La première règle à observer par un chercheur non-chiite avant toute investigation, est de bien considérer cette étape afin de ne pas se méprendre sur les principes de cette école.

A cette étape, il est indispensable de comprendre qu’il existe une véritable différence entre le Chiisme imâmite et les sectes extrémistes, et entre la pensée théologique et islamique du Chiisme et les idéologies humaines des zoroastriens par exemple.

Et n'enrobez pas de faux la vérité.(1)

A cette étape délicate, nous sommes mis au courant des événements qui furent à l'origine d'une confusion entre la pensée islamique du Chiisme et la pensée extrémiste, confusion qui a conduit les wahhabites à attribuer au Chiisme des idées qui lui sont totalement étrangères.

Cette étape est importante car elle montre l'intérêt de la méthode dont il est question dans ce livre, et explique pourquoi les wahhabites ont pu injustement imputer au Chiisme, des relents du Mazdéisme, du Judaïsme et du Christianisme, et présenter de façon erronée les principes de cette école.

Je pense que les vérités et les principes du Chiisme ne peuvent être compris dans leur authenticité qu’en tenant compte de cette étape importante et fondamentale.

Dans ce livre, nous avons choisi de nommer cette étape "Connaissance historique du Chiisme ", car nous pensons qu'avant de commencer toute recherche sur le Chiisme, il est indispensable de dissocier le Chiisme de l'idéologie des sectes extrémistes, un amalgame qui a conduit les wahhabites à attribuer au Chiisme des idées mensongères, empruntées aux sectes extrémistes.

A cette étape, nous devons étudier les questions qui concernent les idées extrémistes faussement attribuées au Chiisme. Cette étape est celle de la connaissance de la référence islamique du Chiisme et de la distinction entre les principes du Chiisme imâmite tirés du Saint Coran et de la Noble Tradition du Prophète, que la paix de Dieu soit sur lui et sur ses descendants, et des idées impies ou polythéistes, héritées du Mazdéisme, du Judaïsme et du Christianisme.

Il est impossible de corriger les méthodes de recherche des wahhabites sur le Chiisme, s'ils persistent à confondre le Chiisme et l'Extrémisme.

A cette étape, nous tenterons d'abord d'élucider le problème des wahhabites, puis nous entreprendrons une recherche sur leurs motivations cachées.

Rappelons que les sunnites, aussi bien aujourd'hui que dans le passé, ont réussi à régler ce problème, défendent le Chiisme duodécimain et s'opposent énergiquement à ceux qui persistent dans cette confusion.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, nous devons faire une remarque importante sur notre méthode de recherche:

Comme nous l'avons dit, cette méthode de recherche comporte trois étapes dont le respect de l'ordre est formellement recommandé et le moindre changement prohibé. Je suis convaincu que si cet ordre n'est pas respecté, notre méthode perdra son efficacité et échouera dans son objectif qui est de rectifier la méthode de recherche des wahhabites sur le Chiisme et de mettre en lumière la différence qui existe entre leur méthode et celles des savants sunnites. Certes, les écrits des wahhabites ne sont pas à l'abri d'extensions et d'ajouts, et pour mener une recherche correcte sur le Chiisme, il vaut mieux suivre exactement notre méthode.

Si la majorité des sunnites dans la passé et de nos jours, ont mieux réussi dans leur approche du Chiisme, que les wahhabites dans des études similaires, c'est qu'ils ont évité de faire un amalgame entre l'idéologie du Chiisme et celle des sectes extrémistes.

Cette étape est à la fois importante et nécessaire, d'autant plus qu'elle a pour but de corriger les erreurs des wahhabites. Une fois ces erreurs corrigées, la méthode d'investigation se fondera sur la réalité et sera conforme aux normes d'une recherche scientifique.

Se fiant aux méthodes de leurs prédécesseurs mieux informés du danger des erreurs de cette étape, les sunnites actuellement commentent différemment les principes chiites. Ils négligent volontairement les commentaires wahhabites au sujet du Chiisme et fondent leurs recherches sur des règles scientifiques auxquelles les wahhabites devraient normalement aussi se conformer avant d'entamer toute recherche.

Par conséquent, cette étape est indispensable aussi pour les sunnites ordinaires, qui doivent éviter la méthode des wahhabites, incapables d'appréhender les vérités du Chiisme.

Nous souhaitons que le lecteur ne se contente pas d'une lecture superficielle, mais s'adonne à une étude profonde et minutieuse de cette discussion afin d'arriver au but souhaité.

Nous espérons également que la conscience des wahhabites se réveillera, car la moindre erreur à cette étape, est à l'origine de toutes les autres erreurs que commettront les wahhabites, par la suite, dans leur interprétation du Chiisme imâmite.

En proposant de passer par cette étape, nous souhaitons que les wahhabites choisissent une méthode adéquate dans leur étude du Chiisme, méthode à laquelle les sunnites de toutes les époques, se sont conformés et qui est reconnue par l'islam.

Le livre “La relation intrinsèque entre le Chiisme et l’Extrémisme” que j’avais entrepris d'écrire quand j’étais wahhabite, et dans lequel je confondais l’Extrémisme et le Chiisme, et plaçais les chiites au nombre des impies, était le résultat de mon incapacité de dissocier le Chiisme de l’Extrémisme, parce que pour connaître le Chiisme, je me référais uniquement aux textes wahhabites, sans consulter les avis des savants sunnites. C’est pour cette raison que j'ai placé cette étape au sommet de la pyramide de la connaissance du Chiisme.

Avant ma prise de conscience, j'attribuais au Chiisme la plupart des opinions idolâtres du Mazdéisme, les contes de l'époque préislamique, les mythes soufis et les idées extrémistes imprégnées de polythéisme, que j'avais entassées en vrac dans cet ouvrage.

Dans ce livre, j'attribuais au Chiisme toutes les idées polythéistes des extrémistes et pensais avoir bien agi. Cependant c'est en franchissant cette étape, que je pris conscience de mon erreur et du fait que je n'avais jamais jusqu'alors, dissocié le Chiisme des idéologies extrémistes. En corrigeant cette erreur, je suis arrivé à distinguer le Chiisme authentique et à repérer les idées qui lui étaient faussement attribuées, et c'est pourquoi j'ai brûlé ce livre peu avant sa publication.

Quand j'étais wahhabite, je pensais qu'on pouvait considérer les chiites comme des zoroastriens, des juifs ou des soufis, mais après avoir pris conscience de mon erreur, je compris que ces épithètes convenaient mieux aux sectes extrémistes égarées, qu'aux chiites.

Cette prise de conscience, due à l'attention portée à cette étape, m'a obligé à abandonner les méthodes de recherche wahhabites et à choisir les méthodes adoptées par les grands savants sunnites, et m'a permis de réviser ma vision du Chiisme et de me débarrasser de cette confusion très dangereuse.

L'atmosphère intellectuelle dans laquelle je fus élevé, était sans doute à l'origine de cette idéologie pernicieuse. J'ai fait des études "religieuses" à Sana, capitale du Yémen, dans des écoles wahhabites qui publiaient des livres sur le Chiisme et dont les écrivains confondaient tous, l'Extrémisme et le Chiisme. Ces écrivains attribuaient aux chiites toutes sortes d'hérésies et d'idées polythéistes. Ces écrits m'avaient beaucoup influencé. Dans ces écoles, on se contentait de lire les livres wahhabites et l'on n'autorisait pas la publication des livres sunnites qui n'adoptaient pas les mêmes méthodes.

Puis j'ai eu l'occasion de lire les ouvrages de grands écrivains sunnites sur le Chiisme et je fus étonné de constater la différence fondamentale qui existait entre leur méthode et celle des wahhabites. S'étant rendus compte de l'erreur des wahhabites, ces écrivains sunnites critiquaient sévèrement leurs méthodes de recherche qui ne reflétaient aucunement les réalités de cette école.

L’écrivain sunnite contemporain, Hâmid Hanaf, (2) dit à ce propos: “J'ai passé beaucoup de temps à étudier les principes des Imams des Ahl ul-Bayt en particulier, et ceux des savants chiites en général, à travers les écrits de leurs détracteurs, mais je n'y ai rien trouvé qui me permette de repousser cette école. (3)

Les penseurs sunnites estiment que les wahhabites ne se rendent pas compte de leur erreur à cette étape de la connaissance des origines du Chiisme, et qu'il est naturel qu'ils n'arrivent pas à dissocier le Chiisme de l’Extrémisme.

Le penseur sunnite d'origine égyptienne, Anwar Djundî, a écrit à ce sujet: “Les chercheurs doivent faire une distinction entre les chiites et les extrémistes, attaqués par les oulémas et contre qui les musulmans doivent être mis en garde (4)

Un autre penseur égyptien, Alî Abdu l-Wâhid Wâfî écrit: “Beaucoup de nos écrivains ont confondu le Chiisme Dja'farite avec d'autres sectes "chiites".(5)

Muhammad Ghazzâlî, imam actuel des sunnites, a énormément lutté pour corriger les méthodes d'investigation wahhabites sur le Chiisme. Il s'est opposé énergiquement aux sunnites qui suivaient les méthodes wahhabites et n'a épargné aucun effort pour informer les gens qui faisaient la même confusion: “Ayant assimilé le Chiisme à l'Extrémisme, certains de ces menteurs sont même allés jusqu'à répandre la rumeur que les chiites seraient les adeptes d’Ali tandis que les sunnites seraient ceux de Mohammad, que les chiites croyaient que la prophétie revenait à Ali et qu'elle savait été "par inadvertance", confiée à quelqu'un d'autre. Ce sont des calomnies ignobles qui ne peuvent venir que d'extrémistes”.

Critiquant vivement les sunnites qui avaient adopté les méthodes wahhabites, il écrit: “Certains d'entre eux vont même jusqu'à dire que les chiites croient que des versets ont été supprimés du saint Coran !” (6)

Certains penseurs sunnites sont d'avis que les wahhabites exagèrent beaucoup dans leurs déclarations sur le Chiisme et qu'ils ont dévié de la voie qui leur permettait de le connaître véritablement.

Mohammad Bahî, savant égyptien, écrit: "Les wahhabites ont agrandi le fossé qui séparait le Chiisme et le Sunnisme et sont responsables d'une grande partie des divergences doctrinaires qui, ayant débuté au 18ième siècle de l'ère chrétienne, ne cessent, jusqu'à ce jour, de s'amplifier et de séparer ces deux écoles officielles de l'islam. Ceci est une des conséquences néfastes de la propagande des wahhabites".

