, qui rapporte : « J’entrai chez l’Imam al-Hâdî (que la paix soit sur lui) et lui dis : « Ô mon maître, je ne peux pas toujours venir vous voir. De qui dois-je accepter les directives ?” L’Imam répondit : « Ce Abû ‘Amr [Osmân ibn Sa‘îd] est digne de confiance et fidèle. Tout ce qu’il vous transmet de notre part est de nous. De notre vivant comme après notre mort, il est digne de confiance.” »[3]

Osmâne ibn Sa‘îd exerça cette fonction environ sept ans et mourut en 881 apr. J.-C. Il fut inhumé dans l’ouest de Bagdad, près de Masjid al-Bâb, lieu qui est aujourd’hui un important lieu de pèlerinage chiite. À sa mort, une ordonnance signée de l’Imam al-Mahdi fut adressé à son fils Mohammad : « Nous appartenons à Dieu et à Lui nous retournons. Nous nous soumettons à Son ordre et acceptons Son décret. Ton père a vécu heureux et est mort loué. Que Dieu lui fasse miséricorde et le réunisse à Ses amis et à Ses maîtres. Il n’a cessé d’œuvrer avec zèle pour leur cause, s’efforçant de ce qui les rapproche de Dieu Très-Haut. Que Dieu illumine son visage et pardonne ses fautes. »[4]

2. Mohammad ibn Osmâne al-‘Amrî (880-918 apr. J.-C)

Le deuxième représentant, Mohammad ibn Osmâne succéda à son père sur ordre exprès de l’Imam Mahdi (as). Comme lui, il se couvrait en commerçant d’huile et exerça cette fonction près de quarante ans. Une ordonnance de l’Imam déclare à son sujet : « Que Dieu protège son fils ! Il était digne de confiance de notre vivant, comme son père. Que Dieu soit satisfait d’eux deux. Le fils est à nos yeux l’égal de son père et lui succède. Ce qu’il dit de notre part est de nous ; il agit selon notre commandement. Acceptez donc ses paroles. »[5]
Il dut affronter l’opposition de certains savants et agents qui refusaient de reconnaître sa légitimité, notamment Ahmad ibn Hilâl, un faqih irakien qui refusa de lui remettre les fonds qu’il détenait. Une ordonnance de l’Imam le destitua et déclara que ses actes étaient marqués d’hypocrisie et d’ostentation.[6] De même, Mohammad ibn Ali ibn Bilâl, autre représentant important, refusa initialement de reconnaître Mohammad ibn Osmâne. Ce dernier organisa une rencontre secrète avec l’Imam, qui ordonna à Ibn Bilâl de remettre les fonds à « Abû Jafar » (Mohammad ibn Osmâne).[7]
Mohammad ibn Osmâne mourut en 305 H après des décennies de bons et loyaux services à l’Imam du Temps. Informé à l’avance de sa mort imminente, il fit préparer sa propre tombe et fut inhumé auprès de sa mère.[8]Peu avant son décès, plusieurs dignitaires chiites vinrent le voir et lui demandèrent qui lui succéderait. Il répondit : « Abû al-Qâsim al-Hussein ibn Rûḥ al-Nowbakhtî est mon successeur. Il est l’intermédiaire entre vous et l’Imam du Temps. Référez-vous à lui pour vos affaires importantes. J’ai reçu l’ordre de vous le faire savoir. »[9]

3. Hussein ibn Rûḥ al-Nowbakhtî (917-938 apr. J.-C)

Le troisième représentant, Abû al-Qâsim Hussein ibn Rûḥ al-Nowbakhtî, originaire de Qom ou parlant le dialecte local, était auparavant le représentant de Mohammad ibn Osmâne, chargé de la liaison entre les représentants régionaux et le représentant spécial. Il percevait un salaire mensuel de trente dinars.[10]
Issu de la puissante famille des Banû Furât, qui occupait de hautes fonctions sous les Abbassides, il connut des périodes difficiles lorsque cette famille fut disgraciée. Accusé à tort de collusion avec les Qarmates, il fut même emprisonné. Une fois nommé représentant, il redoubla de prudence (taqiyya) au point que certains le prenaient pour sunnite.[11]
Sa discrétion était proverbiale. Abû Sahl al-Nowbakhtî, interrogé sur la raison pour laquelle ce n’était pas lui qui avait été choisi, répondit : « Les Imams savent mieux qui désigner. Moi, je débats avec les adversaires ; si j’avais connu le lieu où se trouve l’Imam et que je sois acculé dans une discussion, je pourrais le révéler pour avoir le dernier mot. Mais Abû al-Qâsim, même si l’Imam était caché sous sa robe et qu’on le découpe en morceaux avec des ciseaux, ne le livrerait jamais. » Il exerça vingt et un ans et mourut en 326 H. Il fut inhumé dans le quartier Nowbakhtiyya à Bagdad; sa tombe reste un lieu de visite pour les chiites.[12]

