La lutte de l’Islam contre le pessimisme

Le noble Coran a déclaré explicitement que la mauvaise opinion fait partie des péchés et a mis en garde les musulmans contre ce défaut dans ce verset:

«Ho, les Croyants! Evitez de trop conjecturer, oui, une partie de la conjecture est péché.»

L’Islam interdit aux gens de soupçonner sans raison valable leurs prochains:

«Sont illicites au musulman, le sang de son frère musulman, ses biens, et la mauvaise opinion à son égard.»

Tout comme il défend le transfert d’un bien d’une personne à une autre sans preuve suffisante, il ne tolère pas que l’on pense en mal des gens, qu’on les accuse de tous les défauts avant même qu’on ait établi les preuves irréfutables.

L’Emir des Croyants, Ali- que le salut de Dieu soit sur lui- a dit:

«Il n’est pas juste de détruire la confiance par la suspicion.»

Puis il met éloquemment en évidence les dommages que peut causer cette mauvaise habitude envers autrui, en disant:

«Garde- toi de la conjecture, car elle altère le culte, et alourdit la charge du péché.»

Il conclut en ces termes:

«La mauvaise opinion envers l’homme de bien est la pire des choses et la plus laide des formes de l’injustice.»

«Celui chez qui domine la tendance à la conjecture et au soupçon détruira tous ses liens avec ses amis.»

Outre l’effet néfaste qu’elle exerce sur celui qui en est habitué, la suspicion a aussi ses conséquences dévastatrices sur les dispositions morales et psychologiques des autres. La victime d’une calomnie peut en effet être entraînée à la déviation, à la corruption morale et au vice.

L’Imam Ali a déclaré à ce sujet:

«La mauvaise opinion bouleverse les situations, et incite aux méfaits.»

Le docteur Marden donne l’exemple de certains patrons qui soupçonnent leurs domestiques d’être- par exemple- des voleurs, au point qu’ils finissent par le devenir. La susceptibilité, même non exprimée par la parole, exerce ses ravages et empoisonne l’esprit de la personne qui en est l’objet, et le conduit au délit.

Rappelons de même la recommandation de l’Emir des Croyants, Ali aux époux:

«Garde-toi de faire de la jalousie mal placée, car elle altère le sain, et rend suspect l’innocent.»

L’homme atteint de la susceptibilité, se prive aussi de la santé du corps et de l’esprit. L’Imam a dit également:

«Le soupçonneux ne connaît jamais le repos.»

Le docteur Alexis Carrel dit à ce propos:

«Certaines habitudes amoindrissent la capacité de l’individu à vivre, comme par exemple la tendance à tout critiquer et à tout soupçonner. Ces habitudes morales négatives influent sur le système nerveux sympathique, et les glandes endocrines, et peuvent être à l’origine d’un trouble fonctionnel ou organique.»

Le docteur Marden dit:

«La susceptibilité détruit la santé, affaiblit la force morale. L’esprit équilibré n’entrevoit jamais le mal, mais aspire toujours à rencontrer le bien; il sait que le bien est une réalité éternelle, et que le mal ne résulte que de la faiblesse des forces bénéfiques, tout comme l’obscurité dépourvue d’essence indépendante, n’est due qu’à l’absence de lumière. Cherchez toujours la lumière! car elle élimine l’obscurité du cœur et de l’âme.»

Citons encore une parole de l’Imam Ali qui met en relief le caractère anti- social de la suspicion:

«Quiconque se montre trop susceptible, finit par redouter tout le monde.»

Le docteur Farmer dit pour sa part:

«Celui qui a peur d’exprimer ouvertement sa pensée et son point de vue, dans une réunion où chacun peut librement le faire, ou celui qui de peur de rencontrer ses proches sur les grandes avenues et les lieux publics emprunte les voies secondaires et les ruelles étroites et peu fréquentées, sont tous les deux en proie, à la susceptibilité et au pessimisme.»