Un autre savant sunnite, Abdu l-Halîm Djundî, déclare: “Imputer aux chiites la responsabilité d'actes extrémistes a faussé la vision que les autres musulmans avaient du Chiisme. On a attribué aux chiites des fautes qu'ils n'ont jamais commises comme la croyance en la divinité de l'Imam qui est une hérésie qui conduit à la mécréance”. (7)

Le docteur Tâhâ Hussayn écrit quant à lui: “Leurs ennemis attribuent n'importe quoi aux chiites, non seulement ils ne contentent pas de ce qu'ils entendent et voient, mais vont même jusqu'à les calomnier et les accuser de tous les crimes. Comme des cambrioleurs, ces ennemis sont à l'affût et surveillent à la loupe, tout ce que disent et font les chiites, et leur attribuent des actes et des paroles étranges qu'ils n'ont jamais dites” (8)

Faisant allusion à ces problèmes créés par les wahhabites dans son livre "Bayna sh-Shîcati wa Ahli s-Sunna", le docteur Alî Abdu l-Wâhid Wâfî, déclare:

“Quelles que soient les dimensions qu'elle atteindra, la divergence entre les sunnites et les chiites ne sortira jamais du cadre de l'Idjtihâd légale”. (9)

Ayant compris comme les autres, que la condamnation continuelle des Chiites par les wahhabites (10) venait de la confusion qu'ils faisaient entre le Chiisme et l’Extrémisme, le chercheur sunnite Fahmî Huwaydî dit alors: “Jeter l'anathème sur les Chiites est le souci majeur des wahhabites”. (11)

Tous ces penseurs sunnites sont d'avis que cette méthode d'investigation sur le Chiisme a conduit les wahhabites à confondre cette école de pensée islamique avec l'Extrémisme, et les a grandement égarés.

Certains penseurs sunnites estiment que l'image du Chiisme, présentée par les wahhabites, est en tout point contraire à la réalité et concerne plutôt les sectes extrémistes.

Nous voyons cette opinion dans les écrits de Sâlim Bihansâvî qui, ayant étudié le livre “al-Sunnat ul-Muftarâ Alayhâ”, insiste sur la nécessité de corriger les méthodes d'étude wahhabite sur le Chiisme. Il a mis en évidence l'écart de la méthode des wahhabites de celle des savants sunnites et a critiqué les inepties, développées par les théoriciens wahhabites. S'opposant violemment à leurs accusations aux chiites de posséder un autre Coran, il écrit: “Le Coran des sunnites est exactement le même que celui que l'on trouve dans les mosquées et les maisons des chiites”.

Bon nombre de penseurs sunnites estiment que les idées des wahhabites sur le Chiisme, proviennent d'écrits extrémistes ou d'écrivains juifs, chrétiens, zoroastriens ou d'orientalistes occidentaux. Faire confiance à ces sources ne peut qu'engendrer une confusion dangereuse entre le Chiisme et les sectes extrémistes.

Anwar Djundî, savant égyptien, est l'un de ces penseurs dont nous avons rapporté les paroles.

Hassan al-Bannâ', chef de file du mouvement islamique d'Egypte, est l'un de ceux qui ont, avec beaucoup d'ardeur, déployé leurs efforts pour corriger les méthodes de recherche des wahhabites sur le Chiisme. Il s'est violemment opposé aux théoriciens qui assimilent le Chiisme à l'Extrémisme, se demandant comment ils avaient pu commettre une telle erreur alors que les bibliothèques du monde entier regorgent d'œuvres monumentales héritées des savants chiites. (12)

Le grand écrivain égyptien, Abbâs Mahmûd Aqqâd, s'est aussi rendu compte de l'égarement des théoriciens wahhabites. Le célèbre écrivain égyptien, Anîs Mansûr, le cite en disant: “Si le temps le lui avait permis, il aurait entrepris une recherche approfondie sur le Chiisme, car les inepties qu'on attribue au Chiisme en donne une image incorrecte auprès de beaucoup de gens. Hélas ! Il ne vécut pas assez pour accomplir cette tâche.” (13)

L'écrivain sunnite, Muhammad Kurd Alî, critique également avec sévérité les gens qui ne font pas de différence entre le Chiisme et l’Extrémisme et écrit: “L’opinion à laquelle adhèrent certains penseurs, que le Chiisme serait une innovation d'Abdullâh bin Sabâ, est une erreur qui résulte de leur incompétence et de leur ignorance. Quiconque connaît l'avis des chiites sur d'Abdullâh bin Sabâ, sait très bien qu'ils rejettent ses actes et ses paroles, et quiconque a lu les écrits des savants chiites sur Abdullâh bin Sabâ, comprendra combien cette opinion est incorrecte”. (14)

Umar Tilmasânî, chef de file des Frères musulmans, s’étonne aussi de la confusion faite par les wahhabites entre le Chiisme et les sectes extrémistes, (15)alors que selon lui, le fiqh (jurisprudence islamique) chiite a beaucoup contribué à enrichir la pensée du monde musulman. (16)

Le guide actuel des sunnites, Faqî Muhammad Abû Zuhri, (17) horrifié, a violemment critiqué la façon incorrecte dont les wahhabites interprètent certains termes chiites et affirme à propos du mot "taqîyya" dont les wahhabites n'ont jamais compris le sens, que les chiites l'ont tiré du Coran même. Il précise que: “la Taqîyya est le fait qu'un croyant cache certaines de ses opinions pour échapper à la torture ou pour atteindre un but sublime qui sert la religion de Dieu" et que "ce sens découle directement d'une interprétation du verset: (18)

Que les croyants ne prennent pas pour amis, des incrédules de préférence aux croyants ! Celui qui agirait ainsi n'aurait rien à attendre de Dieu, à moins que ces gens-là ne constituent un danger pour vous. Dieu vous met en garde contre Lui-même. Et c'est vers Dieu qu'est le retour final. (19)

Répondant aux wahhabites qui assimilent la croyance des chiites au sujet de l'Imam, à celle des extrémistes, il écrit “Les chiites imâmites n'ont jamais élevé la dignité de l'Imam à celle du Prophète”. (20)

Cheikh Mahmûd Shaltût, grand doyen sunnite et recteur de l’université d’Al-Azhar, est au nombre de ceux qui ont adhéré à la méthode traditionnelle des sunnites dans l'interprétation de la pensée chiite, et s'est attaqué vigoureusement aux méthodes des wahhabites qui, d’après lui, sont tombés dans l’erreur dans leur présentation du Chiisme et l'amalgame qu'ils ont fait entre les partisans du Chiisme et les extrémistes.

Il a déployé d'immenses efforts pour ramener les wahhabites à la méthode traditionnelle des sunnites et pour faire disparaître les tensions entre sunnites et chiites qui étaient apparues, suite aux déclarations wahhabites. C’est pour cela que les wahhabites se sont opposés à lui et lui ont reproché de vouloir rapprocher les sunnites des sectes extrémistes. Cheikh Mahmûd Shaltût voulait leur faire comprendre que les idées qu'ils attribuaient aux chiites étaient, en réalité, les idées des Sabâïs, des Khattâbîs et des Banâïs que les chiites eux-mêmes considéraient comme des mécréants, et qu'il était convaincu que l'amalgame entre le Chiisme et ces croyances impies, venait du fait que les wahhabites considéraient à tort le Chiisme comme une secte extrémiste.

Mahmûd Shaltût fut obligé de s’attaquer à certains sunnites de son époque, influencés par les wahhabites et qui critiquaient les positions de leurs prédécesseurs vis-à-vis des chiites et selon lui, représentaient le plus grand obstacle au rapprochement entre chiites et sunnites. Il avait déclaré: “Des gens ignobles et armés de mauvaises intentions, comme il en existe partout, ont commencé à s’opposer à l’idée de l’entente car ils savent que leur survie dépend de la division, ce sont des malades mentaux qui suivent leurs passions et des buts spéciaux. Ce sont des mercenaires qui rendent service aux séparatistes et résistent de façon directe ou indirecte à tout mouvement réformateur qui veut mettre un terme à la division des musulmans et renforcer leur union." (21)

Après avoir fait un amalgame entre le Chiisme et l’Extrémisme, les wahhabites nomment les chiites, les "râfizîs", un titre qui, d’après les livres de science des religions, correspond beaucoup mieux aux sectes extrémistes qu'aux savants chiites, des sectes que les savants chiites avaient condamnées bien avant les sunnites. C’est pour cette raison qu’Anwar Djundî a déclaré que les râfizîs n'étaient en fait, ni chiites ni sunnites.

Des centaines de témoignages de ce genre existent dans les écrits et les discours des grands religieux sunnites qui ont mis en garde la communauté musulmane contre le danger d'une confusion entre le Chiisme et l’Extrémisme. Il serait vraiment trop long de les citer tous.

L'amalgame entre le Chiisme et l’Extrémisme est une propagande que les ennemis de l’Islam ont lancée pour affaiblir l’union des musulmans. Le grand danger est que ce plan est caché et invisible, au début du travail de recherche. Il s'agit d'un problème opaque que les ennemis de l’Islam ont développé et répandu dans la communauté musulmane. Certains sunnites trop crédules, ont été trompés par les théoriciens wahhabites dont ils ignorent les mauvaises intentions, mais les savants sunnites ont réussi à discréditer ce groupe qui est en train de décliner et ont empêché la propagation de la pensée wahhabite dans les milieux intellectuels sunnites.

Les wahhabites qui pensent que les chiites ont des idées extrémistes, ignorent que les chiites ne sont jamais tombés dans l’exagération, alors qu'au contraire, les wahhabites qui recherchent les causes du fanatisme dans le Chiisme, ignorent qu’ils doivent les chercher dans leurs propres structures. Par ailleurs, les chercheurs sunnites contemporains ont compris que les wahhabites avaient été trompés, pour ne pas avoir correctement étudié les livres sunnites des siècles précédents. C’est pourquoi les penseurs sunnites ont dénoncé les raisons de cet égarement chez les wahhabites et ont expliqué clairement que les chiites n’étaient sous l’influence d'aucun fanatisme et que cela n'était qu'une invention fantaisiste des wahhabites qui découlait de leur confusion entre le Chiisme et les sectes extrémistes.

