Au cœur de l’histoire
Les avis diffèrent quant à l’apparition du shiisme dans l’histoire de l’Islam. En effet, certains pensent que le shiisme est apparu après la mort du prophète, qu’Allah prie sur lui et le salue, et que son développement s’est produit suite au problème de la succession qui s’est alors posé à la société islamique.
Alya‘Qubî a écrit: « des muhâdjirûn et des ansâr se sont opposés à l’investiture d’abu bakr au califat et se sont rangés du côté de ‘ alî ibn abi talib, parmi eux figurent al-‘abbâs ibn ‘abd al-mutalib, al-fadhal ibn ‘abbâs, azzubayr ibn al-‘awwâm, khâlid ibn sa‘îd, al-miqdâd ibn ‘umru, saân al-fârisî, abu dhar al-ghifârî, ‘ammâr ibn yâser, al-barâ’ ben ‘azib et abî ibn ka‘b ». al-mas‘ûdî affirme que salmân et ammâr étaient déjà chi’ites du vivant du prophète.
D’autres ont dit: « quant à tout ce que certains écrivains ont dit à propos de l’origine du shiisme en l’associant à l’hérésie de ‘Abdul-Allah ibn sa’ab connu sous le nom de ibn assawdâ’, c’est de la pure ignorance de la réalité du shiisme.
Car quiconque connaît la valeur de cet homme aux yeux de tous les chi’ites et de leur mépris aussi bien à son égard qu’à l’égard de ses compagnons, connaît la valeur d’une telle assertion.
Quoi qu’il en soit, le shiisme est, sans aucun doute, apparu au hidjâz où il était encore faible, mais ferme et constant chez ses partisans, puis il s’est renforcé en Iraq du temps du califat de ‘ alî ».
Le prophète, réel fondateur du shiisme
Nous déduisons de ce que nous venons de dire qu’un certain nombre de chercheurs croient que le prophète, qu’Allah prie sur lui et le salue est le fondateur réel du shiisme, car il est le premier à avoir utilisé ce terme dans ses hadiths où il louait les vertus de ‘ alî et de ses partisans.
Les commentateurs sunnites ont affirmé que le verset Coranique: « en vérité ceux qui croient et font œuvre pie, ce sont les meilleurs [êtres] de la création » avait été révélé en faveur de ‘ alî: ibn ‘abbas rapporte à propos de ‘alhâfidh djamâl addîn azzarnadî: lorsque ce verset a été révélé, le prophète, qu’Allah prie sur lui, et le salue, a dit à ‘ alî: « c’est toi et tes partisans, le jour de la résurrection, toi et tes partisans serez satisfaits et agréés, tandis que tes ennemis seront tristes et décrépits ».
C’est également l’avis de tabarî, célèbre commentateur et historien, comme Hassan ibn Mûssâ annubakhtî l’a rapporté: « le premier groupe de chi’ites formé des premiers partisans de ‘ alî ibn abi talib, du vivant de l’envoyé, qu’Allah prie sur lui et le salue, et après sa mort, sont connus pour leur dévouement à son égard, et pour leur soutien à son imamat. Ce sont entre autres, muqdâd ibn al-aswad, salmân al-fârisî, abu dhar al-ghifârî, ‘ammâr ibn yâser, qui ont été le plus influencés par lui, et bien d’autres qui étaient d’accord pour la conduite des affaires par ‘ alî ibn abi talib. ils étaient les premiers de cette nation que l’on désignait par le nom de chi’ites, car en fait le terme lui-même est vieux, il avait été employé dans d’autres contextes avec nouh, ibrâhîm, Mûssâ, et les prophètes ».
C’est donc, le prophète, qu’Allah prie sur lui et le salue, qui a jeté les bases du shiisme lorsque dans ses nobles hadiths il louait les vertus de ‘ alî qui est le symbole de la vérité, de la probité, de la piété.
Le shiisme signifie l’Islam muhammadien
Le shiisme, dans ses principes comme dans ses branches ne peut être que l’essence même de l’Islam véritable... l’Islam tel que l’a apporté l’envoyé d’Allah, qu’Allah prie sur lui et le salue ; ainsi lorsqu’on dit des chi’ites qu’ils ont suivi l’école ja‘farite, c’est par rapport à l’Imam ja‘far Sadiq, un des descendants de l’envoyé d’Allah et des Imams faisant partie des alus-l-bayt, qui a fait jaillir les sources de la science et de la connaissance. En effet, durant son califat, le shiisme a connu un essor considérable en raison de circonstances qui lui étaient favorables, durant lesquelles l’état omeyyade devait faire face à des soulèvements contre son régime oppressif, ayant conduit à son renversement.
