L’homme de notre époque

Si l'on considère les commodités et les divers moyens techniques dont il dispose, l'homme de notre époque a atteint un stade avancé. Les innombrables découvertes et inventions lui ont fourni nombre de possibilités, qui lui auraient paru antérieurement totalement inouïes.

Les appareils automatiques et les équipements de ce genre sont possibles pour l'homme contemporain, alors qu'ils avaient été jusqu'ici inconcevables. Il lui suffit aujourd'hui d'appuyer sur un bouton pour obtenir ce qu'il désire. L'eau, l'air, la chaleur, le froid, la nourriture et les vêtements lui sont facilement disponibles.

Les ondes radio transmettent, en un clin d'œil, non seulement sa voix, mais aussi son image, aux plus lointains coins du monde.

Les avions lui ont assujetti l'immensité de l'espace. Il vole facilement et rapidement d'un bout du monde à l'autre, encore plus facilement, plus confortablement, et plus longuement que le légendaire tapis volant.

Les astronautes lui ont ouvert la voie des planètes, et un voyage vers la Lune et vers d'autres planètes paraît parfois aussi simple qu'un voyage entre deux villes voisines.

Les nouvelles découvertes scientifiques et industrielles connaissent une telle expansion à notre époque qu'il est difficile de les dénombrer. On peut dire que la nature tend aujourd'hui à révéler à l'homme de notre siècle, dans le plus bref délai possible, tous les innombrables secrets qu'elle garde dans son sein depuis des milliers d'années.

En raison de sa connaissance des secrets de la nature et de ses merveilleuses découvertes concernant le contrôle et l'exploitation des forces naturelles, l'homme de notre époque est parvenu au zénith du bien-être matériel et il a transformé toute la terre, à son profit, en un lieu magnifique et bien fourni, lui permettant de mener la vie heureuse et tranquille dont il a toujours rêvé.

Des animaux goulus

C'était là une face de la médaille, mais celle-ci en a une autre. La civilisation matérielle d'aujourd'hui a résolu beaucoup de problèmes de la vie, et a doté l'homme d'une force éblouissante en vue de contrôler la nature. Mais, en même temps, elle a tellement fait l'éloge et vanté le mérite de l'idée d'acquérir toujours plus, qu'elle a rendu l'homme contemporain comme un animal avide, préoccupé jour et nuit de l'augmentation de la production et de la consommation, et ne pensant à rien d'autre. Le matérialisme, et l'intérêt excessif pour les affaires économiques, ont transformé l'homme en machine. Il est toujours occupé à gagner sa vie ou à trouver le moyen de mener une vie plus luxueuse. Cet état d'esprit est tellement répandu que la vie de la plupart des hommes de notre époque est presque dépouillée de tout autre contenu valable.

Il y eut une époque où l'homme attachait plus d'importance à sa liberté, et sacrifiait même sa vie pour elle. Maintenant, il est devenu l'esclave de la production et de la consommation, et il a sacrifié l'amour de la liberté sur l'autel de cette divinité matérielle.

Avec le progrès de la civilisation matérielle, les besoins de consommation de l'homme, et les moyens de les satisfaire, sont devenus tellement complexes que beaucoup de gens sacrifient leur bien-être physique et moral pour atteindre ce but.

Dans la société matérielle d'aujourd'hui toutes les hautes valeurs humaines ont été laissées de côté, et on peut dire que même les valeurs morales sont regardées sous un angle matériel. Dans la majeure partie du monde, la vraie infrastructure de l'éducation et de la formation est orientée vers le gain matériel et économique. Le véritable but de l'élaboration d'un programme d'éducation et de formation est souvent de préparer des hommes capables de réaliser le meilleur revenu économique pour les autres, et parfois pour eux-mêmes. La devise de tout un chacun, de l'homme de la rue à l'élite, est devenue: "Réalisez un gain économique et tirez les plaisirs matériels qui s'ensuivent". Les spécialistes des domaines élevés, intellectuels et techniques, les politiciens, les écrivains et les artistes, ne font pas exception à cette règle. Même, beaucoup de ceux qui sont dévoués à des causes hautement spirituelles ont été affectés par des attractions matérielles et économiques. Le travail missionnaire est le plus souvent accompli contre une rémunération financière et matérielle. Cette situation est le résultat naturel et inévitable de la profession de diverges philosophies qui prévalent à notre époque.

