Pourquoi les « lettres isolées » dans les Sourates?

Question: Cher professeur, Allâmah Seyyed Mohammad Hussein Tabâtabâï.

Le Saint Coran est un Livre céleste que Dieu le Très Haut a révélé au fur et à mesure au Prophète Mohammad (a.s.s.), à différents moments et maintes occasions. Selon Ibn Sirin, le Saint Coran est constitué de 6216 versets, alors qu’Ibn Mas'ûd affirme qu’il compte 6218 versets. Quant aux autres, ils tous sont d’accord que le Saint Coran contient 114 Sourates, dont 28 débutent par des lettres séparées (moqatt'ah), telles que: Alif-lâm-mîm الم ﴿, Alif-lâm-râ الر﴿, Alif-lâm-mîm-çâd المص﴿, Alif-lâm-mîm-râ المر﴿, 'Aïn-sîn-qâf عسق﴿, Hâ-mîm حم ﴿, Tâ-sîn طس ﴿, Tâ-sîn-mîm, ﴿طسم Kâf-hâ-yâ-'aïn-çâd ﴿کهیعص Yâ-sîn ﴿یس, çâd ص ﴿, Tâ-hâ طه﴿, Qaf ق﴿, Nûn ن ﴿.

La question qui se pose ici est de savoir quelle est la signification de ces lettres. Pourquoi trois des sourates médinoises et 25 mecquoises débutent par ces lettres? Pourquoi donc toutes les Sourates ne débutent-elles pas par celles-ci? Sachant que le Saint Coran a été révélé en arabe, on se demande si les compagnons du Prophète qui avaient entendu les versets de Coran les avaient appris par cœur; et ceux qui les avaient écoutés, recueillis et sauvegardés comprirent-ils le sens de ces lettres?

Et si les premiers compagnons du Prophète en saisissaient la signification pourquoi tant de différents dans les commentaires du Coran et pourquoi la majorité d’entre eux ne s’accordent pas sur une réponse acceptable?! Comme cela a d’ailleurs été mentionné dans les livres de commentaire cités.

De toute manière, la révélation de ces lettres n’est pas vide de sens, elle a sans doute un témoignage à rendre: quel est donc leur message véridique? Sont-elles des lettres codées ou des mots abréviés? Ou bien sont-elles les lettres initiales de mots, employées pour attirer l’attention de l’auditeur ou des termes idiomatiques particuliers?

Jusqu’à présent j’ai fait beaucoup de recherche dans les traditions et les paroles des compagnons, mais ce que veut dire le Saint Coran par ces lettres reste obscur dans mon esprit. Les propos des commentateurs, les interprétations des chercheurs orientalistes et les paroles des soufis n’ont rien éclairci sur ce mystère.

Étant donné que les savants ont des différents si bizarres sur le sujet, il m’est venu à l’esprit de m’enquérir de votre opinion scientifique, pour je puisse y déceler des points intéressants et que mes doutes se résolvent.

En prenant connaissance de cette interrogation, il vous revient par conséquent de résoudre cette énigme par vos conseils et de nous révéler la vérité à ce sujet. Je ne m’attends certainement pas à ce que vous me répondiez: ces lettres constituent un des mystères et des sigles dont Dieu Seul connaît la signification. Nous sommes tous, en effet, tenus de comprendre tous les versets coraniques, puisque Le Tout Puissant les a révélés en arabe dans le but de guider l’humanité.

J’attends donc une réponse congrue de votre part. En attendant, veuillez recevoir mes meilleures salutations…

Alep, le 28 Safar 1379, Docteur Abdu-Rahmân al-Kiâlî

Réponse:

Au nom de Dieu le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Cher Professeur Abdu-Rahmân al-Kiâlî,

Recevez mes salutations les plus respectables.

La méthode que nous employons pour commenter le Saint Coran est celle d’éviter de nous référer à autre chose que le Saint Coran lui-même, afin de comprendre et exposer le sens des versets. Concernant les versets difficiles, nous n’employons que les autres versets; mais les traditions, transmises par chaîne de transmission, nous étant parvenues de la part du Saint Prophète (a.s.s.) et celles nous semblant logiques, sont également des arguments et des références pour nos commentaires; étant donné que le texte coranique reconnaît que les déclarations et les ordres du Prophète (a.s.s.) sont des arguments et doivent être obligatoirement appliqués.

Il faut également se conformer aux traditions rapportées de la famille du Prophète devant être suivies et nous y recourons en tant que preuves. L’un de nos arguments à ce sujet est justement la tradition de « Thaqalaïn » qui nous est parvenue dans la limite d’une chaîne de transmission multiple et ininterrompue, ainsi que certaines autres traditions. Ces propos ont d’ailleurs été apportés dans l’introduction du premier volume du commentaire du Coran « Al-Mîzan » et dans le troisième volume nous en avons discuté avec fermeté et en avons expliqué complètement les ambiguïtés.

Mais nous ne nous sommes pas appuyés sur les paroles provenant des compagnons du Prophète, les personnes suivant les compagnons du Prophète (après la mort de ce dernier) ou les commentateurs du Coran, ne nous semblant pas être des arguments convenables (à moins que ce ne soit des discours rationnels). En effet, leurs propos ne sont qu’efforts personnels de recherche et de réflexion (idjtihâd), ils ne sont d’aucun intérêt s’ils ne restent arguments que pour leur propre personne. Pour nous leurs interprétations sont identiques aux traditions non catégoriques et elles ne sont guères valables. Dans notre exégèse nous avons employé la méthode et le principe suivants concernant les nombreuses traditions provenant du Prophète et des Imams descendants du Prophète (a.s.):

"انّ القرآن یصدّق بعضه بعضا"

« Certains versets du Coran confirment d’autres »(1).