4. Ali ibn Mohammad al-Samarrî (937-941 apr. J.-C.)

Le quatrième et dernier représentant, ‘Ali ibn Mohammad al-Samarrî appartenait à la célèbre famille chiite des Banû Samarrî, établie surtout à Bassora. Cette famille vouait la moitié des revenus de ses domaines agricoles à l’Imam al-Hassan al-‘Askarî. Grâce à cette réputation d’attachement indéfectible aux Imams, Ali ibn Mohammad al-Samarrî rencontra peu d’opposition lors de sa nomination et fut largement accepté par les chiites.[13]
Il exerça trois ans et mourut en 941 apr. J.-C. Six jours avant sa mort, il reçut la célèbre ordonnance annonçant le début de la grande occultation : « Ô Ali ibn Mohammad al-Samarrî ! Que Dieu accorde une grande récompense à tes frères pour ta perte prochaine. Tu mourras d’ici six jours. Mets de l’ordre dans tes affaires et ne désigne aucun successeur. La grande occultation commence désormais. Il n’y aura plus de manifestation avant la permission de Dieu – que Son nom soit exalté – et cela après un long temps, lorsque les cœurs seront endurcis et que la terre sera remplie d’injustice. Certains viendront vers mes chiites prétendant me voir. Sachez que quiconque prétendra me voir avant la sortie du Sufyânî et le Cri céleste est un menteur imposteur. Il n’y a de force ni de puissance qu’en Dieu, le Très-Haut, l’Immense. »[14]

Les missions des représentants spéciaux de l’Imam al-Mahdî

Les représentants spéciaux de l’Imam al-Mahdî avaient plusieurs missions, parmi lesquelles les plus importantes étaient :

1. Cacher le nom et le lieu de résidence de l’Imam

L’une de leurs tâches principales consistait à dissimuler le nom et le lieu de résidence de l’Imam. En effet, les Abbassides croyaient que l’Imam al-Hassan al-‘Askarî n’avait pas d’héritier. S’ils avaient découvert l’existence de l’Imam al-Mahdî, ils l’auraient traqué et probablement éliminé. L’Imam al-Hassan al-‘Askarî lui-même avait tenu secrète la naissance de son fils, ne la révélant qu’à un cercle très restreint de compagnons de confiance. Il avait également changé à plusieurs reprises son lieu de résidence, notamment en le déplaçant de Samarra à Médine, où il fut placé sous la protection de sa grand-mère paternelle.[15]
Par ailleurs, de nombreuses traditions interdisent de prononcer le nom propre de l’Imam al-Mahdî en public pendant la période de la petite occultation (cet interdit ne s’applique pas à ses titres ou kunya, et il n’est plus en vigueur durant la grande occultation). Ainsi, bien qu’ils fussent en relation avec lui, les représentants devaient faire preuve d’une extrême prudence pour ne pas révéler, même involontairement, le lieu de résidence de l’Imam (as).

2. Collecter et transmettre les fonds religieux (khums, zakât, dons, etc.)

Les représentants spéciaux étaient chargés de recevoir les fonds religieux, tels que le khums, la zakât et les dons volontaires offerts par les chiites. Ils les transmettaient ensuite à l’Imam ou, sur son instruction, les redistribuaient selon les besoins. Une attention particulière était accordée à l’enregistrement précis de l’origine et du montant de chaque contribution. Plusieurs récits rapportent des prodiges (karâmât) associés à ces transactions, ce qui renforçait la confiance des donateurs envers les représentants et l’Imam.[16]

3. Transmettre les lettres des chiites à l’Imam et rapporter les réponses (tawqî‘ât)

Les fidèles adressaient régulièrement à l’Imam des questions d’ordre juridique ou des demandes de prières. Les représentants jouaient un rôle d’intermédiaire en transmettant ces missives et en rapportant les réponses, appelées tawqî‘ât. Ces dernières étaient rédigées dans une graphie identique à celle de l’Imam al-Hassan al-‘Askarî, une caractéristique qui se perpétua jusqu’au quatrième représentant. L’authenticité des réponses était vérifiée par comparaison calligraphique, garantissant ainsi leur origine.[17]