Après mes recherches, j’ai compris qu'il n'existait que trois manières d’étudier le Chiisme:

I. Celle des groupes wahhabites.

II. Celle des penseurs sunnites.

III. Celle des savants chiites.

Au début de mon travail, je m'appuyais sur les travaux des wahhabites, puis après quelques temps, j’ai découvert la méthode des sunnites et celle des oulémas chiites. Je me suis alors retrouvé face à des contradictions incontestables entre la méthode des wahhabites et celle des sunnites. Il était donc logique de supposer que tous les résultats des wahhabites n'étaient pas justes. Reconnaître les méthodes des wahhabites, malgré ces contradictions, revenait à réfuter les deux autres voies de recherche. Il était impossible d'employer à la fois, les méthodes de recherche wahhabites et les méthodes sunnites, car les commentaires sunnites étaient plus impartiaux que les commentaires wahhabites qui déformaient la vérité et présentaient très mal les particularités du chiisme.

Les recherches des wahhabites sont incapables de nous éclairer sur les croyances chiites. Le Chiisme dont parlent les wahhabites est tout à fait différent de celui des penseurs sunnites. les interprétations wahhabites sont très étranges et ne ressemblent pas du tout à l’image que les grands savants sunnites et chiites nous donnent du chiisme. Les wahhabites sont incapables d'accéder au sens de la Divinité et de la Prophétie ainsi qu'aux autres principes du Chiisme, car les wahhabites sont aveuglés par leur égarement.

Il est étonnant de voir certains sunnites naïfs, accepter le point de vue des wahhabites sur le Chiisme, et se moquer de l'avis de leurs penseurs, alors que les deux groupes parlent de la même chose. Ces gens ne sont pas informés des grandes différences qui existent entre les sunnites et les wahhabites, sur ce sujet. Des divergences qui sont à l'origine d'un grand égarement et viennent d'un manque de connaissances sur les origines du Chiisme.

Les divergences d’opinions entre chiites et sunnites sont apparues au XVIII° siècle, avec la naissance du Wahhabisme. Ces divergences se sont étendues aujourd'hui entre les wahhabites et les sunnites, et il est nécessaire de connaître l'origine cachée de ce problème.

Beaucoup de points qui étaient à l'origine des divergences entre chiites et wahhabites, sont devenus aujourd’hui des causes de divergences entre sunnites et wahhabites.

Les sunnites connaissent bien la différence fondamentale qui existe entre le Chiisme imâmite et l’Extrémisme, et ont souligné à maintes reprises, que les critiques des wahhabites pour discréditer le Chiisme, s'appliquaient en fait, aux idéologies extrémistes et à leurs adeptes, et non au Chiisme.

Si les wahhabites sont responsables des divergences entre chiites et sunnites, ils sont aussi responsables de leurs propres conflits avec les sunnites. Les avertissements des penseurs chiites et sunnites sont compréhensibles et nous ne pourrons arriver à une entente entre ces trois groupes, que quand ce problème aura été résolu.

L’écrivain wahhabite, le professeur Nâsir Qafârî, qui se montre très excessif à l’égard des chiites et les place au banc des athées, a présenté un rapport intéressant sur l’opposition entre les wahhabites et les sunnites au sujet du Chiisme imâmite: “Le lourd dossier des divergences contemporaines au sujet du Chiisme imâmite a attiré mon attention. Certains écrivains comme Muhibb ud-Dîn-i Khatîb, Ihsân Ilâhî Zahîr ou Ibrâhîm Djabhân considèrent les chiites comme des athées, d’autres comme Nashâr, Sulaymân Dunyâ et Mustafâ Shak présente le Chiisme comme une secte modérée qui n’a aucune tendance extrémiste et un certain nombre de penseurs, comme Bihansâvî, sont dans un si grand doute, qu’ils demandent aux savants chiites des explications sur les textes des Muhibb ud-Dîn-i Khatîb et Ihsân Ilâhî Zahîr au sujet du Chiisme ! La vérité se perd ou perd de son éclat dans un tel tourbillon et un si grand vertige"(22)

Mon insistance à connaître l’origine de telles divergences m’a conduit à préparer ma thèse de doctorat sur “Le problème des wahhabites et leur confusion entre les chiites et les extrémistes” et dans cet écrit, j’ai montré que le problème venait d'une simple différence d'interprétation.

Après une recherche sur la façon d’étudier le Chiisme, je me suis rendu compte qu’on ne pouvait employer celle des wahhabites et qu’il existait de grandes divergences entre les wahhabites et les sunnites dans leur présentation du Chiisme.

En employant la méthode des wahhabites pour étudier le Chiisme, nous sacrifions une grande partie du domaine de la recherche et des vérités du Chiisme. Le sujet est abordé dans leurs textes comme si les adeptes des Gens de la Famille prophétique étaient totalement incapables d'expliquer leurs principes. Pour sortir de l'antagonisme entre les sunnites et les wahhabites au sujet des croyances chiites, la meilleure solution est de se référer aux commentaires et aux explications de chiites, comme le docteur Qafârî l'a expliqué au sujet de Sâlim Bihansâvî:

“Lorsqu’il se rendit compte des divergences d’opinions entre Ihsân Ilâhî Zahîr et Mustafâ Shak'a au sujet du Chiisme duodécimain, il se tourna vers les grands savants chiites pour découvrir la vérité et rassembla les résultats de ses entretiens dans le livre "al-Sunnat ul-Muftarâ Alayhâ". C'est ainsi qu'il se rendit compte que les sunnites étaient plus près de la vérité que les wahhabites”.

Même le grand penseur wahhabite, le docteur Hâmid Hafnî Dawûd, recommanda aux sunnites d'abandonner la méthode des wahhabites et de suivre celle des chiites pour éclairer de leur pensée. Dans l’introduction du livre "Aqâyid ul-Imamiya" du feu Muzaffar, il écrit: “Ceux qui pensent être informés sur les croyances, les sciences et la culture chiites par les écrits des ennemis du Chiisme, se trompent, même si ces écrivains semblent compétents, modérés et sincères dans leurs citations et leur recherche sur la pensée chiite”.

Je dois avouer que je n’ai rien trouvé d'intéressant dans les œuvres des historiens et des critiques du Chiisme malgré le temps que j'ai passé à y chercher des explications sur les enseignements des Imams et des membres de la Famille prophétique, et les croyances des chiites en général. J’avais commencé ces recherches avec enthousiasme pour connaître le Chiisme, mais cela n'a fait que m'éloigner de la vérité du chiisme. Les écrits des détracteurs du chiisme ont égaré ma recherche sur ce groupe de musulmans dispersés dans le monde entier. Cette recherche est restée incomplète et stérile. Pour trouver la vérité, j’ai réexaminé une nouvelle fois le dossier de mes recherches et j’ai décidé de connaître cette branche de la religion musulmane en me référant directement aux écrits des chercheurs et des savants chiites. Me disant que leurs savants devaient mieux connaître leurs croyances que leurs ennemis, même si ces ennemis étaient des orateurs habiles et des écrivains de talent.

De plus, un chercheur doit être objectif, c'est une qualité que j’ai tenté d'observer dans toutes mes recherches et tous mes écrits. Cela oblige le chercheur à citer minutieusement les faits. Comment se peut-il qu’un chercheur, même très intelligent, puisse comprendre correctement le Chiisme sans se référer directement aux sources chiites ? Ce serait une méthode très peu scientifique et c’est pour cela que j’ai concentré mes études sur le Chiisme à partir des textes chiites dont j’ai extrait les croyances et l'idéologie, en évitant de tomber dans la même erreur que mes prédécesseurs.

Un chercheur qui travaille sans se référer aux textes de premier degré, effectue à mon avis, un travail non-scientifique, comme ce fut le cas du docteur égyptien, Ahmad Amîn, dans ses écrits à propos du Chiisme qui s'efforçait d’éclaircir quelques points du Chiisme en en faisant une espèce de judaïsme dans l’Islam et en présentant le chiisme comme une invention d'Abdullâh bin Sabâ. Cette théorie est absolument invalide, puisque les chiites détestent ce personnage contre lequel les oulémas chiites ont écrit beaucoup de livres, comme la recherche complète de Muhammad Hussayn Âl-i Kâshif ul-Ghitâ' intitulée "Asl ush-Shî'a Wa Usûlihâ".

Je vous cite ici un exemple qui montre bien le problème de confusion des wahhabites dans leurs écrits: “Les chiites pensent que l’Imam Ali (Que le salut de Dieu soit sur lui) est au milieu des nuages et ils n’aident personne à se révolter à moins que l’Imam Ali ne leur crie (du ciel) de l’aider”.

Or ce sont les partisans des sectes extrémistes qui pensent que l’Imam parle au peuple, du haut des nuages.

Après les entretiens que j'ai eus avec de grands oulémas chiites à Qom, le plus grand centre international scientifique chiite, j’ai compris qu’ils refusaient ces élucubrations et qu'ils admettaient les mêmes choses que les sunnites. Par exemple, le fait que quand l’Imam Mahdî (Que Dieu hâte sa venue) sur qui les sunnites et les chiites sont tous d'accord, lancera sa révolution mondiale, il est dit qu'un ange du ciel "clamera son nom et appellera les peuples à l’aider". Cet exemple montre bien qu'il est impossible de se référer aux textes wahhabites pour avoir une connaissance exacte du chiisme.

Les citations des penseurs sunnites que nous avons données, nous aideront à comprendre la raison de l’échec des wahhabites dans leur approche du Chiisme et les divergences profondes qui existent entre les wahhabites et les sunnites dans ce domaine. La principale raison est l’erreur des wahhabites dans leur interprétation des origines du Chiisme et leur confusion entre le Chiisme et l’Extrémisme.

A partir des citations de ces penseurs sunnites, je voudrais développer maintenant quelques points:

I. La nécessité d'expliquer l'influence de ce problème dans l’aggravation des divergences entre les chiites et les sunnites, d’une part, et entre les sunnites et les wahhabites, d’autre part.

II. la part de cette question dans l’égarement et l’échec des wahhabites dans leur étude du Chiisme.

III. La recherche d'une solution à ce problème pour rétablir l’entente entre ces trois groupes islamiques.

IV. La nécessité d'une présentation de l’image véritable du Chiisme imâmite.

Le plus grand ennemi extérieur de la religion divine est le matérialisme qui développe des idées antireligieuses mais je pense que le plus grand ennemi intérieur est le fait d'inventer et d'ajouter des idées injustes et des concepts incorrects ou contradictoires, qui séparent la raison, la science et la religion, et poussent les gens à l’athéisme. La confusion entre le Chiisme et l’Extrémisme est un exemple d'amalgame de vérités et d'inventions.

