Fatima al-Zahra (que la paix soit sur elle) possède d’innombrables vertus et perfections. Parmi les actes de dévotion que les savants religieux ont toujours honorés, propagés et recommandés figure la « Prière d’Istighatha », c’est-à-dire l’imploration de secours auprès de la Dame al-Zahra (as). En tant que chiites, nous nous tournons vers les membres de la Maison prophétique, notamment les Imams infaillibles, en période de détresse ou de besoin. Nous sollicitons leur intercession auprès du Seigneur, espérant que, en égard pour leur rang sublime, le Créateur nous accorde Sa bienveillance ou exauce nos vœux. Cet article détaille les modalités de cette prière.
Qu’est-ce que la Prière d’Istighatha ?
La prière d’Istighatha appartient à la catégorie des prières surérogatoires (mustahabb). Elle constitue un rite de recours vers la présence divine pour se délivrer des afflictions et obtenir la satisfaction des besoins. Les recueils de hadiths en mentionnent plusieurs variantes : l’imploration directe adressée à Dieu, celle adressée à la Dame al-Zahra, ou encore celle adressée à l’Imam al-Mahdi.
Le Coran annonce au Prophète Mohammad : « Nous t’avons certes donné l’Abondance (Al-Kawthar) », promesse divine qui se manifeste dans une descendance bénie issue de Fatima. Fatima al-Zahra, fille du Messager de Dieu, était un océan de vertus et de sagesse divine. C’est pourquoi ses fidèles cherchent, dans l’épreuve, à manifester leur dévotion et à recourir à son intercession. Il est rapporté que lorsqu’un besoin pressant vous oppresse au point de peser lourdement sur votre cœur, vous devriez accomplir cette prière d’intercession à Fatima. Cheikh Abbas Qommi, dans l’ouvrage « Mafatih al-Jinan » (Les Clés du Paradis), énumère les principales méthodes de cette prière.
Guide pratique de l’accomplissement de la Prière d’Istighatha
Première Méthode de la Prière d’Istighatha
Cette première méthode est largement attestée dans les sources religieuses pour son efficacité face aux grandes afflictions.
- Intention : Formulez l’intention d’accomplir deux unités (rak’ats) de la prière d’Istighatha pour rapprocher d’Allah.
- La Prière : Accomplissez deux unités selon le modèle de la prière de l’aube (Subh).
- Après la prière : Après les salutations finales, prononcez trois fois « Allahu Akbar », puis récitez le Tasbih de la Dame Zahra : « Allahu Akbar 34 fois », « Alhamdulillah 33 fois », et « Subhan Allah 33 fois ».
- Première prosternation : Prosternez-vous et récitez 100 fois : « Ya mawlati ya Fatimatu aghithini » (Ô ma Dame, ô Fatima, venez à mon secours)
- Joue droite : Posez votre joue droite au sol et répétez la même invocation 100 fois.
- Deuxième prosternation : Retournez en position de prosternation et récitez-la à nouveau 100 fois.
- Joue gauche : Posez votre joue gauche au sol et récitez-la 100 fois.
- Dernière prosternation : Retournez en prosternation, récitez l’invocation 110 fois, puis formulez votre demande. Avec l’aide de Dieu, elle sera exaucée.
Deuxième Méthode (Selon Cheikh Tabarsi)
Dans son ouvrage « Makarim al-Akhlaq » (Les Vertus de la Morale), Cheikh Tabarsi[1] propose une approche légèrement différente de l’accomplissement de la Prière d’Istighatha :
- Accomplissez deux unités de prière (selon le modèle de celle de l’aube).
- En prosternation, dites 100 fois : « Ya Fatima ».
- Posez votre joue droite au sol et dites 100 fois : « Ya Fatima ».
- Posez votre joue gauche au sol et dites 100 fois : « Ya Fatima ».
- Retournez en prosternation et dites 110 fois : « Ya Fatima ».