Le mauvais souvenir que l’on garde d’un évènement ou d’une personne est aussi souvent cause de soupçons.

«Dans le tréfonds de toute personne, il existe des souvenirs qui lui répugnent.» a dit l’Imam Ali.

Une autre personnalité du monde scientifique, le docteur Helen Schachter dit:

«Les personnes qui n’ont pas confiance en elles- mêmes ont une sensibilité au- dessus de la moyenne. Un rien les fait souffrir. Le souvenir de ces souffrances s’enracine inconsciemment chez elles, et influera sur leurs actes, leurs paroles et leurs pensées. Elles se montreront méfiantes sans en connaître les raisons. Car ces souvenirs sont enfouis dans leur inconscient, et ne se révèlent pas facilement.

En d’autres termes, l’homme a naturellement tendance à fuir les souvenirs douloureux, et ne veut pas de lui- même se rappeler ses souffrances. Mais l’ennemi caché et rancunier ne cesse pourtant pas ses méfaits et ses haines, et impose sa volonté à notre esprit, à notre comportement moral, au point que des fois, nous nous étonnons de nos propres actes dénués de toute justification. Mais en approfondissant notre recherche, nous verrons que ces comportements sont engendrés directement par les souvenirs enfouis dans notre inconscient.»

Les gens de caractère vil s’imaginent que tous les hommes leurs sont semblables et voient se refléter chez les autres leurs propres vices.

L’Emir des Croyants- que la paix soit sur lui- a dit que l’homme méchant ne pense du bien de personne, car il voit tout le monde à son image.

Le docteur Mann, dans son ouvrage intitulé «les principes de la psychologie» écrit dans le même sens:

«Nous entendons par projection, le mécanisme par lequel un sujet perçoit comme étant dans autrui les idées, les mobiles et les sentiments qui lui sont propres.

Cette sorte de réaction est défensive et compensatrice et se manifeste dans le but d’empêcher l’angoisse. La projection est une sorte de comparaison à soi, pratiquée inconsciemment. Quand ce type de défense se développe davantage, il devient morbide, et est considéré comme une maladie psychologique.

Il se peut que cette réaction se manifeste à la suite d’un sentiment de culpabilité. Quand l’auteur commet un acte provoquant ce sentiment, il en attribue la responsabilité à quelqu’un d’autre.»

Lors de l’Hégire, le Prophète de l’Islam arriva à Médine, venant de la Mecque. Un homme vint à lui et lui dit:

«Ô Prophète de Dieu! Les gens de ce pays sont bons et bienfaiteurs. Tu as bien fait d’émigrer vers eux.» Le Prophète lui répondit: «Tu as raison!».

Puis un autre homme se présenta à lui, et lui dit:

«Les gens de cette cité sont méchants, tu aurais mieux fait de ne pas venir vers eux!»

Le Prophète lui fut la même réponse qu’au premier. Quelqu’un interrogea alors le Prophète, au sujet de l’identité des réponses données à des paroles contradictoires. Le Prophète lui répondit:

«Je sais ce que recèle le fond de chacun des deux. Ils étaient tous deux sincères.»

C’est à dire que chacun était sincère par rapport à ce qu’il pensait dans son tréfonds.

Il est évident que la susceptibilité et la mauvaise opinion qui sont ici objet de blâme, sont celles qui traduisent une déviation de l’esprit par habitude et persistance en elles. Ce qui est considéré comme un péché et une infraction à la Loi divine, ce sont les préjudices causés par ces défauts à autrui.

Les conjectures et les suggestions qui ne sont pas suivies d’effets ne donnent pas lieu à la responsabilité juridique, car elles ne dépendent pas de la volonté.

Ajoutons qu’étant donné que l’amertume des pessimistes procède de ce défaut pernicieux, il convient d’approfondir l’examen de cette cause et de la traiter à sa racine.

 

 

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