V. Cette confusion est la cause majeure qui empêche les wahhabites de faire une distinction entre le Chiisme et l'Extrémisme, alors que les oulémas chiites rejettent toutes les sectes extrémistes, en particulier celles des soufis.

Voilà en gros l’explication de la première étape de la connaissance du Chiisme.

La connaissance des causes de l'erreur des wahhabites à cette étape, est un point très important de la démarche.

Nous pouvons distinguer deux facteurs principaux qui sont à l'origine de cette confusion:

I. L’ignorance des wahhabites des vérités du Chiisme qui résulte de

- L’ignorance des wahhabites sur le sens exact du mot “Extrémisme”.

- L’incompréhension des wahhabites de la philosophie du Chiisme duodécimain.

- L'ignorance des wahhabites de l'opposition chiite à l’Extrémisme.

II. La méthode d’étude des wahhabites qui découle de

- La manière de penser des wahhabites.

- L'abandon des wahhabites de la méthode traditionnelle sunnite de recherche sur le Chiisme imâmite.

Je tiens ici à prévenir le lecteur du danger d'un examen superficiel et à le mettre en garde contre les erreurs qui peuvent apparaître à cette étape.

Les méfaits de cette confusion

Je me contenterai d'indiquer les causes principales de cette confusion:

I. L’erreur des commentaires wahhabites sur les concepts de Divinité et de Prophétie dans le Chiisme.

II. L’erreur de leur commentaire sur la vérité de la religion et des règles religieuses dans le Chiisme.

III. L’erreur de leur commentaire sur les buts du Chiisme.

IV. L’erreur de leur interprétation de certains termes et expressions spécialisées des chiites.

V. L’erreur de leur commentaire sur les références chiites.

VI. L’erreur de leur commentaire sur l'Imâmat dans le Chiisme.

VII. L’erreur de leur commentaire sur l’identité du Chiisme.

VIII. L’erreur de leur commentaire sur les origines du Chiisme.

Ces huit erreurs sont à l'origine d'une erreur encore plus grande dans l'interprétation des particularités du Chiisme et l'amalgame qui est fait entre Chiisme et idéologie extrémiste.

Pour que le lecteur se rende compte des conséquences funestes de ces erreurs, je l’invite à voir deux images

Le schéma numéro 1 montre les causes de l’erreur et de l’égarement des wahhabites, que j’ai figurées par des flèches. Voir p 123.

Le schéma numéro 2, montre le retour de ces flèches pour que le lecteur comprenne que de ces huit erreurs renvoient aux cinq facteurs précédents. Voir p 124

Avant d'étudier les raisons de cette confusion et de son développement chez les wahhabites, il faut prendre quelques points en considération:

I. Cette confusion dans la pensée wahhabite n’est pas apparue soudainement, mais est le résultat de facteurs relativement nombreux qui, au fur et à mesure, ont contribué à la constitution de cette pensée. D'un point de vue scientifique, les problèmes historiques n'apparaissent pas subitement contrairement aux innovations qui résultent en général, elles, d’une inspiration.

II. la connaissance de ces facteurs est difficile, il arrive que certains facteurs qui n'existaient pas à l'origine, apparaissent au fur et à mesure que se développe le phénomène.

III. On ne peut comprendre ces facteurs sans en étudier les origines historiques. C’est pourquoi je me suis référé à tous les textes wahhabites au sujet du Chiisme et après plusieurs années de recherches, j’ai réussi à avoir une vision d'ensemble et à en diagnostiquer les symptômes précis. Après cette recherche, j’ai compris que le problème résidait dans la façon de penser des wahhabites et l’apparition du Wahhabisme à l’époque des Ottomans.

Le gouvernement ottoman, entra dans un conflit de pouvoir avec le gouvernement chiite des Safavides et pour encourager le peuple à participer à la guerre contre les Iraniens chiites, il lança une propagande d'excommunication des chiites. Ce plan s’étendait jusqu'à la Péninsule de l’Inde et poussa Shâh Abdul Azîz-i Dihlavî à écrire le "Al-Tuhaft ul-Ithnâ Asharîyya". Le gouvernement ottoman en répandit un résumé dans les pays sunnites pour envenimer les divergences entre chiites et sunnites. Ce livre a beaucoup influencé les wahhabites et est à l'origine de leur confusion entre le Chiisme et l'idéologie extrémiste.

L’influence de ce livre est très visible chez Muhibb ud-Dîn-i Khatîb, un des précurseurs de la pensée wahhabite et dont le "Al-Khutût ul-Arîza Fî Dîn il-Imamîyya "est un résumé du livre d’al-Tuhfa et une référence des wahhabites, dans leur présentation du Chiisme.

L'influence de l'auteur du livre "al-Tuhfa" est évidente dans les études wahhabites sur le Chiisme et dans les écrits d’Ihsân Ilâhî Zahîr. La situation politique à l'époque de la parution du "Al-Tuhfa" est bien connue, tous les historiens hindous ont rapporté que ce livre avait été rédigé à la fin du 12ième siècle, au moment où les gouvernements partisans du Chiisme et du Sunnisme connaissaient des divergences politiques dans la région d’Û'd de Lakanhû.

Il est évident que ce genre d'écrits, commandés en temps de querelles politiques, sert les buts politiques des rois et des gouvernements, et étaient toujours en leur honneur et dans le sens de leur politique.

Mahmûd Shukrî Alûsî a écrit un résumé du livre d’al-Tuhfa.

Il écrit dans l’introduction de ce livre: “J’offre ce livre au calife de Dieu sur terre, celui qui est le successeur du Prophète pour restaurer la religion, le meilleur pour le peuple, fait régner l'ordre selon un programme minutieux et une pensée profonde, suit la meilleure manière pour contrôler et protéger le peuple et soutient spécialement les savants et les bienfaiteurs de sa communauté…Et il est l’émir des croyants à qui tout le monde doit obéir, le roi des mers et des terres, le sultan, fils du sultan, le roi guerrier, Abdul Hamîd Khân, fils du grand guerrier Abdul Madjîd Khân. Que Dieu le protège, le fasse triompher pour honorer son nom, supprime ses ennemis et en brise l'échine." (23)

Il ajoute: “Je lui offre ce livre en espérant qu’il y jettera un regard et qu'il l’acceptera de ma part. J’ai divisé ce livre en neuf chapitres. Le 1ier chapitre est une présentation de l'idéologie des sectes chiites et de leurs coutumes (24)

Ce livre qui a été publié dans une situation politique très spéciale, a beaucoup influencé la pensée et les études des wahhabites qui en font encore aujourd'hui, leur livre de références scientifiques malgré l'opposition des grands religieux sunnites. Or ce livre est né de la politique et ce qui vient de la politique disparaît aussi avec elle.

Le gouvernement ottoman avait besoin de cacher les vérités du Chiisme, surtout après la chute de Bagdad, sous le gouvernement chiite d’Iran qui représentait un réel danger. Le gouvernement ottoman savait bien que les sunnites n’entreraient pas en guerre contre les chiites imâmites à moins qu'ils ne soient convaincus que les chiites font partie des groupes extrémistes athées et non des musulmans.

C'est ainsi que la confusion et l'amalgame entre le Chiisme et l’Extrémisme fit son entrée dans le contexte politique de cette époque. Les wahhabites l’ont développé et renforcé en s'inspirant de ces textes de propagande pour discréditer le Chiisme et en dénaturer les vérités. Ces textes n'avaient rien d'écrits scientifiques et analytiques, capables de présenter aux lecteurs une démarche rationnelle et documentée.

Après la chute du gouvernement ottoman, de nombreuses personnalités sunnites ont insisté sur la nécessité de revoir la manière de penser des sunnites des siècles précédents, sur le Chiisme.

Le grand religieux sunnite, Cheikh Mahmûd Shaltût, a émis un jugement où il déclarait que le Chiisme était une des quatre branches officielles et reconnues de l'islam et que tout le monde avait le droit de suivre son enseignement.

Voilà donc un bref aperçu sur la confusion historique entre le Chiisme et l’Extrémisme chez les wahhabites. Le lecteur pourra poursuivre cette discussion de façon plus développée, dans les pages suivantes.

IV. Pour étudier cette question, il faut faire une recherche complète et donner une définition exacte de l’Extrémisme, du Chiisme imâmite et des rapports historiques entre le Chiisme, les extrémistes et le Wahhabisme.

En troisième lieu, il faudrait voir s'il existe une quelconque relation entre le Chiisme et l’Extrémisme, ou au contraire, une divergence profonde et historique.

Quatrièmement, il faudrait étudier les connaissances des wahhabites sur le Chiisme, voir s’ils sont assez informés et quelle est la position des wahhabites sur les autres musulmans, comment ils définissent l’Extrémisme, comment les chiites le définissent, quelle est la différence entre les positions des sunnites à l’égard du Chiisme et celles des wahhabites, sur quels critères se fonde la pensée wahhabite et quelles sont les influences de cette pensée sur leur comportement envers les Chiites.

On ne pourra connaître parfaitement ce problème de confusion qu'après en avoir étudié ses multiples dimensions. Il s'agit d'un problème qui menace sérieusement l'union des musulmans et il est indispensable de trouver la solution convenable pour le résoudre.

V. Après une recherche développée sur les œuvres wahhabites qui étaient tombés dans l’erreur de la confusion entre le Chiisme et l’Extrémisme, je me suis rendu compte qu’il existait six sortes d’écrivains:

Un premier groupe d'écrivains étaient à la solde des rois en lutte contre le gouvernement chiite d’Iran, on ne peut évidemment pas parler d'objectivité, dans des livres qui ressemblent à ceux qui furent publiés par les services de renseignements travaillant au profit des colonialistes. Des livres qui vantaient la politique étrangère des gouvernements anti-chiites sans avoir aucune idée des vérités du Chiisme. Ces écrivains étaient au service de la cour et jouèrent un grand rôle dans le développement de la confusion idéologique du Chiisme et de l'extrémisme.