Récitez ensuite l’invocation suivante :
«یا آمِناً مِنْ کُلِّ شَیْى ءٍ وَ کُلُّ شَیْى ءٍ مِنْکَ خآئِفٌ حَذِرٌ اَسْئَلُکَ بِاَمْنِکَ مِنْ کُلِّ شَىْءٍ وَ خَوْفِ کُلِّ شَىْءٍ مِنْکَ اَنْ تُصَلِّىَ عَلى مُحَمَّدٍ [و آلِ محمدٍ] وَ اَنْ تُعْطِیَنى اَماناً لِنَفْسى وَ اَهْلى وَ مالى وَ وَلَدى حَتّى لا اَخافَ اَحَداً وَ لا اَحْذَرَ مِنْ شَىْءٍ اَبَدَاً اِنَّکَ عَلى کُلِّ شَیْى ءٍ قَدیرٌ».
« Yâ âminan min koulli chay-in wa koulli chay-in minka khâ-ifoun hadhiroun as-alouka bi-amnika min koulli chay-in wa khawfi koulli chay-in minka an tousalliya ‘alâ Mouhammadin [wa âli Mouhammadin] wa an tou’tiyani amânan li-nafsî wa ahli wa mâlî wa waladî hattâ lâ akhâfa ahadan wa lâ ahdhara min chay-in abadan innaka ‘alâ koulli chay-in qadîr. »
« Ô Toi qui es en sécurité face à toute chose, alors que toute chose Te craint et Te redoute… Je Te demande, par Ta sécurité contre toute chose et par la crainte que toute chose a de Toi, de prier sur Muhammad et la famille de Muhammad, et de m’accorder la sécurité pour moi-même, ma famille, mes biens et mes enfants, afin que je ne craigne plus personne et que je ne redoute plus rien. Tu es certes Puissant sur toute chose. »[2]
Troisième méthode : Pour la résolution des difficultés liées au mariage
Cette troisième méthode de la Prière d’Istighatha est particulièrement recommandée pour les questions matrimoniales :
Première unité : Après la Sourate Al-Fatiha, récitez 100 fois la Sourate Al-Qadr.
Deuxième unité : Après la Sourate Al-Fatiha, récitez 100 fois la Sourate Al-Ikhlas (At-Tawhid).
Après la prière : Récitez cette invocation :
«سُبْحَانَ ذِى الْعِزِّ الشَّامِخِ الْمُنِیفِ، سُبْحَانَ ذِى الْجَلاَلِ الْباذِخِ الْعَظِیمِ، سُبْحَانَ ذِى الْمُلْکِ الْفَاخِرِ الْقَدِیمِ، سُبْحَانَ مَنْ لَبِسَ الْبَهْجَهَ وَالْجَمَالَ، سُبْحَانَ مَنْ تَرَدّىٰ بِالنُّورِ وَالْوَقَارِ، سُبْحَانَ مَنْ یَرَىٰ أَثَرَ النَّمْلِ فِى الصَّفَا، سُبْحَانَ مَنْ یَرَىٰ وَقْعَ الطَّیْرِ فِى الْهَوَاءِ، سُبْحَانَ مَنْ هُوَ هَکَذَا لَاهَکَذَا غَیْرُهُ».
«Soubhâna dhî-l-‘izzi-ch-châmikhi-l-mounîf, Soubhâna dhî-l-djalâli-l-bâdhikhi-l-‘adhîm, Soubhâna dhî-l-moulki-l-fâkhiri-l-qadîm, Soubhâna man labisa-l-bahjata wa-l-djamâl, Soubhâna man taraddâ bi-n-noûri wa-l-waqâr, Soubhâna man yarâ athara-n-namlî fi-s-safâ, Soubhâna man yarâ waq’a-t-tayri fi-l-hawâ’, Soubhâna man houwa hakadhâ lâ hakadhâ ghayrouh. »
« Gloire à Celui qui détient la puissance suprême et l’exaltation infinie ; Gloire à Celui qui possède la majesté transcendante et la grandeur absolue ; Gloire à Celui qui exerce la souveraineté magnifique et éternelle ; Gloire à Celui qui s’est revêtu de splendeur et de beauté ; Gloire à Celui qui s’est paré de lumière et de dignité ; Gloire à Celui qui voit la trace de la fourmi sur la pierre la plus lisse ; Gloire à Celui qui perçoit la trajectoire de l’oiseau dans les cieux ; Gloire à Celui qui est ainsi [parfait], et nul autre que Lui ne saurait posséder de tels attributs. »[3]
Moments propices et bienfaits spirituels
Bien que le vendredi[4] soit considéré comme le moment privilégié pour cette prière, elle peut être accomplie dès qu’une détresse ou un besoin urgent se fait sentir. Les récits attestent de nombreux miracles liés à cette pratique : sauvetages inespérés, résolution de conflits ou dénouement de situations jugées impossibles. L’éminent Ayatollah Bahjat soulignait avec insistance l’importance de ne jamais délaisser cette Prière d’Istighatha.
