Témoignage de la visite du sanctuaire de l’Imam Hussein(p) à Karbala le quarantième jour
Regardant comme à son habitude les informations sur l’Irak depuis l’invasion de ce pays par l’armée américaine, il vit pour la première fois un autre visage de l’Irak : un spot télévisé de 30 secondes montrant des milliers et des milliers d’hommes, de femmes voilées de noir et d’enfants, venant d’horizons différents, marchant vers Karbala, les yeux rivés vers une unique direction, comme attirés par une force magnétique. Il y avait là quelque chose d’intense. « Qu’est-ce qui attiraient les gens vers Karbala ? » Les réactions de cet étranger à la vue de ce spot me poussa à me rendre à Karbala, ma terre ancestrale, pour voir par moi-même pourquoi ces scènes paraissaient si captivantes.
Toutes les routes menant à Karbala étaient bondées de visiteurs se dirigeant à pieds vers cette ville sainte : des gens de tout âge, des vieillards, des jeunes, même des bébés dans des poussettes, sous une chaleur atroce la journée et un froid glacial le soir. Des gens de tout milieu – des paysans, des commerçants et aussi des médecins, des ingénieurs, des professeurs, de riches chefs d’entreprise – passaient par des routes et des terrains cahoteux, de dangereux marécages, ignorant les forces armées d’occupation, sans agrément de transport. Le plus frappant était ces hommes et ces femmes en chaises roulantes, ou s’appuyant sur des béquilles, ces pères ou ces mères portant leurs enfants handicapés. Imaginez marcher pendant 620 kms. Et maintenant imaginez pousser une chaise roulante ou porter un enfant sur vos épaules pendant 620 kms !
Les visiteurs n’avaient aucune provision avec eux si ce n’est leur amour incommensurable pour leur « Maître », des drapeaux et d’énormes banderoles avec des citations écrites en grosses lettres pour rappeler au monde, et à eux-mêmes, la raison de leur voyage : « Nous répondons à ton appel, ô Hussein ! » « A bas l’oppression ! » « La victoire du sang sur le sabre ! »
Les villageois limitrophes avaient installé sur la route des milliers de tentes équipées de cuisines et d’antennes médicales pour accueillir les visiteurs. Ils se mettaient sur la route, hélaient les visiteurs, les priaient de faire une pause chez eux, les suppliaient de se rafraîchir et de se nourrir chez eux. Ils disaient : « S’il vous plaît, honorez-nous de votre présence. Que Nos Maîtres nous bénissent par votre acceptation ! ». Et après avoir nourri et désaltéré leurs invités, ils s’empressaient de laver leurs pieds et d’embrasser leurs mains et leur front avant de faire leurs adieux.
Pourquoi tous ces gens marchaient-ils des centaines de kilomètres juste pour se rappeler un douloureux et atroce évènement qui s’est produit il y a des siècles de cela ? Même les attentats criminels, trois jours plus tôt, n’avaient réussi à refroidir leur ardeur !
Ils arrivaient, portant le deuil, s’arrêtaient face au mausolée pour réciter une « Ziyârah » à l’adresse de l’Imam Hussein – qualifié d’ « héritier de Noé, Abraham, Moise et Jésus » –, puis entraient dans le sanctuaire en pleurant, en se lamentant et en se remémorant le drame de Karbala’. C’était comme si chaque individu avait un lien personnel avec l’Imam Hussein. Tous lui parlaient… l’appelaient par son nom… s’agrippaient à ce qui entoure la tombe… embrassaient le sol menant au sanctuaire… touchaient les murs et portes comme l’on touche le visage d’un ami perdu depuis une longue date… flamme vivante dans leur cœur que rien ne peut éteindre et qui les fait se dresser contre l’oppression.
Des mots fusèrent de certains endroits, peut-être de ma tête : « Tous les jours ‘Ashûrâ’, toutes les terres Karbala’ ».
A partir d’un témoignage de S. Mahdi Modaressi diffusé à la Ahlulbayt Television Network
le 14 février 2009 et traduit de l’anglais par Céline RadjaHussein.