Le shiisme représente le cœur de l’Islam vivant et comme le dit l’écrivain et penseur égyptien Muhammad fakrî abu nasr: « les chi’ites n’ont aucune relation avec abu al-Hassan al-ash‘arî, ni dans les principes, ni dans les quatre écoles nées des branches, car l’école à laquelle appartiennent les Imams chi’ites a précédé les autres écoles, et elle est la plus digne d’observance dans la mesure où elle ouvre la voie à l’ijtihâd jusqu’au jour de la résurrection. En outre cette école n’a pas subi l’influence des forces et tendances politiques ».
Le professeur abu safâ’ al-ghanîmî attaftâzânî a dit: « nombreux sont les chercheurs, orientaux ou occidentaux, anciens ou contemporains, qui ont porté des jugements erronés sur le shiisme sans prendre appui sur des sources fiables, dignes de confiance, tandis que des gens les font circuler sans s’assurer s’ils sont justes ou faux. Parmi les facteurs qui ont conduit ces chercheurs à tenir de tels propos injustes à l’égard du shiisme, il y a avant tout leur ignorance, car au lieu de consulter les véritables sources chi’ites, ils se sont contentés des sources de leurs adversaires ».
Ainsi, pour connaître le rôle du shiisme dans le parcours de l’Islam, aussi bien du point de vue culturel que sur tous les autres plans, nous passerons en revue, de façon globale, les vies des Imams des alus-l-bayt.
L’Imam ‘ Alî (11 - 40 h)
Nous pouvons diviser cette époque en deux parties: la première concerne la vie de l’Imam du temps des trois premiers califes et la deuxième partie, la période de son califat qui a duré quatre années, neuf mois et quelques jours.
Première partie: les nobles du parcours islamique
Durant cette période qui a duré près d’un quart de siècle, l’Imam ‘ alî, que la paix est sur lui, a efficacement contribué à corriger certaines déviations fondamentales. Car après le prophète, qu’Allah prie sur lui et le salue, il fallait continuer à établir l’Islam dans la vie humaine.
C’est pour cela que l’Imam ‘ alî agit toujours en conformité avec les principes de l’Islam et dans les limites des lois islamiques. L’Imam et l’ensemble des compagnons qui l’entouraient surveillaient le déroulement des activités de l’état, dans l’administration, la politique, les conquêtes ainsi que les dangers qui menaçaient Médine, premier bastion de l’Islam. Nous n’oublierons pas de mentionner également le rôle important de l’Imam dans le développement de l’agriculture et les hauts rendements auxquels il a abouti grâce aux nombreux puits qu’ils a creusés pour l’irrigation des terres.
La philosophie de l’Imam était alors de garder le silence tant que les affaires des musulmans n’étaient pas en réel danger. A cet égard, il convient de souligner la position de l’Imam vis-à-vis du comportement immoral d’al-walîd qui était en état d’ébriété alors qu’il dirigeait la prière à la mosquée de kufa et que le calife ‘uthmân passa sous silence pour des raisons familiales.
L’Imam ‘ alî entreprit de rétablir l’ordre en appliquant lui-même les lois divines. Il annonça qu’il ne tolérerait pas leur dépassement et qu’il ne croiserait pas les bras devant les déviations.
Deuxième partie: le redressement intellectuel
La période durant laquelle l’Imam a assumé son califat fut relativement courte. Il passa la plupart du temps à faire face aux luttes intestines et aux combats politiques. L’Imam ‘ alî qui était un modèle de probité devait faire face à des déviations de mœurs qui avaient pris racine dans la société islamique durant vingt-cinq années.
Nous pouvons faire une évaluation de la position de l’Imam durant cette période, et son rôle dans le rétablissement de l’ordre des affaires, dans le « nahdj al-balâgha » qui est un grand patrimoine islamique occupant la seconde place après le noble Coran.
L’Imam, que la paix soit sur lui, devait, entre autres problèmes durant son califat, faire face à un phénomène dangereux caractérisé par la perte de toute spiritualité et l’intérêt excessif de la société islamique pour les choses matérielles de la vie mondaine. Ainsi, les conquêtes islamiques, de par la politique des califes, avaient eu des effets négatifs en sorte que des butins considérables étaient acheminés vers la capitale de l’Islam. Cette situation a poussé l’Imam ‘ alî a prendre les mesures nécessaires afin de mettre fin à cette dérive de la société en l’orientant vers la piété, outre le rétablissement de la justice sociale dans la vie quotidienne. C’est ainsi qu’il a payé tout cela du prix de sa vie, lorsqu’il mourut en martyr au mihrab de la mosquée.
L’Imam ‘ alî a accordé une importance particulière à l’éducation en prenant en charge des élèves qu’il a nourris de sa science, de sa connaissance et de l’Islam réel tel qu’il est apparu à l’origine.
