La méthode de l’Imâm ‘Ali Ibn al-Hussein (p) dans la construction sociale et spirituelle

L’Imâm ‘Ali Ibn al-Hussein, Zayn al-‘Âbidîn, as-Sajjâd (p), a abordé certaines questions en relation avec la réalité sociale. De la même manière que nous avons besoin de vivre avec nos Imâms (p) le climat spirituel qui nous attache à Dieu et qui approfondit en nous la foi en Lui, à Lui la Grandeur et la Gloire, il nous est également indispensable de vivre, avec eux, la dimension sociale fondée sur la dimension spirituelle, pour apprendre d’eux, comment affermir notre foi dans notre réalité à travers ces lignes morales.

Voyons quelles sont ces lignes : L’Imâm as-Sajjâd (p) a dit : « Je n’aimerais pas gagner les Chameaux rouges si j’avais, en échange, à perdre mon âme ». Les Chameaux rouges, on le sait, constituent une très grande fortune. L’Imâm veut dire que si j’avais à choisir entre cette grande fortune et le fait d’accepter d’être humilié par un gouverneur tyrannique, je n’opterais pas pour la fortune car, rien dans cette vie n’a de valeur égale au sentiment de dignité… Tu es donc appelé à ne pas te laisser humilier par une créature qui t’est semblable alors que vous êtes, tous les deux, égaux. L’Imâm (p) poursuit en disant : « Je n’ai jamais avalé une coupe qui me soit plus douce qu’une coupe de colère que je retiens au lieu de la faire éclater contre une personne qui m’aurait irrité ». Tu es donc invité à supporter la personne qui t’aura porté atteinte même si elle t’irrite. Tu dois dompter ta colère pour te rapprocher de Dieu, car Dieu dit : ((Que vous soyez justes, c’est plus proche de la crainte révérencielle)) (Coran II, 237).

L’Imâm as-Sajjâd (p) aborde aussi une question sensible qu’est le fanatisme. Il dit à ce propos : «Le fanatisme qui est péché consiste, pour quelqu’un, dans le fait de considérer les mauvaises personnes parmi les siens comme étant meilleures que les bonnes personnes appartenant à un autre clan ». Tu appartiens, par exemple, à un clan, à un parti, à une confession ou à un mouvement donné. Ton fanatisme, si tu es fanatique, te fait voire les mauvaises personnes parmi les tiens comme bien meilleures que les bonnes personnes appartenant à l’autre clan. Alors tu prends le côté de celui qui appartient à ton clan même s’il est méchant et tu le fais rien que parce qu’il appartient à ton clan. Tu prends une attitude hostile à l’autre rien que parce qu’il n’appartient pas à ton clan. L’Imâm (p) ajoute« Aimer les siens ne fait pas partie du fanatisme, mais les aider à commettre des injustices fait partie du fanatisme ». La foi t’oblige de t’opposer à celui qui appartient à ton propre clan lorsqu’il suit la voie de l’injustice, et de soutenir ton ennemi lorsqu’il est traité injustement.

Voilà ce qu’est la grande ligne du concept islamique humain qui gère l’appartenance de l’homme à une sphère familiale, nationale ou ethnique. Il est naturel pour l’homme d’aimer ceux qui se rencontrent avec lui à l’intérieur de cette sphère. Cela constitue une conséquence naturelle au niveau des sentiments des relations humaines normales. Mais dans le cas où cette sphère s’approche des principes afin de les démolir en portant l’homme à soutenir l’oppresseur qui appartient à son clan contre l’opprimé qui n’y appartient pas, l’homme doit se placer du côté du principe et non pas du fanatisme.

 Voire ses défauts avant de voir ceux des autres

Pour ce qui est de la question sociale, l’Imâm as-Sajjâd (p) définit une voie positive à emprunter au sujet des relations des gens les uns avec les autres. Il dit à ce propos : « Celui qui possède ces trois qualités est sous la protection de Dieu, et Dieu lui donnera, au Jour du Jugement, un place à l’ombre de Son trône. Il lui donnera aussi la sécurité au Jour de la Grande Peur. Ces qualités sont celle de celui qui donne aux gens ce qu’il peut leur demander,  celle de celui qui n’avance ni ne recule d’un seul pas avant de savoir si ce qu’il fait est ou n’est pas dans l’obéissance ou dans la désobéissance à Dieu ; et celle de celui qui ne reproche à l’autre un vice avant d’en se débarrasser lui-même. Chacun a assez de vice qu’il lui vaut mieux s’en occuper avant de s’occuper de ceux des autres ».