Jour et nuit, on répète inlassablement à l'homme qu'il n'est rien qu'un animal économique, et que la fortune et la prospérité économique constituent le seul critère d'une bonne richesse, et le seul signe de progrès d'une nation, d'une classe ou d'un groupe. On essaie constamment de faire croire aux gens que l'argent a un pouvoir miraculeux et qu'il peut résoudre tous les problèmes. On parle souvent de grosses sommes d'argent qu'on aurait obtenues par hasard, ou volées directement ou indirectement à ses semblables, et qu'on a dépensées pour assouvir les instincts les plus bestiaux. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les hommes, ou plutôt les demi-hommes de notre époque, se soient transformés en animaux goulus, disposés à acquérir l'argent de n'importe quelle source s'offrant à eux, et à le dépenser pour obtenir le plus grand plaisir possible. Ils sont devenus les esclaves de la production et de la consommation. Leur vie est totalement dépouillée de hautes valeurs dignes de la vie d'un être humain, et tend à la vulgarité et à la dégradation.

En quête d'une philosophie de la vie et de ses buts

Il est satisfaisant de constater que de nouvelles voix d'indignation se sont élevées çà et là, dans ce monde épris de production et de consommation. Elles permettent d'espérer que peut-être le temps est venu pour délivrer l'homme de notre époque des chaînes de ce moyen économique. Heureusement que ces voix appartiennent à la jeunesse plutôt qu'aux gens d'âge moyen ou plus âgés.

En effet, depuis quelque temps, la jeunesse a montré une réaction pratique, et a dit à haute voix qu'elle trouve sa vie insensée et vulgaire dans le magnifique palais qu'on lui a fourni.

Ils veulent savoir:

Si les gens sont en général heureux dans ce palais?

Si le bateau de leur vie, rempli de toutes sortes d'éléments de confort et d'équipements de voyage les conduit vers un rivage de paix et de félicité?

Si, oui ou non, cette civilisation splendide attache une quelconque importance à l'homme lui-même?

Si tous les gadgets inventés pour faciliter la vie servent vraiment l'homme, ou s'ils se sont eux-mêmes approprié toutes ses facultés physiques et mentales?

Si cette civilisation splendide qui a tellement réduit les distances entre les différentes villes, et les divers continents et planètes, en les transformant, a aussi rapproché les uns des autres les cœurs de ses pensionnaires, ou si au contraire, malgré la réduction des distances, leurs cœurs se sont éloignés encore plus, ou pis, s'ils ne possèdent plus de cœur du tout, étant donné que l'homme d'aujourd'hui a seulement un cerveau et des mains, voués exclusivement au service de l'estomac, à la satisfaction des désirs, à la recherche de richesses, de position et d'autres ambitions similaires?

Il est vrai que de telles voix produisent des échos seulement dans les régions où les gens mènent une vie économique prospère et ne sont pas préoccupés par le souci de satisfaire les besoins de première nécessité: le pain et le beurre.

Il est vrai aussi qu'il y a encore dans la majeure partie du monde, de grandes masses qui se débattent dans la pauvreté et qui mènent elles-mêmes, leurs familles, les personnels à leur charge, leurs voisins, une vie qui se situe à peine au-dessus du niveau de subsistance. Leur seul espoir actuel est une révolution sanglante qui mettrait fin à leurs privations matérielles et économiques.

Mais une prévoyance juste nécessite que les efforts de ces hommes défavorisés soient orientés de telle sorte qu'ils n'aient pas à envisager une solution aussi extrême.

En tous cas, il est certain que les gens font plus ou moins preuve de faiblesse et qu'il est difficile d'ignorer l'attrait de la prospérité économique. Tous les deux grands camps - socialiste et capitaliste - du monde moderne voient clairement que:

Bien que durant des siècles, l'homme ait fait des efforts pour s'assurer le meilleur moyen possible de mener une meilleure vie, à présent, les hommes, dans les deux grands camps, l'Est et l'Ouest, sont sacrifiés impitoyablement dans les grands temples industriels, aux pieds de la divinité de l'industrie. A part des slogans creux, il ne reste rien de la dignité humaine, de la liberté humaine et d'un vrai libre choix, dans aucun des deux camps. Tous les deux systèmes ont privé l'homme de sa dignité sous prétexte de l'exigence de la course rapide des rouages de l'industrie et de l'économie modernes et complexes.

