L’homme du point de vue existentialiste

Etant donné que l'existentialisme, qui est l'une des plus célèbres écoles contemporaines de pensée, a concentré le plus son attention sur l'homme, nous devons étudier ses doctrines pour nous faire une idée claire des théories qui prévalent sur l'homme. Pour ce faire, nous nous proposons de reproduire tout d'abord les opinions de quelques penseurs représentatifs de cette école, et de les commenter ensuite:

«L'existence de l'homme précède son essence; par conséquent, premièrement, il n'y a pas de but, de plan ou de destin le concernant, qui soient antérieurs à l'émergence de sa personnalité, de son existence; deuxièmement, en tant qu'agents libres, nous pouvons choisir et changer notre essence à volonté». (Jean-Paul Sartre)

«J'émerge seul, et confronté aux troubles et aux anxiétés, j'avance et je recule. C'est ce qui donne forme à mon existence. C'est moi qui peux surpasser toutes les difficultés et donner une valeur à mon existence. Nul autre que moi ne peut me donner satisfaction. J'ai coupé mes relations avec le monde. Je combats mon propre fondement, lequel est la non-existence que je suis moi-même. Il est de mon devoir de conférer une réalité à la signification du monde et de moi-même». (Principes de la Philosophie de l'Existentialisme)

«Dans la mesure où il est question de "désappointement", cela signifie que nous nous confinons dans la dépendance de ce qui est dans notre volonté ou dans les responsabilités totales qui rendent notre action possible. Nous coupons nos relations avec toutes autres choses et nous ne caressons aucun espoir. Lorsque René Descartes dit: "Subjugue toi-même, et non le monde", il voulait dire, en réalité, que nous devons travailler sans chercher à caresser un espoir». (Jean-Paul Sartre)

«La conception de l'homme est synonyme d'un mélange d'anxiété et d'encouragement. Lorsque l'homme prend un engagement, il détermine que, par son action, non seulement il décide pour lui-même et choisit ce qu'il fera, mais il donne également une loi pour toute l'humanité, il ne peut pas éviter d'avoir un sentiment d'une responsabilité totale et profonde». (Jean-Paul Sartre)

«Ceux qui ont une responsabilité, telle celle d'un commandant militaire qui projette de lancer une attaque, savent bien à quelle anxiété nous sommes confrontés». (Jean-Paul Sartre)

A propos de "la mauvaise intention" et de "l'auto-déception", qui doivent être évitées, Sartre dit:

«Comme les êtres humains sont des êtres libres et indépendants, et qu'ils inventent eux-mêmes leurs critères moraux, la seule chose qu'on peut leur demander de faire est d'être loyaux envers leurs propres critères et valeurs».

L'assertion selon laquelle un homme est un agent libre signifie nécessairement que les êtres humains ne sont pas des jouets dans les mains des dieux ou de n'importe quelle force extérieure à eux-mêmes. En un mot, "ils sont ce qu'ils sont".

Citant Dostoïevski, qui a écrit: "Si Dieu n'avait pas existé, toutes les choses auraient été permises", Sartre dit:

«C'est le point de départ de cette école. En effet, si Dieu n'existe pas, tout est permis. Par conséquent, l'homme se sent déprimé, car il ne trouve rien dont il dépende, ni en lui-même, ni à l'extérieur de lui-même».

«L'homme est condamné à être libre. Je dis "condamné", car il ne s'est pas créé. Cependant il est libre, et du moment où il est entré dans ce monde, il est responsable de toutes ses actions».

A propos des idées de cette école concernant l'homme, les points suivants peuvent être déduits de ce qui vient d'être cité:

1. Contrairement aux autres êtres naturels qui ont une essence définie et tout faite, l'homme n'a pas une essence particulière. Son essence est celle qu'il détermine lui-même.

2. L'homme est un agent libre et a le pouvoir de choisir.

3. Aucune volonté, ni aucun principe, ni aucune loi, ne peut restreindre le champ de la liberté de l'homme.

4. C'est l'homme lui-même qui est responsable de ce qu'il fait.

Son destin repose exclusivement sur son choix personnel. Il est aussi responsable de l'environnement social qu'il crée et des changements qu'il suscite dans son milieu naturel, et cela aussi sur la base des principes qu'il formule lui-même.

5. Pour cette même raison il est toujours agité et se sent mal à l'aise, parce qu'il ne peut avoir une guidance ni un soutien de l'extérieur, et que le choix qu'il fait n'est pas facile.

6. Le malaise et le "désappointement constructif" qui poussent l'homme à "l'action" sont comme toute autre chose, le résultat de sa propre "action".

En ce qui concerne la croyance en Dieu, on peut dire que cette philosophie ne ramène pas nécessairement à l'athéisme:

Sartre dit:

«Il y a deux types d'existentialistes: il y a d'une part les existentialistes chrétiens, parmi lesquels je cite Karl Jasper et Gabriel Marcel qui, tous deux, avouent être catholiques, et d'autre part les existentialistes athées, tels que Martin Heidegger et moi-même. Le seul point commun entre ces deux types d'individus est qu'ils croient généralement que l'existence de l'homme précède son essence».

Sartre dit ailleurs:

«Dans la philosophie de l'existentialisme, la conception de l'athéisme n'implique pas la négation du Créateur. Elle signifie seulement que rien ne serait radicalement changé, même si le Créateur n'existait pas. L'homme doit découvrir et savoir lui-même qu'il ne trouve le moyen de son salut nulle part».

Il dit aussi:

«Si l'existentialiste est très perturbé à l'idée de la non-existence de Dieu, c'est parce que dans un tel cas la possibilité de trouver des valeurs dans un Paradis perceptible disparaît totalement. En outre, aucune vertu n'existerait plus, car aucune conscience n'est si parfaite et illimitée qu'elle peut penser à chaque vertu. Il n'est écrit nulle part que la vertu a une existence définie et qu'elle est toujours jugée justement».

Nous remarquons que les existentialistes qui présentent des vues athéismes, le font parce qu'ils s'imaginent que l'homme ne peut avoir de liberté absolue que s'il n'y a pas, derrière lui une "volonté extérieure qui détermine son action".

Ils disent parfois expressément: s'il y a un Dieu qui destine toute chose ou, tout au moins, Qui sait toute chose, tous les événements futurs auront lieu nécessairement tels qu'ils ont été prévus par Lui. Pour cette raison, la négation du Tout-Puissant Créateur est une condition préalable de la liberté absolue de l'homme.

Nous nous proposons d'analyser ce point lorsque nous établirons une étude comparative entre les points de vue islamique et existentialiste.

 

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