L’Imam Al-Hassan (40 - 50 h)
L’Imam al Hassan a tenté au début de cette période, de faire face aux déviations par une intervention militaire. Cependant les conditions ne lui étaient pas favorables et l’injustice a triomphé sur la justice.
De plus, Muawiya, par sa politique subversive, a réussi à soudoyer les commandants de l’armée de l’Imam al-Hassan en leur offrant de grosses sommes d’argent, pour qu’ils se rebellent contre lui et l’abandonnent.
Il ne restait donc plus à l’Imam que de choisir entre deux options: s’aventurer dans une guerre vouée à l’échec qui aboutirait inévitablement à une effusion de sang et à l’extermination du reste des musulmans sincères, ou alors céder et signer un traité de paix.
En réalité, même si les conditions lui étaient favorables, l’Imam avait l’intention de faire face à Muawiya, uniquement par un duel au sabre, mais les choses se sont précipitées et se sont passées autrement, ce qui l’a contraint à choisir la réconciliation en interrompant la bataille sur le champ, évitant ainsi une effusion de sang.
Son attitude a, en fait, été dictée par son souci de se conformer à la sunna de son grand-père, lorsque ce dernier avait signé le traité de paix de hudaybiya.
La philosophie de l’Imam, que la paix soit sur lui, était en premier lieu, d’éviter l’effusion de sang, et en second lieu de dévoiler le vrai visage répugnant de Muawiya qui n’était en aucun cas, digne de gouverneurs musulmans.
Al Hassan a en effet posé les conditions relatives à cette paix, mais la malhonnêteté de Muawiya et ses projets machiavéliques ont été vite mis à nu, et c’est ainsi que l’Imam, de par sa position, a levé toute équivoque sur cette période de l’histoire de l’Islam.
L’Imam Al-Hussein (50 - 61 h)
L’Imam al-Hussein, que la paix est sur lui, a pris deux positions, en fonction des conditions qui prévalaient durant cette période. Dans la première position qui a coïncidé avec le règne de Muawiya, l’Imam a respecté le traité de paix que son frère avait signé avec lui, outre son refus d’entreprendre toute action militaire comme le lui avaient demandé certaines kufis. cependant il lança un appel à tous ceux qui voulaient se venger, d’être sur leurs gardes tant que Muawiya était en vie.
Cela n’impliquait pas pour autant que l’Imam avait préféré le repliement et qu’il n’avait aucune activité sociale. Il était à l’écoute de tout ce qui se passait alors, et avait des positions fermes à l’égard de la politique de Muawiya. il réprouvait avec la plus grande énergie les injustices et la répression exercées sur les musulmans, particulièrement sur ceux qui dégageaient une odeur de shiisme.
L’histoire a enregistré sa position lors du pèlerinage: il réunit des centaines de ses compagnons et partisans et lança un appel en vue de la préparation d’une action militaire, suite à la demande du calife de reconnaître son gouvernement.
La deuxième position est celle qui a coïncidé avec le règne de yazid. malgré le traité de paix passé entre Muawiya et l’Imam al-Hassan qui prévoyait la reprise du califat par al-Hassan après la mort de Muawiya, et son transfert à l’Imam al-Hussein après la mort d’al-Hassan, Muawiya ignora complètement les conditions de ce traité comme il l’a fait auparavant avec d’autres traités.
Muawiya ne s’est pas contenté de cela puisqu’il a transformé le califat en monarchie et a entrepris d’asseoir les bases nécessaires pour la succession de son fils yazid.
Outre les défauts qu’il avait hérités de son père, en l’occurrence, sa malhonnêteté et sa ruse politique, yazid était un personnage impudent, ignorant, qui passait la plupart de son temps à se divertir, à se quereller et à se débaucher. Il était grossier, car il avait été élevé dans un environnement en marge de toute civilisation.
Sa mère, une femme appartenant à la tribu des nasrâniya, menait une vie bédouine et son fils avait donc grandi dans un environnement non musulman.
Yazid s’adonnait à l’alcool et aux jeux, sans se soucier de la moindre loi islamique. Il parlait sans pudeur ni crainte, se saoulait, se querellait même devant des délégations de compagnons qui voulaient le voir de près.
C’est à un gouvernement aussi dépravé, que l’Imam al Hussein devait faire face, et c’est ainsi qu’il résuma sa position dans un hadith qu’il avait entendu chez son grand-père Muhammad, qu’Allah prie sur lui, et le salue: « celui qui parmi vous voit un roi rendre licite ce que la loi interdit et violer le pacte d’Allah, commet lui-même des péchés envers ses serviteurs s’il ne fait rien pour changer l’état des choses par l’acte ou par la parole, et Allah lui fera subir le même sort ».