Dans le septième volume de l’ouvrage « Ganjineh-ye Daneshmandan », Mollah Abbas Sibooyeh Yazdi rapporte un récit remarquable illustrant les vertus et les bénédictions extraordinaires de cette prière : Mon oncle avait un fils nommé Haj Cheikh Ali, un membre éminent du clergé de Yazd, connu pour sa piété profonde et sa sincérité. Une année, accompagné de quelques amis, il se rendit à Karbala avant de poursuivre son voyage vers La Mecque pour le pèlerinage. Ils logèrent chez nous quelques jours avant de partir. Après la période du Hajj, j’attendais son retour avec impatience, mais le temps passait sans qu’il ne revienne. J’ai supposé qu’il était rentré directement à Yazd depuis La Mecque.
Un jour, dans le sanctuaire sacré de l’Imam Hussein, je croisai ses compagnons de voyage. Je les pressai de questions, angoissé. « Dites-moi la vérité, est-il décédé ? » demandai-je. Ils répondirent : « Le fait est qu’à La Mecque, un jour, Haj Cheikh Ali est sorti pour accomplir un acte de dévotion autour de la Kaaba (tawaf) et n’est jamais revenu. Malgré nos recherches et notre longue attente, nous n’avons trouvé aucune trace de lui. Désespérés, nous sommes repartis en emportant ses effets personnels pour les remettre à sa famille. Nous craignons qu’il n’ait été victime de fanatiques. »
Cette nouvelle me plongea dans une profonde tristesse, et les années s’écoulèrent lourdement. Un jour, alors que j’étais chez moi, on frappa à la porte. À ma grande stupéfaction, c’était mon cousin. Après une étreinte émouvante, je m’exclamai : « Où étais-tu pendant tout ce temps ? D’où viens-tu ? » Il répondit : « Je viens de Yazd. » Confus, je lui dis : « Mais tes compagnons m’ont dit que tu avais disparu à La Mecque ! Comment se fait-il que tu arrives de Yazd ? » Il me demanda alors de préparer à manger pour qu’il puisse se restaurer et se reposer, promettant de tout me raconter.
Après avoir mangé et repris des forces, il commença son récit : « Un jour, après les rites du Hajj, je sortis pour un tawaf surérogatoire à la Mosquée Sacrée. En revenant vers mon logement, je croisai un homme à la barbe rasée et aux longues moustaches, vêtu à la manière des officiers. Il m’observa un instant, s’approcha et me dit : « N’es-tu pas Cheikh Ali Yazdi ? » Je confirmai, et il m’accueillit chaleureusement, m’embrassa et insista pour m’inviter chez lui. Bien que je ne le reconnusse pas, il affirma que nous étions de vieux amis. L’heure de la prière de midi arriva, mais il refusa de me laisser partir, prétextant que tout lieu à La Mecque est un sanctuaire. Le soir tomba, et après la prière nocturne (Isha), plusieurs individus arrivèrent chez lui.
L’homme se mit alors à calomnier violemment les Chiites devant l’assemblée. Il les accusa de ne pas respecter les premiers califes et d’organiser des célébrations secrètes pour manifester leur désaveu. Il me désigna du doigt, provoquant la fureur de l’assistance qui décida de me mettre à mort. C’est alors que je compris tout : cet homme était Cheikh Jaber Kurdistani, un ancien condisciple à l’école religieuse Mosalla de Yazd. À l’époque, il cachait son identité sunnite, et certains étudiants le taquinaient durant nos fêtes religieuses, bien que je n’eusse jamais pris part à ces moqueries.
