Si vous faites triompher la vérité, elle vous sera nécessairement un soutien et un appui.
Cela laisse transparaître la différence entre l’homme de Dieu et le matérialiste. Il n y a pas de différence - pour le matérialise - entre la voie du Vrai (haqq) et celle du Faux (bâtil), ni entre la Justice et l’Injustice. Le bon et le mauvais n’ont, selon les critères matérialistes, aucun poids.
Selon les mêmes critères, le Monde n’a ni œil, ni oreille, ni raison pour évaluer les choses, soutenir ceux qui suivent le chemin du Vrai (haqq) et refuser son assistance à ceux qui perdent en s’écartent de la bonne voie. L’homme de Dieu, quant à lui, distingue nettement, l’un de l’autre, les deux chemins. Il croit à l’existence d’une vérité qui soutient ses partisans et les assiste.
Dans mon livre, L’Homme et le Destin, et dans le chapitre intitulé : Influence des facteurs spirituels sur le destin, j’ai écrit: La conception matérialiste du monde veut que les facteurs influant sur les différents aspects de la vie humaine soient strictement et purement matériels. Ces facteurs - selon le matérialiste - sont les seuls à déterminer pour l’homme, sa vie et sa mort, sa richesse et sa pauvreté, sa santé et sa maladie, ainsi que son bonheur et son malheur.
La conception divine du monde, quant à elle, veut que les facteurs spirituels influents, à côté des facteurs matériels, sur l’homme et sur tous les événements de sa vie. Cette conception considère le monde comme unité vivante, douée de sentiment et de perception. Il est tenu compte des actions des hommes, dont les résultats paraîtront, tôt ou tard.
La conception matérialiste considère le monde comme neutre par rapport aux lois, aux attitudes et aux activités des humains, ce qui revient à dire que les lois universelles n’ont pas d’interférence dans le conflit entre partisans du Vrai (haqq) et partisans du Faux (bâtil). La conception divine, elle, ne tient pas le monde pour neutre: il est impliqué dans le conflit et assiste ceux qui se proposer de réaliser les buts sacrés, suivant le chemin du haqq, de la justice et de la droiture.
Le matérialiste, aussi grande que puisse être foi en sa doctrine et sa méthode, aussi dévoués et non opportunistes que puissent être ses buts, ne peut attendre de son action que les fruits équivalents au seul effort investi. De son côté, l’homme musulman est confiant en l’aide et au secours dépêchés par les êtres universels, lorsqu’il fait des sacrifices dans le sens de sa foi et de sa doctrine, et il en est ainsi parce qu’il croit fermement à l’existence, dans l’univers, d’êtres dont la force dépasse infiniment les siennes propres.
Le matérialisme affirme que les justes n’auront, comme fruit de leurs bonnes actions, qu’une part égale à ce que les injustes auront comme fruits de leurs mauvaises actions... c’est parce qu’il n’y a pas, selon le matérialisme, de différence entre les deux catégories. Mais la différence est énorme, du pont du vue de l’école divine.
Inspiration et illumination
L’inspiration - ou l’illumination - consiste en une sorte d’assistance du Ghayb qui, pénétrant l’être des savants, leur ouvre des voies de la science menant à des découvertes énormes.
Les méthodes utilisées pour l’acquisition de la connaissance sont de deux genres: le premier comprend l’observation et l’expérience, la seconde, la conclusion par analogie et le raisonnement par l’induction.
A chacun de ces deux genres de méthodes correspond un genre de résultats ou conclusions.
Ces acquis sont-ils les fruits de la seule pratique ou du seul effort humain? N’y aurait-il pas une troisième méthode, une troisième voie, menant à l’acquisition de la connaissance? Oui disent les savants. Ils disent même que les grandes découvertes et inventions sont les résultats de cette troisième voie qui est quelque chose de semblable à un courant électrique se déclenchant soudainement dans l’âme du savant et éclairant sa raison pour quelques moments, avant de s’éteindre.