Le second groupe est celui de gens naïfs, trompées par le premier groupe, des gens qui faisaient confiance à ce genre d'écrivains et admettaient que le Chiisme imâmite faisait bel et bien partie des sectes égarées et non des écoles musulmanes officielles. Je faisais partie moi-même de ce groupe à l'époque où j'écrivais " La relation entre le Chiisme et l'Extrémisme".

le troisième groupe est constitué de gens qui ne sont pas naïfs, mais ne sont pas assez intelligents pour éviter le piège et qui, sans comprendre, parlent d’Extrémisme pour des mouvements qui ne s'en réclament pas et attribuent aux chiites, sans aucun argument, des idées auxquelles les chiites sont totalement étrangers. Ils ne distinguent pas le polythéisme manifeste qui fait sortir de l’Islam, du polythéisme secret qui existe chez beaucoup de musulmans, mais ne les exclue pas pour autant de l'ensemble de la communauté, et ne différencient pas les divers degrés de l’athéisme qui font ou non, qu'une personne ne soit plus considérée comme musulmane. Ils excommunient tous les membres des écoles qui ne sont pas d’accord avec eux et mettent ainsi un grand nombre de musulmans au nombre des mécréants.

Le quatrième groupe est celui de ceux qui mélangent opinions religieuses et opinions politique, et condamnent toute pensée opposée aux leurs. Sans discuter, sans étudier les autres religions, avant d’écouter les paroles d’autrui et sans aucune connaissance, ils jugent et décrètent que tous les opposants sont des injustes et des impies. Ils considèrent tout avis opposé comme une émanation de l’Extrémisme et le rejettent en bloc.

le cinquième groupe est celui de gens qui ne connaissent pas les problèmes que le Wahhabisme a créés au Chiisme et le défendent aveuglément, reniant même parfois des opinions admises à la fois chez les chiites et les sunnites. Cette défense fanatique du Wahhabisme leur fait perdre la raison et les entraîne dans des conflits plus émotifs que pertinents. Au lieu de répondre aux questions des chiites, ils les accusent et leur renvoient tout ce qu'ils ont lu dans les livres sur l’Extrémisme et ses sectes.

Ce groupe a beaucoup aidé à la généralisation de la confusion historique entre le Chiisme et l'extrémisme.

Les wahhabites se trouvent faces à une série de questions scientifiques de la part des chiites et même des sunnites, et à cause de leur incapacité à répondre et la conscience de la grave impuissance qui existe dans leur pensée, ils s'efforcent de défendre à tout prix le Wahhabisme, dans un projet dangereux qui ne fait que dénaturer les vérités et les particularités du Chiisme. Leur unique but est de renforcer leur front et ils font tout pour y arriver. Le discrédit du Chiisme fait partie de leur tactique défensive. Ils ne prêtent aucune attention aux vérités du Chiisme et se permettent de discréditer et de calomnier le Chiisme pour renforcer leurs positions.

Le sixième groupe est le plus dangereux, constitué par des écrivains anti-chiites qui se présentent comme des wahhabites alors qu'ils sont détestés à la fois par les wahhabites et les grands religieux sunnites qui les ont rejetés après avoir compris les mauvaises intentions de ces personnages qui ne recherchent que le pouvoir et la richesse. Ils se sont alors réfugiés et dissimulés dans les rangs wahhabites pour réaliser leurs plans funestes.

Abdullâh Alî Qasîmî Nâdjî faisait partie de ce groupe. Il a voyagé en Arabie saoudite et en Egypte où il s’est querellé avec les oulémas d’al-Azhar qui l’ont expulsé. Puis il a écrit un livre "La Révolution Wahhabite" qui a bien plu aux wahhabites et a obligé le monde sunnite à réagir. Il est aussi l'auteur d'un autre livre " La lutte entre l’Islam et l'Idolâtrie" dans lequel il présente les chiites comme des idolâtres. Ce livre a beaucoup plu aussi aux wahhabites. Mais, l'écrivain est tombé peu à peu dans l’impiété, a renié les religions divines et s'est mis à attaquer les Prophètes. Après ces événements, les wahhabites l’ont également rejeté bien que l’image qu’il avait donnée du Chiisme, dans ses livres, ait réussi à impressionner les esprits et soit restée dans les mémoires.

VI. L’un des facteurs très importants qui a contribué au développement de cette confusion historique était le caractère ambigu de certaines expressions au premier et deuxième siècle de l'hégire. A cette époque, on accusait le Chiisme de faire partie de sectes que le Chiisme imâmite lui-même, rejetait. Cette atmosphère donna aux ennemis du Chiisme l’occasion d'attaques au niveau culturel et l'occasion d’accuser les chiites de faire partie de certaines sectes extrémistes qui se réclamaient, elles aussi, du "Chiisme".

Cette confusion entre les sectes qui se réclamaient du "Chiisme" et le Chiisme imâmite duodécimain qui correspond à une école précise, a causé beaucoup de malentendus et a fait que les accusations d'impiété faites à ces sectes par les chiites et les sunnites, soient par erreur, attribuées au Chiisme imâmite.

Il est évident que si l’on ne donne pas la définition exacte de certains mots et leurs limites sémantiques, certaines personnes profiteront de cette occasion pour tromper les gens et accuser le chiisme de toutes sortes de déviations.

VII. Un autre facteur qui les poussa a faire un rapprochement entre le Chiisme et l’Extrémisme fut la présence au premier siècle de l'hégire, de certains groupes extrémistes dans la ville de koufa, or d’après des témoignages historiques, ce groupe était très restreint et ils finirent par disparaître totalement après avoir été chassés par la communauté chiite de cette ville.

Généralement, quand le Chiisme duodécimain s'installait dans une région, les partisans des sectes extrémistes était obligés de quitter les lieux. Je m'expliquerai sur ce sujet par la suite.

VIII. Les Omeyyades et les Abbassides imposaient des tortures, menaçaient et éliminaient les membres de la Famille du Prophète qui jouissaient d'un grand prestige auprès des musulmans. Il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui, les chiites soient encore victimes de l’oppression des héritiers de ces mêmes groupes et soient accusés d'impiété, pour justifier les crimes de ces tyrans. Comment les opprimés peuvent-ils se défendre contre ces groupes de dominants ?

Les origines et le développement de l'amalgame entre le Chiisme et l’Extrémisme

J’ai expliqué que la première raison de cette déviance idéologique était l’ignorance des wahhabites, des principes du Chiisme imâmite.

Cette ignorance des wahhabites a trois causes:

I. L’ignorance des wahhabites du sens exact du mot “Extrémisme”.

II. L’ignorance des wahhabites des principes du Chiisme duodécimain.

III. l'ignorance des wahhabites des positions du Chiisme sur les sectes extrémistes et leurs partisans.

je me contenterai de développer le premier point, les autres questions seront traitées en détail, dans mon autre livre " L'avis du Chiisme imâmite sur les sectes extrémistes".

Ignorance du sens du mot "Extrémisme"

L’Extrémisme est une attitude que toutes les écoles musulmanes ont rejetée. On ne trouve aucune école islamique qui reconnaisse l’extrémisme à cause des avertissements répétés du Coran et de l'exemple donné à la communauté par le Prophète, deux références qui ont prévenu la communauté musulmane du danger de l’égarement religieux qui découlait des positions extrémistes. L’histoire de l’Extrémisme a coïncidé avec celle de l’égarement. Aucune forme d'égarement n'est apparue sans l'apparition d'idéologies extrémistes et il est prouvé du point de vue historique, que l’égarement dans toutes les écoles, mêmes islamiques, a toujours été le résultat de tendances et de positions extrémistes.

Je ne pourrai citer tout ce qui a été dit, au sujet de l’Extrémisme et de ses dommages, dans le Coran et la Tradition prophétique, et je n’ai pas l’intention de m'étendre sur les sectes extrémistes et l'histoire de leur apparition, ni sur les influences de la sorcellerie, du judaïsme ou du christianisme. Je ne révélerai qu'un aspect caché, en relation étroite avec notre sujet, et sur lequel personne n’a encore fait de recherches, c’est-à-dire: L'étude du sens et de la définition de l’Extrémisme dans l'idéologie wahhabite.

Depuis le 18ième siècle de l’ère chrétienne, date de l'apparition du Wahhabisme, jusqu’à nos jours, les wahhabites ont donné une définition de l’Extrémisme très différente de celle des chiites et des sunnites, et qui englobe finalement toutes les autres écoles musulmanes.

Quand j’étudiais au centre d'enseignement et de formation wahhabite, en Arabie Saoudite, on nous donnait de l’Extrémisme une définition qui s'appliquait à la majorité des sunnites Même les Mâtorides et les Ash'arites n'échappaient pas à nos accusations ! Quant à la position des wahhabites sur le Chiisme, elle était très claire.

Cet enseignement avait une très mauvaise influence sur moi et les autres étudiants. La première conséquence était qu'après avoir accusé ces "sectes" d'égarement, nous ne pouvions plus nous permettre d’étudier leurs idées et leur pensée. Nous éprouvions de la méfiance envers leurs savants et n’avions aucune envie de dialoguer avec eux.

Le savant sunnite contemporain, Yûsif Qarzâvî, nous décrit ainsi cette situation regrettable qui découle de la rancune et de l’hostilité des wahhabites: “Ce sont les ennemis de l’Islam qui profitent de l’inversion des blasons islamiques, de la rupture des symboles et du discrédit des mérites qui sont devenus le souhait de certains musulmans. L’année dernière lors de mon voyage en Arabie Saoudite, j’ai malheureusement découvert une collection de livres publiés par certains partisans des salafites (les wahhabites fondamentalistes), dans lesquels ils blâmaient et accusaient les oulémas et les savants. Ils n’avaient négligé aucun savant contemporain ou des siècles précédents et les avaient tous condamnés, sans faire la moindre différence entre les morts et les vivants”.(25)

Le doyen sunnite contemporain, Muhammad Ghazzâlî, considère les idées wahhabites sur la religion comme anormales et bizarres et il estime qu'ils sont les ennemis les plus dangereux de l’Islam: “La croissance de l’Islam est menacée par certaines idéologies dont la plus dangereuse est une pensée religieuse d'apparence traditionaliste et fanatique, que détestent même certains wahhabites " (26)

Il serait bon que les wahhabites tiennent compte de ces paroles et fassent une critique de leur présentation et de leur commentaire de l’Extrémisme. Il est impossible de réviser ses points de vue et de distinguer ses erreurs sans autocritique.

