Autant la sincérité exerce des effets positifs, autant le mensonge cause d’effets répugnants. La sincérité est une des qualités les plus remarquables, et le mensonge le pire des défauts; les deux sont diamétralement opposés. La parole est l’interprète du tréfonds de l’homme. Quand il résulte de l’envie et de l’animosité, le mensonge est l’une des formes les plus pernicieuses de la force de la colère. Quand il nait de la convoitise ou de l’habitude, il révèle l’activité des forces funestes du plaisir bouillonnant en l’homme.

Quand la langue est envenimée par le mensonge, et en porte les flétrissures, elle détruit l’honneur de l’homme, comme les vents d’automne dépouillent les arbres de leurs feuilles. Le mensonge fait croître la forfaiture, éteint la flamme de la conscience et sape les liens de l’unité et de l’entente entre les hommes. La plupart des déviations résultent de la vanité et des paroles vides de sens des envieux et des frustrés, qui, pour satisfaire leur égoïsme camouflent la vérité derrière un voile de flatteries, et par leurs suggestions venimeuses, arrivent à se soumettre beaucoup de crédules.

Le menteur ne se donne pas l’occasion de méditer et de réfléchir un tant soit peu; il ne pense pas aux conséquences ultimes de son acte, croyant garder à jamais son secret alors qu’il est pris la main dans le sac finalement trahi par ses propres erreurs et contradictions. Il devra faire face au scandale, à l’échec et à la honte. Le proverbe iranien a bien raison de dire que: «Le menteur a la mémoire courte»!

Parmi les facteurs ayant contribué à répandre ce défaut blâmable, nocif à la société, figure l’abus du recours au «mensonge réconciliateur».

Le célèbre poète iranien Saadi conseillait:

«Un mensonge réconciliateur vaut mieux qu’une vérité qui divise.»

Beaucoup de gens, ne saisissant pas la portée véritable de ce sage parole, en profitent pour justifier leur mensonge. Alors que ni la religion et ni la raison n’excusent qu’on cache la vérité, que dans des conditions très restreintes, comme lorsqu’il s’agit de sauver son honneur, sa vie ou son bien exposés à un grave péril. Dans ces derniers cas, on peut en effet user de toutes les armes pour se défendre, mais seulement en cas de force majeure, et l’on sait que la nécessité abolit l’interdit. Mais si nous érigeons notre intérêt personnel en critère de l’utilité publique, et que nous en faisons la règle à chaque fois que nous éprouvons un désir quelconque, tous les mensonges seront «utiles». Comme l’a écrit un grand écrivain:

«Tout à sa cause. On peut trouver à chaque acte des causes et des agents. Même les criminels et les délinquants peuvent invoquer lors de leur comparution au tribunal plusieurs prétextes pour leur crime. Tout mensonge a en vue de satisfaire l’intérêt de son auteur, en d’autres termes tout mensonge présente aussi un côté utile et bénéfique pour quelqu'un, faute de quoi il serait une vanité, une parole sans conséquences, et partant sans préjudice sérieux. De par sa nature l’homme considère comme bien et utile tout ce qui s’accorde avec ses désirs personnels. Et quand il les voit menacés par la franchise, il s’imagine pouvoir atteindre ses fins, en voilant la vérité. Il ment sans s’inquiéter outre mesure, puisque le mensonge l’arrange mieux.»

Rappelons que le mensonge est un grand fléau. Même si des fois il est autorisé, ce n’est pas pour sa valeur en soi, mais en vertu de la règle qui permet de se servir du mal pour repousser le pire.

La liberté de parole est plus importante que la liberté de pensée; car une erreur dans la pensée ne nuit qu’à son auteur, alors que la liberté de l’expression est d’un caractère général qui fait que les effets-inconvénients et avantages- peuvent s’étendre à toute la société.

Ghazali dit:

«La faculté de parole est un don des plus précieux et des plus subtiles de la bonté divine. Bien que petite de taille, la langue joue un rôle déterminant en ce qu’elle révèle la foi et l’incrédulité, points extrêmes, respectivement de la soumission ou de la rébellion de l’homme vis à vis de son Seigneur.»

Puis il poursuit:

«Seul y trouve son salut, celui qui la retient par la religion, et qui ne la relâche que lorsqu’elle lui procure le bien de ce monde et de l’au- delà.»

Quant aux enfants pour ne pas leur communiquer ce mauvais défaut, nous ne devons pas leur mentir car ils ont tendance à imiter, ceux qu’ils fréquentent le plus. Si l’habitude du mensonge s’incruste dans le foyer qui moule l’esprit de l’enfant, et que ce dernier découvre dans le comportement des parents de la tromperie et de la fausseté, il s’en imprègnera forcément et ne connaîtra jamais l’honnêteté et la franchise.

T. Morris dit:

«L’habitude de ne dire que des vérités, de ne penser qu'à la vérité et de ne chercher que la vérité, est un comportement que seuls possèdent ceux qui y ont grandis depuis leur enfance.»