Cela veut dire que le sort réservé aux gens qui garderont le silence en présence d’injustices sera pareil à celui qui est réservé au tyran, sa demeure sera l’enfer.
L’Imam al Hussein exprima son mécontentement vis-à-vis du gouvernement en place en disant: « que la paix soit sur l’Islam si la nation est frappée du malheur d’un gouverneur comme yazid ».
C’est dans des conditions très pénibles que l’Imam al Hussein subissant les fortes pressions du calife yazid qui voulait le contraindre à lui prêter allégeance, annonça son soulèvement armé.
L’Imam fut donc obligé de quitter Médine et de se rendre à la Mecque afin d’y rencontrer les grands chefs. La nation islamique ne tarda pas à manifester à l’Imam sa sympathie. De part et d’autre affluaient des dizaines, des centaines et des milliers de lettres en provenance de différentes villes, à leur tête la ville de kufa, alors asile des opposants.
Les kufis, invitaient avec insistance l’Imam al-Hussein à se rendre chez eux pour le délivrer du joug du pouvoir omeyyade. L’Imam envoya alors son cousin muslim ben ‘uqayl pour s’enquérir de l’état réel des choses. Le représentant de l’Imam trouva alors kufa en pleine révolte et pressa donc l’Imam de l’y rejoindre le plus rapidement possible tant que les conditions lui étaient très favorables.
Mais les conditions ont vite fait de changer avec la rapide intervention des autorités qui avaient pris des mesures nécessaires pour contrecarrer la révolte, et c’est ainsi que les kufis ont une fois de plus enregistré leur défection à la vérité, et ceux qui avaient demandé à l’Imam de venir chez eux se sont retrouvés entraînés dans les rangs de l’armée omeyyade dans le but de contraindre l’Imam à prêter allégeance à yazid !
C’est ainsi qu’arriva ce qui devait arriver, lorsque les troupes omeyyades assiégèrent de tous côtés l’Imam et ses compagnons et lui coupèrent la route vers kufa comme vers Médine.
Il ne restait plus que cette alternative à l’Imam al-Hussein, soit de combattre ou de se rendre, et il n’hésita pas à faire son choix en lançant: « jamais de la vie nous ne céderons à l’infamie, Allah abhorre les infâmes, de même que son envoyé et les croyants ».
Il fit alors un rang avec sa famille et ses compagnons et ils s’engagèrent tous dans une bataille corps à corps avec l’ennemi jusqu’à leur dernier souffle.
La bataille héroïque de l’Imam dans le désert ardent de Karbala et le carnage qui s’ensuivit mirent en émoi toute la communauté islamique. La peur a été ainsi vaincue et l’Islam révolté entreprit un mouvement afin de retrouver son essence que les tyrans ont tenté de détruire à jamais.
Ce carnage et cette bataille héroïque ont également eu pour effet le soulèvement du peuple iranien qui a rendu hommage aux ahl-l-bayt par une révolution singulière, sous l’égide d’ibn al-Hussein, le cheminant dans sa voie, le défunt Imam al-khumeïni.
Résumé
1 - le avis diffèrent au sujet de l’apparition du shiisme. certains se basent sur de fausses informations fournies par les adversaires du shiisme.
2 - le noble envoyé, qu’Allah prie sur lui, et le salue, est le réel fondateur du shiisme. les hadiths se rapportant à ‘ alî, que la paix soit sur lui, l’indiquent bien s’ils sont compris convenablement. Le terme chi’ite a été employé pour la première fois par le prophète pour désigner les compagnons qui se sont rangés du côté de ‘ alî.
3 - le shiisme, y compris ses branches, est l’Islam réel tel qu’il a été révélé à son origine. Il signifie simplement la poursuite de la voie trée par le prophète et sa famille c’est-à-dire les ahlu-l-bayt.
4 - l’hostilité au shiisme résulte pour la plupart, du défaut de consultation des véritables sources chi’ites et l’appui sur des sources adverses.
5 - l’Imam ‘ alî, que la paix soit sur lui, a été lésé de son droit durant vingt-cinq années, période où il a assumé la responsabilité de surveiller le déroulement des activités de l’état, et où il a efficacement contribué à la construction et au redressement des affaires.
6 - l’Imam al-Hassan, que la paix soit sur lui, en signant le traité de paix, a agi en conformité avec la sunna de son grand-père, l’envoyé d’Allah, qu’Allah prie sur lui et le salue, qui avait signé le traité de paix de hudaybiya.
7 - l’Imam al-Hussein s’est distingué par la correction des déviations, avant d’être horriblement martyrisé. Son martyre a eu pour effet de vaincre la traîtrise et la peur qui avaient entouré la nation de son grand-père, qu’Allah prie sur lui et le salue.