Je rappellerai que le mot "Extrémisme" a deux emplois, un dans le Fiqh et l'autre dans la science des Hadith. Celui qui entraîne l’apostasie et l’athéisme est le sens entendu dans le Fiqh. Le qualificatif attribué dans l’histoire et la science des hadiths, à certains narrateurs de hadiths, est très loin du sens qu'il revêt dans le Fiqh.

Shahristânî chiite ash'arite écrit: “Les extrémistes sont ceux qui exagèrent les attributs de leurs guides, les sortent des limites de la créature et les comparent à Dieu. Ils comparent parfois leurs guides à Dieu et quelquefois, Dieu à leurs guides, soit ils exagèrent soit ils minimisent. Ce doute vient de l'idée d'une incarnation de Dieu dans l’homme, de la croyance à la métempsycose et des enseignements du judaïsme et du christianisme." (27)

Ce passage nous permet de comprendre que l’Extrémisme qui aboutit à l’apostasie, doit remplir l'une des deux conditions:

I. Attribuer la divinité à l’homme et l'élever au niveau de Dieu.

II. Dévaloriser Dieu et le rabaisser au niveau des créatures.

L'incarnation ravale Dieu au niveau humain et la divinisation élève le genre humain au niveau de Dieu.

Une simple recherche sur les sectes extrémistes nous permettra de comprendre ces deux principes importants de leur pensée.

Par contre l’Extrémisme dont il s'agit dans la science des hadiths et que l’on attribue à certains narrateurs, concerne les principes secondaires de l’Islam et non les principes élémentaires, et ne conduit pas à l’apostasie ni au polythéisme. C'est la confusion entre ces deux points qui a induit les wahhabites en erreur.

L’écrivain wahhabite contemporain, Abd ur-Rahmân Abdullâh Zar'î, dans son livre " Ridjâl ush-Shî'a Fil-Mîzân" est tombé dans cette erreur et n’a pas pu discerner ces deux domaines différents.

L'étude des livres sunnites sur les chaînes de hadiths, nous montrera qu’ils emploient le mot "Extrémisme" pour des gens qui ont une opinion différente sur la question de la supériorité des Compagnons du Prophète, mais ne leur attribuent jamais le degré divin qui les ferait entrer dans les limites de l’apostasie.

Au fur et à mesure, les wahhabites ont pris des distances vis-à-vis du sens courant du mot "Extrémisme" dans la pensée sunnite, et en ont étendu les limites de telle sorte que cette déviance s'est appliquée également aux sunnites qui ont été aussi sévèrement accusé d'Extrémisme que les chiites.

Conséquence de l'extension du champ sémantique du mot "Extrémisme"

L’effet le plus manifeste de cette extension est le comportement des wahhabites à l’égard de leurs opposants qu'ils accusent tous d’Extrémisme, dans des conflits artificiels dont j'indiquerai quelques exemples:

I. Intoxication et scandale au sujet des Attributs de Dieu. (28)

Les wahhabites accusent d’Extrémisme tous ceux qui s’opposent à leur avis sur les Attributs de Dieu. Des dizaines de livres pour réfuter les avis sunnites et chiites sur ce sujet, ont été publiés par les wahhabites qui ont fait grand bruit dans le monde musulman. Cette discussion au lieu d’être un point d’union entre les musulmans, a été transformée, par les wahhabites, en un sujet de tensions et de convulsions dans la communauté musulmane.

Le savant sunnite, Muhammad Âdil Azîza, s'est évertué à faire comprendre aux wahhabites que les ash'arites et les mâtorides ne faisaient pas partie des sectes extrémistes et qu'Ibn-i Kathîr-i Damishqî, ouléma, respecté des wahhabites, en avait fait partie sans partager pour autant les idées des sectes extrémistes sur les Attributs divins. (29)

La plupart des sunnites et des chiites qui ont interprété les versets coraniques sur les Attributs divins, n’ont trouvé aucune relation entre ces versets et les idées des sectes extrémistes et ont sévèrement critiqué la méthode d'interprétation wahhabite de ces versets.

Mohammad Âdil Azîza dans son livre sur l’avis d’Ibn-i Kathîr-i Damishqî au sujet des versets coraniques concernant les Attributs divins, explique ainsi le but de son livre: “J’ai publié ce livre afin de résoudre les divergences d’opinion et de diminuer l'hostilité entre les musulmans, car de nos jours, beaucoup de grands sunnites à cause de leur interprétation des versets coraniques sur les Attributs divins sont exposés à de nombreuses accusations et calomnies de la part des wahhabites”.

La lecture de ce livre permettra de comprendre qu’il existe une autre manière d'interpréter les versets que celle des wahhabites. Ce petit écrit consiste en quelques passages d’Ibn-i Kathîr-i salafite au sujet des versets coraniques concernant les Attributs divins et empêchera tout musulman honnête d’accuser et de jeter l'anathème sur celui dont les paroles ressembleraient à celles d’Ibn-i Kathîr, célèbre pour sa science, son exactitude et son honnêteté intellectuelle. Le passage d'Ibn-i Kathîr rapporte d’Ibn-i Abbâs, un commentaire du 42ième verset de la sourate "Le calame":

“Le jour où les jambes seront mises à nu, ils seront appelés à se prosterner et ils en seront incapables”. (30)

On se demande pourquoi les wahhabites accusent ainsi d'extrémisme la communauté chiite et sunnite, à cause de leurs interprétations des versets sur les Attributs divins. Cette attitude est apparue au 18ième siècle, avec toutes sortes d’attaques et de critiques aveugles sur les deux écoles du Chiisme et du Sunnisme. On peut comprendre la profondeur de cette tragédie en étudiant les réactions des sunnites et des chiites.

Le savant sunnite contemporain, Muhsin Abd ul-Hamîd, dénonce un véritable drame: “Avec mes collègues, nous assistons aujourd’hui à un mouvement qui s'imagine être chargé de réformer les croyances religieuses et de lutter contre les manifestations du polythéisme dans la communauté musulmane. Un mouvement qui a envahi tous les centres culturels, avec des discussions inutiles au sujet du commentaire des versets sur les Attributs divins…Cette situation pénible fut le premier facteur qui me poussa à réexaminer ces versets”. (31)

L'obscurantisme des wahhabites, depuis la naissance de ce mouvement, a fait beaucoup de victimes même parmi les plus grands savants. Le penseur contemporain, le docteur Muhammad Ayyâshî Kabîsî, en parle ainsi: “Les troubles causés par les wahhabites m’ont obligé à consacrer ma thèse de doctorat à ce sujet et à faire une comparaison systématique de tous les Attributs divins dans le Coran et des différentes interprétations des oulémas anciens et contemporains, à ce sujet. Ces recherches nous ont permis de concevoir des divergences de commentaire des versets, sans en faire une frontière entre la foi et l’impiété, ou entre le Monothéisme et le Polythéisme”.(32)

Quand j’étais wahhabite, je m'imaginais que tous ceux qui avaient une opinion différente de la nôtre sur les Attributs divins, étaient à coup sûr des extrémistes dépravés.

Quand j’étudiais à la faculté d’Ibn-i Sa'ûd en 1988, je critiquais beaucoup les sunnites qui n’acceptaient pas les idées wahhabites, et détestais des savants comme Abdul Fattâh Abû Ghada, Muhammad Ghazzâlî Misrî, Mohammad Alî Sâbûnî, Hassan al-Bannâ et des dizaines d'autres qui avaient une autre opinion que celle des wahhabites sur l'interprétation des versets concernant les Attributs divins. Ce n'est qu'après être sorti du piège du Wahhabisme que je compris les conséquences désastreuses de ce genre d'opinions.

J’ai côtoyé beaucoup de wahhabites et dans mes discussions, je citais, et je les cite encore, les paroles de savants dont les wahhabites reconnaissaient l’exactitude et l'honnêteté intellectuelle. Dans les discussions avec les wahhabites, il est impossible de mentionner le nom et les opinions du grand savant chiite, Cheikh-i Tûsî. Comment pourraient-ils en entendre les idées alors qu'ils ne supportent même pas d'entendre seulement le nom de ce grand savant ?

Il vaut mieux citer premièrement les mêmes opinions de la part d'Ibn-i Kathîr pour qu’ils acceptent d'écouter ensuite celle d’un savant chiite comme Cheikh-i Tûsî. Il est évident que cette méthode est utile quand on s'adresse à des wahhabites qui sont en fait, des gens naïfs piégés et non des gens de mauvaise foi. C'est à eux que je m'adresse car ce sont des gens qui ont besoin de traitement et non de jugement. Il faut les traiter comme un médecin traite ses malades et tout faire pour les sauver de cette maladie.

Ces wahhabites ont reçu une formation qui leur fait penser que chaque avis opposé vient de l'impiété et de l'extrémisme, et ils ne savent pas que ce ne sont là que des chimères issues de leurs esprits malades.

Moi aussi autrefois, je baignais dans ces chimères. Je m'imaginais que nous étions les seuls délivrés et que tous les autres étaient entraînés dans le torrent de l'erreur et de l’extrémisme. Je pensais être un médecin chargé de sauver un malade atteint d’extrémisme et c’est pour guérir que j’avais entrepris d'écrire le livre "al-Silatu Bayn il-Ithnâ Asharîyya Wa Firaq ul-Ghulât". Avant la parution du livre, j’ai pris soudainement conscience que c'était moi qui étais le véritable malade et que mon malade, le chiisme imâmite était le professeur chargé de me guérir et de combattre ce dangereux virus dont j'étais atteint. La situation avait changé, le médecin avait pris la place du malade.

J’étais comme un médecin atteint d'une tumeur au cerveau qui pensait que tout le monde avait un cancer. C'est alors qu'un spécialiste du cancer se trouvant, par hasard parmi les malades, comprit que le médecin qui s'imaginait que tout le monde était malade, était lui-même gravement atteint. Tout changeait et le médecin a dû être soigné.