Malgré mes supplications et mes appels aux versets coraniques sur la sécurité des pèlerins dans l’enceinte sacrée, ils restèrent inflexibles. Je lui demandai alors une dernière faveur : m’autoriser à accomplir deux unités de prière. Il accepta, mais je lui précisai que je ne pouvais me recueillir dans cette pièce sous leurs yeux menaçants. « Va où tu veux dans la maison », dit-il, « il n’y a aucune issue de toute façon. »
Je sortis dans la petite cour et accomplissais la Prière d’Istighatha à la Dame Zahra (as). Après les deux unités et le Tasbih, je me prosternai et récitai 410 fois l’invocation : « Ya Mawlati ya Fatimatu aghithini » (Ô ma Dame, ô Fatima, venez à mon secours). Je suppliai la sainte Dame de ne pas me laisser périr en terre étrangère, loin de ma famille qui m’attendait à Yazd.
Soudain, une idée me vint : monter sur le toit et me jeter dans la ruelle pour tenter de fuir, espérant que le Commandeur des Croyants me secourrait dans ma chute. Je grimpai rapidement. Les toits de La Mecque possèdent généralement des rebords d’un mètre pour éviter les chutes, mais celui-ci n’en avait aucun. Sous la lune, je regardai autour de moi : le paysage montagneux de La Mecque (les monts Qubays et Hira) avait disparu. Au sud, je vis une chaîne de montagnes qui ressemblait étrangement à celle de Tarzjan, près de Yazd. Je regardai par le bord du toit pour voir ce que faisaient mes poursuivants, et là, la stupéfaction me saisit : j’étais sur le toit de ma propre maison, à Yazd ! Croyant rêver, j’appelai doucement ma femme et mes enfants qui dormaient. Effrayés, ils se dirent : « C’est la voix de papa ! »
Ma femme leur répondit : « Votre père est à La Mecque et ne rentrera que dans plusieurs mois. » Je les appelai à nouveau pour les rassurer. Lorsqu’ils m’ouvrirent la porte du toit, ils furent frappés de stupeur. Je leur dis alors : « Rendez grâce à Dieu, car par la bénédiction du recours à Fatima al-Zahra (as), Il m’a sauvé d’une mort certaine et m’a transporté de La Mecque jusqu’ici instantanément. » Voilà comment je suis revenu. »[5]
Conclusion
Ce récit miraculeux témoigne de la puissance de l’intercession de Fatima al-Zahra (as) et des effets extraordinaires de la Prière d’Istighatha pour ceux qui s’y tournent avec sincérité et foi. Cette prière constitue un refuge pour l’âme en détresse, permettant au croyant de trouver réconfort et apaisement face aux épreuves les plus difficiles. Elle canalise la douleur et transforme le désespoir en espoir. En recourant à Fatima al-Zahra, le fidèle bénéficie de son statut privilégié auprès du Créateur. Son intercession agit comme un pont entre l’homme et Dieu, amplifiant la force de la supplication. Que ce soit pour surmonter les grandes épreuves, résoudre les conflits familiaux, ou simplement trouver la paix intérieure, la Prière d’Istighatha à Fatima al-Zahra reste une lumière d’espoir et de salut pour tous ceux qui la pratiquent avec foi et persévérance.
Notes:
[1] Tabrisī, Hasan ibn Faḍl, Makārim al-Akhlāq, p.330
[2] Allāmah al‑Majlisī, Bihār al‑Anwār, vol. 88, p.356
[3] Kaf’ami, Ibrahim ibn Ali ‘Amili, Al-Balad al-Amin wa al-Dir’ al-Hasin, p.149
[4] Ibid.
[5] Mollâ Abbas Sibooyeh Yazdi, Ganjīneh‑ye Dāneshmandān, vol.7, p. 512.
Références :
Kaf’ami, Ibrahim ibn Ali ‘Amili, Al-Balad al-Amin wa al-Dir’ al-Hasin, Beyrouth : éd. Mu’assasat al-A’lami li-l-Matbu’at, 1997.
Tabrisī, Hasan ibn Faḍl, Makārim al-Akhlāq, Qom: éd. Sharīf Radhī, 1991.
Allāma al‑Majlisī, Bihār al‑Anwār, Beyrouth: éd. Dār Iḥyā’ al‑Turāth al‑‘Arabī, 1982.
Mollâ Abbas Sībūyeh Yazdi, Ganjīneh‑ye Dāneshmandān, Téhéran: éd. Kitābfurūshī-yi Islāmīyeh, 1997.