Ibn Sînâ (Avicenne) croit en l’existence de cette force, à des degrés différents, chez tous les individus. Par cette force, prépondérante chez certains, il explique le verset coranique:
" Un olivier ... dont l’huile est près d’éclairer sans que le feu la touche " (Coran, 24/35)
Dans son livre Al-munqid min al-jal l, al-Gazâli écrit que la plus grande partie des connaissances humaines relatives aux besoins de la vie quotidienne, sont les fruits de l’inspiration. Dans ce même livre, et dans le chapitre traitant de la Révélation et de la prophétie, il écrit que : Seule, la voie de l’illumination est l'origine des connaissances de l’humanité en matière de remèdes et de
médication, d’astres et d’astrologie.
Ces connaissances sont un don de Dieu inspiré pour aider et guider les humains. De son côté, Nasîruddine al-Tûsi considère la voie de l’inspiration comme étant à la base de la plupart des connaissances humaines. Certains croient, peut-être, que l’inspiration, comme démarche ancienne, n’a plus de partisans, et que tout notre savoir nous est parvenu à travers nos sens, par
l’expérience et l’observation.
Pourtant, la question n’est pas comme ils croient et imaginent... Un grand nombre de savants contemporains pensent que de nombreuses théories découvertes par les savants, l’ont été par des voies semblables à l’inspiration.
Dans son livre, L’homme, cet inconnu, Alexie Karl défend l’inspiration et l’illumination en disant : Il est certain que les découvertes scientifiques ne sont pas simplement le résultat de la pensée humaine. Les hommes de génie possèdent, dit-il, des qualités particulières comme l’illumination en plus de leurs acquisitions par la lecture et la réflexion. C’est par la voie de l’illumination qu’ils découvrent ce que les autres ne pouvaient découvrir, établissent des liens entre des sujets apparemment sans relation, et parviennent ainsi à la compréhension de certaines questions importantes.
Il dit aussi: On peut diviser les savants en deux groupes: les logiciens et les illuminés. Les sciences sont l’œuvre de ces deux groupes de savants. Les mathématiques doivent tant de choses à l’illumination, malgré leur base essentiellement logique. L’inspiration occupe dans la vie courante - comme dans les domaines scientifiques - une place importante en tant que facteur de
compréhension et de conception. L’inspiration conserve cette importance malgré le fait qu’elle s’apparente parfois à l’illusion jusqu’au point de se confondre avec elle.
Par l’inspiration et illumination, les grands hommes atteignent le sommet de la vie spirituelle. Ce don est vraiment extraordinaire, et cette perception de la réalité, sans effort et réflexion, est vraiment inexplicable.
Alexis Karl nous dresse une liste de mathématiciens qui auraient, selon lui, acquis leurs connaissances par une voie purement logique. A côté, il nous présente une autre liste de mathématiciens qui doivent leurs connaissances à l’illumination.
Ce point de vue est admis par d’autres savants. Dernièrement, j’ai lu un article écrit par le mathématicien français J. Hadamart sous le titre: Rôle de l’inconscient dans la perception scientifique, et j’ai retenu la phrase suivante: Lorsqu’on pense aux facteurs originels des inventions et des découverts, on ne peut réfuter l’importance de la perception intérieure.
Cette expérience est connue, dans une certaine mesure, par les vrais savants qui reconnaissent une partie de leurs découvertes comme résultant d’activités conscientes, une autre étant le résultat de l’inspiration. Le grand savant Einstein avait cette même conviction. Il disait qu’à l’origine de ses hypothèses, il y avait une sorte d’illumination.
Conclusion
On peut déduire de tout ce qui précède l’existence de modalités d’assistance du Ghayb, dans la vie des individus. Parfois, cette assistance leur procure volonté, persévérance et fermeté. Elle peut aussi leur offrir des moyens matériels, et se manifester sous la forme d’une force leur éclairant le chemin et leur inspirant les idées scientifiques. Par-là, on peut dire que l’être humain n’est pas laissé à sa guise: la grâce et le soin divins l’englobent dans certaines conditions, l’extraient de l’égarement et du doute, et le sauvent aux moments de faiblesse, l’impuissance et de détérioration.
Ceci est pour les individus. Plus grande encore est la part faite aux sociétés.
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Mortaza Motahary / Traduit par Akil Sheikh Hussein / Révisé et réédité par : Abbas Ahmad al-Bostani

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