Aujourd’hui, je sais que les chiites imâmites ne souffrent aucunement d’extrémisme et qu’au contraire, ce sont les wahhabites qui souffrent d’une maladie plus grave qui est celle d'une confusion intellectuelle qu'ils doivent soigner au plus vite. Je sais que la majorité des wahhabites sont des gens naïfs et malades, et non des malfaiteurs qui ne chercheraient qu'à défendre leurs intérêts. C'est pourquoi pendant mes entretiens avec eux, je les traite comme le ferait un médecin qui veut guérir et j’essaie de les débarrasser de cette maladie funeste. Atteindre ce but n’est possible que par la douceur "

Mohammad ! Si tu avais été sévère et sans cœur, ils t’auraient sûrement abandonné"(33)

On ne peut guérir une déviation mentale par la force et la sévérité. Je ne parle que d’union des musulmans à cette étape et de rapports pacifiques dans des entretiens scientifiques, dans l’entente et la détente, sans soumission à l’avis des autres, sans mutisme ou renonciation à nos idées.

II. Les wahhabites considèrent certaines croyances comme faisant partie des principes élémentaires de la religion et la frontière entre l’impiété et l’Islam, alors qu’elles ne sont que des points secondaires sur lesquels il est possible de discuter. Les wahhabites ne réussissent pas à faire une distinction entre les principes secondaires et les principes élémentaires. C’est pour cela qu’ils considèrent comme des extrémistes et des exclus de l'islam, ceux qui s’opposent à eux sur n’importe quel point religieux.

Tous les points concernant les croyances religieuses, sont placés au niveau des principes élémentaires de la religion, alors qu'il est évident que tout point concernant les principes de la religion fait partie des croyances religieuses, mais que chaque point concernant les croyances religieuses n’est pas automatiquement à mettre au nombre des principes élémentaires de la religion. Il ne faut confondre ces deux domaines.

Nâsir Qafârî dans son livre "Mas'alat ut-Taqrîb" insiste sur cette distinction et refuse sévèrement tout conflit, quand ces divergences d’opinions ne font pas partie des principes élémentaires pour aucune des deux parties. Il s'agit parfois de questions que les sunnites ne considèrent pas comme faisant partie des principes élémentaires ou des points de jurisprudence (Fiqh) qui n’ont aucun rapport avec les principes élémentaires de la foi.

Muhammad Abd ul-Halîm est un homme respecté par les wahhabites. Il a abordé ce sujet de cette manière: “C’est une nouveauté d'appeler principes fondamentaux, des points concernant les croyances. Les théologiens et certains docteurs de jurisprudence ont divisé les principes religieux en deux parties: les principes de la foi et les règles pratiques. Etant donné que les règles pratiques concernent le Fiqh et qu’elles diffèrent des principes de la foi, on les a aussi parfois appelées "les détails de la religion" par rapport aux " principes élémentaires de la religion". Cette dénomination s’est répandue chez les sunnites, sans conserver à l'esprit les raisons de cette nomenclature. On attribue parfois les principes de la religion aux questions concernant les croyances, afin d’exprimer le degré spécial des croyances par rapport aux pratiques (devoirs religieux) mais cela ne signifie pas qu’il n’existe pas dans les principes de croyances religieuses, des détails et des aspects secondaires”.(34)

Il sait que ce point est un extrait des paroles d’Ibn-i Taymîyya et il en cite les termes pour expliquer que l’on ne doit pas confondre les principes de la religion et les principes secondaires de la pratique religieuse.

Dieu sait que j’ai très souvent, essayé d’établir une détente entre les chiites, les sunnites et les wahhabites, mais, je me suis rendu compte au fur et à mesure, que c'était les wahhabites qui envenimaient les discussions.

Il existe peu de livres que je n’ai pas lus minutieusement et j’ai finalement compris que le trouble des wahhabites venait d’une confusion sur deux points: une confusion entre le Chiisme et les sectes extrémistes, et une autre, entre les principes élémentaires de la religion et les principes secondaires de la pratique. Cette confusion est une déviation intellectuelle des plus dangereuses - je le savais pour l'avoir expérimentée personnellement - j’ai donc commencé à en chercher les causes et les thérapies.

Les troubles religieux et les effusions de sang dont nous avons été témoins dans diverses régions du monde musulman (par exemple au Pakistan) sont le résultat de l'idéologie de wahhabites comme Ihsân Ilâhî Zahîr. Cette secte a publié des centaines d'articles, d’interviews et de livres au sujet de la ressemblance entre, le chiisme et d’autres sectes musulmanes (à l'exception du Wahhabisme) et les sectes extrémistes. Ce sont eux qui ont fait les plus grandes confusions et ont mêlé de façon très troublante le Chiisme, la secte des Sabéens et d'autres idéologies extrémistes.

Il est indispensable de sauver ces personnes simples et naïves. Ce livre a pour but d'ouvrir une voie au dialogue entre les chiites et les wahhabites.

Par exemple, quand on veut présenter à un wahhabite le “recours" (l'intercession) au Saint Prophète après sa mort, (35) on doit d'abord lui demander si cette question dépend à son avis, des principes de la religion. S’il ne la considère pas comme un des principes de la religion, une discussion et une recherche opposées à l’avis des wahhabites n’entraîneront pas automatiquement la condamnation d’athéisme et le rejet hors de l’Islam. Par contre, s’il la considère comme un des principes élémentaires de la religion, il faut lui rappeler que les grands savants divisent les principes de croyances en deux parties, les principes élémentaires et les détails, et que tout point concernant la religion ne fait pas nécessairement partie des principes élémentaires, comme l'ont souligné les savants des quatre écoles sunnites. Il est possible ici de citer les avis de certaines personnalités honorables aux yeux des wahhabites, comme Cheikh Hassan al-Bannâ qui dit à ce sujet: “Si l'on invoque Dieu avec le recours à une créature, cela est discutable en tant que point secondaire dans les détails de la prière, mais ne peut être discuté au niveau des principes élémentaires”.(36)

Après avoir pris conscience que les divergences sur cette question concernent des points secondaires et non les principes élémentaires, on dispense ce wahhabite d'accuser d’athéisme ou de polythéisme à tort et à travers, car les divergences sur les principes secondaires ne nécessitent pas le recours à l'anathème.

Le doyen sunnite contemporain, Muhammad Ghazzâlî, n’a également trouvé aucune raison logique justifiant l’accusation des wahhabites au sujet de ce recours. (37)

III. Juger sur un seul hadith les croyances religieuses est une autre erreur dangereuse des wahhabites qui, dans le domaine des principes de la religion, décrètent en fonction d'un seul hadith et accusent d’extrémisme leurs opposants qui ne considèrent pas, comme eux, licite de définir les principes de croyance, en s'appuyant sur une seule riwâyat. C'est ainsi que sont nées des querelles qui ressemblent plus à une dangereuse guerre qu’à une discussion scientifique.

Depuis longtemps cette question a été l’objet d'un débat entre les savants musulmans sans aboutir pour cela à des querelles, à l’anathème ou à une quelconque accusation de polythéisme. Les wahhabites en traitant cette question d’innovation et de polythéisme, ont transformé le dialogue scientifique en un problème trouble et obscur. Citons par exemple, le livre de Hudjdjîyyat ul-Âhâd Fil-Aqîdat-i Wa Shubahât il-Mukhâlifîn, écrit par Cheikh Muhammad bin Abdullâh Wahabî.

Celui qui lit les livres des wahhabites ou participe à leurs réunions, se rend vite compte qu’ils accusent d’extrémisme tous leurs opposants, chiites ou sunnites. Ils qualifient d'extrémiste tout musulman qui s'oppose à eux, dans n’importe quel domaine et étant donné le sens qu’ils donnent à certains mots, la majorité des musulmans tombe automatiquement dans la liste noire des extrémistes égarés!

Les wahhabites ont dénaturé les règles pour définir le sens du mot "Extrémisme" et ont dépassé les frontières que le Coran et la Tradition avaient fixées. Ce sont les wahhabites qui ont donné une signification bizarre à ce mot, faisant de beaucoup d’oulémas chiites et sunnites des extrémistes et des apostats.

De nos jours, les wahhabites considèrent de nombreux avis sur le Coran et les Traditions comme des symboles d’extrémisme et si cette situation continue, nous ne pourrons plus trouver dans le monde, aucune personne dont la modération pourra être confirmée par les règles wahhabites !

Il faut que les wahhabites sachent que le fait de refuser le jugement sur un seul hadith, dans les croyances religieuses, ne vous met pas automatiquement au nombre des extrémistes et ne vous fait pas sortir des limites de l’Islam et de la foi.

Refuser le jugement sur un seul hadith, dans un point concernant les croyances, n'entraîne pas l’impiété. Âyisha et Umar – les deux personnalités chéries des wahhabites- se comportaient ainsi: les sunnites rapportent que Umar a cité un hadith du Prophète que Âyisha a refusé par la suite. (38)

Comment un seul hadith dans lequel il existe une possibilité de faute ou d’oubli de la part du narrateur, peut-il être l’origine d'une accusation d'impiété contre un musulman ? Est-ce qu’il est logique qu’on accuse un musulman d’extrémisme et d’athéisme, sous prétexte qu’il n’accepte pas le jugement des wahhabites sur un hadith ? Ibn-i Taymîyya a dit: “Les Compagnons ont refusé beaucoup de hadiths que les narrateurs de hadiths reconnaissent comme justes”.

Les wahhabites reconnaissent le jugement sur un seul hadith dans le domaine des croyances et c'est pour cette raison qu’ils introduisent dans les principes de la religion, des idées et des pratiques qui sont très éloignées de l’Islam.

C’est une vérité douloureuse, car cela les a conduis à porter toutes sortes d’accusations et à inventer des croyances bizarres et irrationnelles, en s'appuyant sur ces riwâyat isolées. Ils considèrent ensuite, selon une méthode rejetée par la communauté, comme athée, celui qui refuse ces nouvelles croyances.

Or Qâzî Ayyâz dit: “Ibn-i Qâsim et Ibn-i Wahab ont dit que l'histoire des habitants de Médine était plus acceptable, pour nous, que certains hadiths isolés (39)

L’imam des sunnites, Mâlik, a aussi abandonné beaucoup de hadiths isolés qui étaient en contradiction avec l'Histoire des habitants de Médine. Comment les wahhabites peuvent-ils justifier ces citations ?