En tout cas, l'homme moderne ne veut plus apprendre par l'industrie et la technologie comment mener sa vie.

Il veut absolument savoir quel est le but de sa vie.

Contrairement à ce que croient les pessimistes, les voix qui s'élèvent aujourd'hui pour protester et contester, peuvent être le signe avant-coureur d'une heureuse et propice prise de conscience. Elles peuvent donner lieu au réveil de l'homme et à une renaissance de la société humaine. Elles peuvent pousser l'homme à ne plus accepter un développement mécanique de l'évolution humaine et à redécouvrir le but réel de sa vie avec une vue plus profonde. Elles peuvent le diriger vers la félicité humaine. Qu'a dit le Coran à cet égard? Le Coran déclare comme principe que toute la pompe ou la parade de la vie est insignifiante, si elle est dénuée de foi et de spiritualité, et si elle n'est pas compatible avec le but qui sied à l'être humain. Un homme épris d'une telle vie est un perdant et tous ses efforts sont vains.

«Sachez que la vie de ce monde n'est que jeu, divertissement, vaine parure, cause de vanité entre vous, et une rivalité dans l'abondance des richesses et des enfants. Elle est semblable à une ondée: la végétation qu'elle suscite plaît aux cultivateurs, puis elle se fane, et tu la vois jaunir, et elle devient ensuite sèche et cassante». (Sourate al-Hadîd, 57: 20)

Ailleurs Allah est décrit comme étant la Lumière des Cieux et de la Terre, la Vérité et l'Esprit dirigeant le monde entier.

Et puis le Coran évoque les hommes méritants et dignes, que le commerce et les efforts en vue de gagner leur vie ne distraient pas de l'évocation d'Allah, ni ne détournent du but fondamental de leur vie. Ce faisant, ils s'assurent de meilleurs résultats. Leurs efforts sont toujours fructueux et conduisent à la vertu et à l'excellence.

Le Coran décrit comme suit le sort de ceux qui n'ont pas de but dans la vie et qui sont oublieux d'Allah:

«Quant aux incrédules, leurs actions sont semblables à un mirage dans un désert. Celui qui est assoiffé croit voir l'eau; mais quand il arrive, il ne trouve rien qu'Allah qui lui paie pleinement son compte. Allah est prompt dans ses comptes. Ou bien, elles sont comparables à des ténèbres sur une mer profonde: une vague la recouvre, sur laquelle monte une autre vague; des nuages sont au-dessus. Ce sont des ténèbres amoncelées les unes sur les autres. Si quelqu'un étend sa main, il peut à peine la voir. Celui à qui Allah ne donne pas de lumière, ne peut jamais avoir de lumière». (Sourate al-Nour, 24: 39-40)

Considérons bien ces versets; ils nous suggèrent une vérité devenue encore plus évidente avec le plus grand progrès scientifique et industriel, et l'expansion des dimensions de la vie humaine.

La vie purement matérielle n'est rien de mieux qu'un mirage. Les efforts d'un homme avide et cupide ne portent pas de fruit, car ils sont sans direction ni sens. Partout, il n'y a que ténèbres. Les gens y sont embarrassés et plongés dans la vulgarité. La question demeure toujours: "Quel est le sens de la vie et quel est son but?"

Selon le Coran, la vraie cause de toute confusion et vulgarité est que la vie humaine a été privée de l'élément de l' "Imân", et que l'homme concentre ses efforts sur le progrès matériel. Il est engagé dans une ère de production en vue de la consommation, et de consommation en vue de la production. De telles gens peuvent réussir au plus haut degré en ce qui concerne la réalisation de leurs buts matériels, mais à part cela, ils échouent dans tout ce qui est digne de l'être humain.

Le Coran dit:

«Ceux qui veulent la vie de ce monde et ses parures seront rétribués selon leurs actions accomplies ici-bas. Ils ne seront pas lésés ici-bas. Mais dans l'au-delà, ils n'auront rien d'autre que l'Enfer. Toutes les bonnes actions qu'ils auront accomplies en ce monde n'auront aucune valeur et tout ce qu'ils auront fait, sera nul et vain». (Sourate Houd, 11: 15-16).

 

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