4. Répondre aux doutes théologiques et guider la communauté

En l’absence d’un accès direct à l’Imam, les chiites vivaient souvent dans un état de perplexité (ḥayra). Les représentants avaient pour mission de répondre à leurs interrogations doctrinales, de clarifier les points de foi, et de réfuter les objections. Ils assuraient ainsi un guidage constant de la communauté, tant sur le plan théologique que juridique, préservant l’unité et la cohérence des croyances.[18]

Conclusion

En conclusion, les quatre représentants spéciaux de l’Imam al-Mahdî (que la paix soit sur lui) ont constitué, durant la petite occultation, le pont irremplaçable entre l’Imam occulté et sa communauté. Par leur piété exemplaire, leur prudence absolue et leur dévouement sans faille, ils ont su protéger l’existence même de l’Imam du Temps, transmettre ses directives et ses réponses (tawqî‘ât), collecter et gérer les fonds religieux avec une rigueur qui inspira confiance, et surtout guider les chiites à travers la perplexité en préservant l’unité doctrinale.
Ainsi, loin d’être une simple parenthèse historique, la période des représentants spéciaux demeure le fondement vivant de l’attente de l’Imam du Temps(as) et de la continuité de l’imamat dans l’histoire chiite, rappelant que même dans l’occultation la plus profonde, la guidance divine ne cesse jamais de s’exercer à travers les cœurs purs et les actes sincères. Que Dieu hâte la parousie et nous compte parmi ses partisans fidèles.

Notes:
[1] Jassim Hussein, Tārīkh al-siyāsī li-ghaybat al-Imām al-thānī ʿashar, p. 142.
[2] Sayyid Mohammad Al-Sadr,Tarikh Al-Ghaybat Sughra, Vol.1, p.396.
[3] Mohammad ibn al-Hassan Toussi, al-Ghayba, p. 216.
[4] Sadouq, Kamal al-Din, Vol.2, p.283.
[5] Mohammad ibn al-Hassan Toussi, al-Ghayba, p. 220.
[6] Jassim Hussein, Tārīkh al-siyāsī li-ghaybat al-Imām al-thānī ʿashar, p. 163.
[7] Ibid., p.166.
[8] Sayyid Mohammad Al-Sadr,Tarikh Al-Ghaybat Sughra, Vol.1, p.400.
[9] Mohammad ibn al-Hassan Toussi, al-Ghayba, p. 216.
[10] Jassim Hussein, Tārīkh al-siyāsī li-ghaybat al-Imām al-thānī ʿashar, p. 192.
[11] Sayyid Mohammad Al-Sadr,Tarikh Al-Ghaybat Sughra, Vol.1, p.411.
[12] Ibid.
[13] Hosseinzadeh, Shanehchi, Awḍāʿ siyāsī, ijtimāʿī wa farhangī-i Shīʿah dar Ghaybat-i Ṣughrā, p.239.
[14] Hosseinzadeh, Shanehchi, Awḍāʿ siyāsī, ijtimāʿī wa farhangī-i Shīʿah dar Ghaybat-i Ṣughrā, p.239.
[15] Jassim Hussein, Tārīkh al-siyāsī li-ghaybat al-Imām al-thānī ʿashar, p. 124.
[16] Sadouq, Kamal al-Din, Vol.2, p.295.
[17] Sayyid Mohammad Al-Sadr,Tarikh Al-Ghaybat Sughra, Vol.1, p.473.
[18] Ibid., p.484.

Références :

  • Jāsim Ḥusein, Tārīkh al-siyāsī li-ghaybat al-Imām al-thānī ʿashar, Trad., Āyatollāhī / Téhéran : éd. Amīr Kabīr 1988.
  • Sadr, Muhammad, Tārīkh al-ghaybah al-ṣughrā. Beyrouth : Dār al-Taʿāruf, s.d.
  • Sadouq, Muhammad ibn Ali, Kamal al-Din wa Tamam al-Ni’mat, trad. Mansur Pahlawan, Qom: éditions de la Mosquée de Jamkarān, s.d.
  • Hosseinzadeh Shanehchi, Hassan, Awḍāʿ siyāsī, ijtimāʿī wa farhangī-i Shīʿah dar Ghaybat Ṣughrā. Qom : éditions Institut de recherche des Sciences et de la Culture Islamique, s.d.
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