Maryam Devolder

Nous n’avons pas beaucoup de renseignements sur l’art religieux des premiers siècles de l’islam, et ses plus anciens documents sont des exemplaires du Coran enluminés qui datent du Xe siècle et qui avaient été commandés par les gouverneurs de l’époque.

Cependant, avant cette période, il est probable que des enluminures avaient déjà été réalisés avec les premiers travaux de transcription du Coran afin d’orner le début des sourates et certains versets. Peu à peu, l’intérêt croissant des musulmans pour le Coran les a conduits à développer ces techniques et à adopter progressivement des styles plus sophistiqués. Les Corans qui étaient utilisés par les grandes personnalités et les gouverneurs étaient transcrits et décorés spécialement pour eux, et leurs nombreuses commandes contribuèrent à encourager l’évolution de l’art de l’enluminure.

Les Corans les plus anciens, qui datent des premiers siècles de l’ère islamique, sont tous rédigés en écriture cunéiforme avec les mêmes enluminures du début à la fin, excepté pour les premières et les dernières pages qui sont parfois ornées de motifs géométriques. Le début des sourates est orné de motifs particuliers, et on peut notamment relever la présence de décorations florales à droite du nom de la sourate souvent écrite en lettres d’or. Les points sont en rouge, vert ou jaune avec des dorures pour marquer le début des parties successives.

Les Iraniens avaient l’habitude de décorer leurs recueils religieux apportés par Mani. Cependant, après leur conversion à l’islam, qui interdisait ou déconseillait les figurations et les portraits, ils continuèrent dans un autre style les travaux d’enluminure des textes islamiques. Les manuscrits qui ont été découverts montrent d’ailleurs que les calligraphes et les dessinateurs de cette époque avaient réussi à créer un nouveau style, qui se répandit peu à peu dans tout le monde musulman.

De façon progressive, les enluminures devinrent de plus en plus perfectionnées ainsi que la calligraphie. Sur ce point, il faut également souligner qu’au départ, les calligraphes réalisaient eux-mêmes les enluminures, mais peu à peu les deux activités furent effectuées séparément. L’espace dédié aux travaux des enlumineurs était prévu par les calligraphes, comme l’attestent certains Corans dont le travail d’enluminure est resté inachevé.

Les méthodes évoluèrent au XIIe siècle pour se perfectionner et se complexifier. Les motifs géométriques firent progressivement place à des motifs floraux enchevêtrés qui rappellent la décoration de certaines mosquées de l’époque Seljoukide. Des Corans de cette époque (début du XIIIe siècle) qui ont une grande valeur artistique, avaient été commandés pour les études de Abû-l-fath Mohammad ibn Sâm et écrits par Mohammad ibn ’issâ ibn Ali Nechâpûri. Malheureusement, l’origine du calligraphe n’est pas inscrite et nous pouvons supposer qu’il doit s’agir du fameux Amir Ghûriân dont certains Corans du même genre portent le nom.

ville de Tabriz devint un centre artistique qui se distingua dans les domaines de la calligraphie et de l’enluminure, et ce particulièrement au XVIe siècle avec Khâdje Rachid-o-din et les débuts de l’école de Tabriz qui influença l’enluminure et la calligraphie pendant des siècles. Certaines variations dans la calligraphie et l’enluminure furent observées avec l’apparition de formes octogonales et de motifs en forme d’étoile à douze branches, d’étoiles bleues ou encore de pétales de fleurs. La première lettre marquant le début de chaque sourate était écrite en cunéiforme sur un fond bleu, et entourée de feuilles et de branchages. Les contours du texte étaient décorés de motifs géométriques de couleurs. C’est à cette époque que l’art du "Tazhib" ou de l’enluminure connut son apogée.

La dynastie des Teimûrs marqua l’apothéose de l’art religieux. Les princes Teimûr attachaient une grande importance à la calligraphie et Mirzâ, fils de Shâhrokh qui était lui-même un artiste très expert en calligraphie et en tazhib, avait réuni autour de lui des artistes venus de tout l’empire et qui vivaient à la cour de Harât, dans les bibliothèques impériales. Dans cette ville, des artisans, des fabricants de papier, des calligraphes, des relieurs, des fabricants de couleurs et toutes sortes d’artisans travaillaient à la constitution de ces manuscrits de grande valeur. A cette époque, les artistes avaient un goût particulier pour les motifs de fleurs et d’oiseaux, ainsi que pour les paysages. Les Corans qui ont été écrits pour Shâhrokh et Mirzâ font partie des plus beaux et des plus riches ouvrages. L’or et le bleu de cobalt y étaient prédominants. L’enluminure poursuivit son évolution à l’époque des Safavides avec les mêmes couleurs et le même type de travaux, auxquels vinrent également s’ajouter des dessins d’animaux et de personnages divers.

 

 

 

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