"ینطق بعضه ببعض "

« Les versets s’adressent les uns aux autres » (2).

"یشهد بعضه علی بعض"

« Les contextes se soutiennent les uns les autres » (3)
Ce principe est une méthode convenable et un cheminement approuvé, qui nous sont parvenus grâce aux traditions. Sans aucun doute, les versets coraniques possèdent un style et une disposition de mots comme tous les autres langages et une compréhension apparente. Mais bien que nous utilisons par notre entendement leurs sens et desseins; nous ne pouvons percevoir clairement le sens des lettres séparées par leur style de langage encore inconnu, des lettres telles que: Alef-lâm-mîm, Alef-lâm,râ, Tâ-Hâ ou encore Yâ-sîn sont encore obscures pour nous.

Ces lettres séparées, ne sont donc pas comme les autres 2 et 3 versets coraniques, elles n’ont pas été révélées pour être comprises de la même manière que les mots arabes habituels.

Nous ne pouvons pas non plus prétendre que l’existence de ces lettres est inutile et vide de sens, puisque les paroles de Dieu sont exemptes de toutes futilités, Il les décrit d’ailleurs de cette façon:

إِنَّهُ لَقَوْلٌ فَصْلٌ وَمَا هُوَ بِالْهَزْلِ

« Ceci (le Saint Coran) est, certes, une parole décisive. Et non point une plaisanterie frivole ! » (4)

Il ressort de ces propos que si certaines des sourates coraniques débutent par des lettres séparées, cela n’est pas sans raison bien entendu et ces lettres ont été citées dans une intention bien précise. Les motifs avancés par les compagnons du Prophète, leurs disciples et les commentateurs du Coran ne peuvent cependant pas persuader les âmes à la recherche de la vérité. C’est pourquoi dans nos commentaires nous avons retardé notre discussion sur le sujet, à la sourate 42 (La consultation) commençant par les lettres séparées: Hâ-mîm, Aîn-sîn-qâf. Nous espérons que Dieu nous accorde l’occasion de pouvoir soulever l’un des voiles couvrant ce mystère afin que certains points puissent être éclaircis, si bien entendu la mort nous laisse un sursis.

Si nous avons penché en faveur de cette sourate par rapport aux autres, c’est parce que dans celle-ci la manière dont s’est produite la révélation est annoncée, ce qui est tout à fait en accord avec notre sujet.

Jusqu’à présent, ce que j’ai peu découvrir sur cette question, est que ces lettres séparées ont une relation toute particulière avec la teneur et le sens des sourates, ainsi que l’intention et le but poursuivit dans celles-ci. Par exemple dans les sourates débutant par les lettres « Alif-lâm-mîm », nous observons un rapport singulier, bien que certaines d’entre elles sont mecquoises et d’autres médinoises. Parmi les sourates précédées des lettres « Alif-lâm-râ » ou « Hâ-mîm » et « Tâ-sîn », on observe des rapprochements et des similitudes n’existant pas dans les autres sourates. Dans la sourate 7 (al-'Arâf) débutant par les lettres séparées « Alif-lâm-mîm-çâd » nous remarquons que l’on retrouve les mêmes desseins et occasions spirituels que dans les deux sourates commençant par « Alif-lâm-mîm » et la sourate « çâd ».

Nous nous apercevons que dans l’ensemble, les lettres séparées ont en quelque sorte un rapport et une similitude avec le sens et les objectifs des sourates. Mais la manière et la qualité de ces relations, explications et descriptions ne sont pas encore très claires. Nous espérons cependant que le Tout Puissant nous guide pour éclairer cette vérité.

Veuillez recevoir mes salutations les plus respectueuses et demandons par la même occasion au Très Haut, pour vous féliciter et apaisement.

Le 21 Rabî'a-al-awal 1379,
Mohammad Hussein Tabâtabâï.

Manque de respect envers le Saint Coran

Question: Dessiner des portraits du Prophète et des Imams (pse), et les annexer au Coran, ou bien ajouter en appendice certains talismans ou tout autre texte; comment est-il considéré au point de vue législatif islamique?

Réponse: Tracer des portraits fictifs du Saint Prophète et des Infaillibles en les annexant au Coran, ou encore des traditions superstitieuses; revient sans aucun doute à offenser le Saint Coran et est interdit.

Tout individu musulman ne doit pas oublier ou ignorer ce point très important que ce Livre céleste est la Parole divine, nommé « Coran ». Il est le seul appui des connaissances islamiques à la fois primaires et secondaires. Il est la preuve vivante de la Prophétie et fait la fierté de six cents millions de musulmans du monde entier. (5)

En rappelant ce repère, la conscience de tout musulman ne lui permettra jamais d’annexer un autre fascicule au Coran – même si celui-ci contient des propos véridiques – et de le publier pour le propager dans la communauté musulmane. Y rajouter en appendice des textes superstitieux, des portraits purement imaginatifs, etc. ne signifie rien d’autre que se jouer de la dignité des paroles de Dieu.

Les respectables éditeurs désirant publier certains textes véridiques à propos des Imams, des fascicules sur les doctrines religieuses, de tadjvid (méthode de lecture du Coran), et de récitation coranique; peuvent les éditer et les relier séparément puis les offrir en même temps que le Saint Coran.

Notes :

1- Ehtedjadj: 1/389.

2- Bahâr-al-anvâr: 89/22.

3- Bahâr-al-anvâr: 89/22.

4- Coran, Sourate 86 (L’astre nocturne), versets 13-14.

5- Ces chiffres ont bien changé depuis et sont bien supérieurs.

 

 

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