Cheikh Yûsif al-Qarzâvî a écrit: “Les Hambalites ont des opinions différentes sur cette question, car les hadiths reçus d’Ahmad-i Hanbal diffèrent, mais je suis sûr que la plupart des chercheurs hambalites ne considèrent pas un hadith isolé, comme un critère suffisant de jugement. Abwî Alî, Abd ul-Khattâb, Ibn-i Quddâma et même Ibn-i Taymîyya ont insisté sur ce point”.(40)

Les wahhabites sont-ils informés que leur imam, Ibn-i Taymîyya, a dit que ce qui faisait partie des hadiths isolés rendait difficile l'extraction des principes élémentaires de la religion et les bases de la foi ? (41)

Shâtibî a dit: “La supposition n'est pas acceptable pour les principes de la religion, car il est toujours possible d'imaginer une probabilité contradictoire, cependant cela est licite pour les détails du Fiqh et cette méthode a toujours été utilisée par les religieux, tant qu’il existait des raisons pour la justifier (42)

La communauté sunnite n'a jamais utilisé des Hadiths isolés dans le domaine des croyances religieuses, parce qu’elle n’était pas sûre de leur démonstration. C’est l’avis de beaucoup de savants comme Imam ul-Haramayn, Sa'd, Ghazzâlî, Ibn-i Abd ul-Barr, Ibn-i Athîr, Safîy id-Din-i Baghdâdî, Ibn-i Quddâma, Abd ul-Azîz-i Bukhârî, San'ânî, Ibn-i Abd ush-Shâkir, Shanqîtî et des dizaines d’autres.

Khatîb-i Baghdâdî a écrit: “Un hadith isolé dont il est impossible de prouver l'exactitude ne peut servir dans la définition d'aucun point religieux”

Abû Ishâq-i Shîrâzî a dit: “Un hadith isolé n'apporte aucune connaissance"(43)

Ghazzâlî a dit: “Un hadith isolé ne nous fait rien connaître, alors que la connaissance fait partie des nécessités de la religion. On ne peut confirmer tout ce qu’on entend, car confirmer deux récits contradictoires, aboutirait à l’union absurde des contraires”. (44)

Ibn-i Abd ush-Shakûr a aussi dit: “Les savants musulmans sont unanimes sur le fait qu'un hadith isolé attribué à quelqu'un d'autre que les Infaillibles, est inutile et incertain, même accompagné de témoignages…Si on accepte qu'un hadith isolé puisse mener à la connaissance, et que par exemple, deux personnes justes peuvent rapporter deux hadiths contradictoires, la confirmation de ces deux hadiths contradictoires conduira à l'union absurde de deux contraires”(45)

Abd ul-Qâhir-i Baghdâdî a écrit: “On peut agir selon les hadiths isolés qui ont des documents corrects et qui ne contiennent pas d'illogisme, bien qu’ils ne puissent pas être à l’origine d'une quelconque certitude”.(46)

Biyhaqî a dit: “Nos oulémas n’utilisent pas les Hadiths isolés dans le domaine des Attributs divins, sans en chercher l'origine dans le Coran et le Consensus” (47)

Fakhr-i Râzî a rapporté: “Les théologiens des hadiths isolés n'ont aucunement aidé à la connaissance”.

Et il a dit aussi: “Certains, en s'appuyant sur des hadiths isolés, parlent de l’Essence divine et de Ses Attributs, bien que ces Riwâyat soient très loin de la certitude et n'engendrent aucune conviction”.(48)

Muhammad Ghazzâlî, écrivain égyptien, partage cet avis et déclare: “Il y a un demi-siècle que j’ai terminé mes études à l’université d’Al-Azhar et j’enseigne depuis très longtemps. J’ai trouvé des hadiths sur lesquels nous pouvons nous appuyer pour donner des jugements religieux jusqu’au moment où une raison plus forte sera découverte. La théorie de la certitude complète sur des hadiths isolés est une erreur, rejetée par la raison et les citations”.

Il ajoute dans un autre écrit(49): “Une riwâyat isolée n'est qu'une probabilité, son champ d'interprétation ne s'applique qu'aux détails de la religion et non aux principes élémentaires. J’insiste sur ce point…Malheureusement, aujourd’hui, certains veulent démontrer leurs croyances en s'appuyant sur des riwâyat isolées et considèrent comme athées tous ceux qui s’opposent à eux. Cela n’est à mon avis, qu’une forme particulière d’extrémisme idéologique”.(50)

Yûsif Qarzâvî a dit à ce sujet: “Les affaires concernant les croyances doivent être fondées sur des certitudes et non sur des suppositions, d’autre part, les riwâyat isolées, même avec des documents justes, ne sont pas suffisantes pour nous mener à la conviction. Seul un hadith transmis par une chaîne multiple et ininterrompue (mutawâtir) est convaincant. Les versets coraniques confirment le premier point quand Dieu blâme les païens en disant:

Ils n'en ont aucune connaissance, ils suivent une simple conjecture. La conjecture ne sert à rien contre la vérité(51).

Les théologiens, eux, certifient le second point. "Cette méthode vis-à-vis des riwâyat isolées, au sujet des croyances religieuses, est très courante”.(52)

Sayyid-i Qutb a dit: “Dans le domaine des croyances, nous ne sommes pas autorisés à utiliser des riwâyat isolées. Nous devons nous référer au Coran et aux hadiths dont la chaîne de transmission est multiple et ininterrompue. L'utilisation d’un hadith concernant la croyance, exige une continuité dans sa chaîne de transmission”.(53)

Mahmûd Shaltût dit aussi: “Tous les oulémas et les savants sont d'accord sur le principe qu'une riwâyat isolée n'est nullement convaincante et qu'elle risque de conduire à de graves erreurs, dans le domaine des croyances. Les chercheurs compétents ont insisté sur ce point indiscutable…Et je pense qu'il s'agit d'un consensus incontestable”.(54)

Il existe des dizaines d'autres citations de grands savants sunnites que l’on pourrait citer, je n’en ai rapporté qu'une partie pour convaincre les wahhabites de ne pas accuser d’impiété et d’athéisme quiconque est en désaccord avec eux.

Voilà donc le premier facteur de l’égarement des wahhabites dans leur connaissance du Chiisme imâmite, qui est une fausse interprétation du mot "extrémisme".

Le second facteur est leur ignorance du Chiisme duodécimain dont je parlerai en détail dans mon prochain livre intitulé: " Muwqif ul-Ithnâ Asharîyya Min al-Qulluw-i Wal-Qulât".

Le troisième facteur est l’ignorance des wahhabites des positions du Chiisme contre les sectes extrémistes dont les lecteurs pourront voir les détails dans ce même livre. Je me contenterai de donner ici, de brèves explications.

Notes:

1-Sourate Baqara (la vache) verset 42.

2- Chef du département de littérature arabe à l’université Ayn ush-Shams.

3- Fî Sabîl il-Wahdat il-Islâmîyya Murtazâ al-Razawî p.45.

4- Al-Islâm Wa Harkat it-Târîkh p.421.

5- Bayn ash-Shîca Wa Ahl is-Sunna p.11.

6- Ar-Risâlat ut-Taqrîb/ nº 3/ p.250.

7- Al-Imam Djafar Sâdiq p.235.

8- Ali wa Banûh p.35.

9- Effort de déduction des règles juridiques à partir des sources légales.

10- Takfîr: accusation d’athéisme – anathème.

11- Irân Min al-Dâkhil p.322.

12- Zikrayât La Muzakkarât p.250.

13- La allaka Tazhak p.201.

14- Khutat ish-Shâm vol.6 p.251.

15- Jurisprudence religieuse.

16- Le magazine d’al-Alam il-Islâmî nº 91.

17- Jurisconsulte musulman.

18- Al-Imam as-Sâdiq p.22.

19- Sourate Al-e-Imran (la famille d'Emran) verset 28.

20- Al-Imam Sâdiq p.151.

21-Le magazine Risalt ul-Islam.

22- Usûl-I Mazhab ush-Shî at ul-Imamîyyat ul-Ithnâ asharîyya vol.1 p.10.

23- Mukhtasar ul-Tuhaft ul-Ithnâ Asharîyya p.2-3.

24- Mukhtasar ul-Tuhaft ul-Ithnâ Asharîyya p.2-3.

25- Ash-Shaykh al-Ghazzâlî Kamâ Arafathu Rihlat Nisf Qarn Yûsif al-Gharzâvî p.263.

26- Humûm Da îya Muhammad al-Ghazzâlî p.152.

27- Al-Milal Wan-Nahl.

28- Les attributs divins cités dans le Coran et les Traditions.

29- Aqîdat ul-imam ul-Hâfiz Ibn-i Kathîr-i Damishqî Fî Âyât us-Sifât.

30- Aqîdat ul-imam ul-Hâfiz Ibn-i Kathîr-i Damishqî Fî Âyât us-Sifât.

31- Introduction du livre "Tafsîr-i Âyât us-Sifât".

32- Al-Aqîdat ul-Islâmîyya Fil-Qurân Wa Manâhidj ul-Mutikallimîn.

33- Al-Aqîdat ul-Islâmîyya Fil-Qurân Wa Manâhidj ul-Mutikallimîn.

34- Ma an Alâ Tarîq id-Da wa p.134-137.

35- Tawassul.

36- 5ième principe parmi les vingt principes qu’il a écrits pour l’union des musulmans.

37- Dastûr il-Wahdat ith-Thiqâfîyya Bayn il-Muslimîn.

38- Umar a cité : “Le Prophète a dit que le mort souffrait des pleurs de sa famille.”

39- Tartîb ul-Madârik p.66.

40- Ash-Shaykh al-Ghazzâlî Kamâ Arafathu Rihlat Nisf Qarn Yûsif al-Gharzâvî p.125.

41- Minhâdj us-Sunna p.133.

42- Al-I tisâm vol.1 p.235.

43- Al-Tabsari p.298.

44- Al-Mustasfâ vol.1 p.145.

45- Musallam uth-Thubût Bi-Sharh-i Fawâtih ir-Rahamût vol.2.

46- Usûl ud-Dîn p.12.

47- Consensus (ici) : concordance des oulémas sur un point, une question de jurisprudence. Al-Asma' Was-Sifât p.357.

48- Al-Macâlim p.138 Asâs ut-Taqdîs.

49- As-Sunnat un-Nabawîyya Bayna Ahl il-Fiqh Wa Ahl il-Hadîth.

50- Dastûr il-Wahdat ith-Thiqâfîyya Bayn il-Muslimîn p.68.

51- Sourate l'étoile verset 28.

52- Ash-Shaykh al-Ghazzâlî Kamâ Arafathu Rihlat Nisf Qarn Yûsif al-Gharzâvî p.123-124.

53- Fî Zilâl il-Qurân vol.6 p.4008.

54- Al-Islâm Aqîda Wa Sharîca.

 

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