Gagner le Paradis sans passer par le jugement

Les paroles de l’Imâm as-Sajjâd (p) sont des paroles instructives fondées sur la bonne nouvelle et le souci de gagner un haut rang auprès de Dieu. Il a dit : « Au Jour du Jugement, un crieur lancera l’appel suivant : ‘Que les personnes de bons mérites se lèvent’. Des gens se lèveront et on leur dira : ‘Entrez dans le Paradis !’. Avant d’y arriver, les Anges les accueilleront en leur disant : ‘Où allez-vous ?’. Ils finiront par savoir qu’ils vont au Paradis sans passer par le Jugement parce qu’ils sont les gens de bons mérites. Et d’expliquer, ces gens diront : ‘Si l’on nous traitait avec injustice et agressivité, nous répondions par mansuétude, pardon et patience’. On appellera ensuite les gens de patience qui déclareront : ‘Nous étions décidés à obéir à Dieu et à ne pas commettre des péchés’. On appellera ensuite les voisins de Dieu qui s’avèreront être très peu nombreux et qui déclareront : ‘Nous nous visitions mutuellement rien que par amour de Dieu et nous nous sacrifions les uns pour les autres rien que par amour de Dieu’. Ces trois groupes gagneront ainsi le Paradis aux cris des Anges qui leur diront : ‘Quelle bonnes récompense qu’est la récompense de ceux qui œuvrent pour Dieu ! ».

Par cette Tradition, l’Imâm (p) entend nous montrer que les bons caractères de l’Islam, comme la mansuétude, la patience, le pardon, le don et le sacrifice, représentent la ligne islamique qui permet à l’homme de gagner le gros lot, c’est-à-dire de gagner le Paradis sans passer par le Jugement. Y a-t-il une récompense qui puisse être plus grande ?! Il est vrai que l’homme qui rompt avec la convoitise peut se sentir privé, mais sa privation ne lui porte aucun préjudice dans la mesure où la récompense en sera la félicité.

Savoir pour agir

Les Imâms appartenant aux Gens de la Maison (p) ont défini une attitude claire en ce qui concerne la recherche du savoir : L’homme doit rechercher le savoir pour le transformer en réalité et en action dans la vie. Le savoir n’est pas requis pour être vécu par l’homme sous sa forme abstraite ou à travers les informations qu’il réunit dans sa pensée. Le savoir est requis pour la reconstruction de la vie et de l’action humaine ou pour produire ce dont l’homme a besoin pour atteindre ses buts. D’où l’homme doit poser des questions pour s’instruire, il doit apprendre pour transformer son savoir en action au service de l’homme et de la vie. Quant à ceux qui apprennent sans agir, ils ne peuvent pas utiliser leur savoir et le mettre au service de l’homme. On le constate chez beaucoup de ceux qui étudient et qui transforment leurs raisons en bibliothèque mais sans utiliser le contenu de cette bibliothèque pour transformer la réalité humaine, pour faire de la réalité humaine arriérée une réalité avancée, pour faire de la réalité corrompue une réalité saine.

On lit dans une Tradition : « Un homme est venu voire l’Imâm Zayn al-‘Âbidîn (p) auquel il a posé des questions et a eu des réponses à ces questions. Puis il est revenu pour lui poser d’autres questions. Alors l’Imâm (p) lui a dit : ‘Il est écrit dans l’Evangile : ‘Ne cherchez pas à savoir ce que vous ne savez pas avant d’avoir agi à partir de ce que vous savez, car le savoir qui n’est pas traduit en action ne fait que rapprocher l’homme de la mécréance et ne fait qu’éloigner l’homme de son Seigneur’ ». Dieu nous demande de savoir pour agir, pour que le savoir change toute notre foi, toute notre action et toute notre réalité humaine.

D’après ce qu’il disait aux gens, l’Imâm (p) leur demandait de continuer de travailler lorsqu’ils commençaient une action de bien, qu’elle soit au niveau du culte ou au niveau des relations avec les autres et avec la vie. Il en est ainsi car Dieu, le Très-Haut, n’aime pas que le bien pratique dans la vie de l’homme soit une affaire d’occasion perdue, c’est-à-dire un bien qu’on fait et qu’on n’en récolte pas les fruits. Ce que l’Imâm (p) nous demande -lorsque nous croyons qu’une telle action est une action de bien- est d’essayer de l’adopter comme direction et de la suivre dans notre vie. Il dit à ce propos : « J’aime bien poursuivre l’action même si elle n’est pas grande ». Il ne s’agit pas de travailler beaucoup, mais de persévérer dans le travail car cela conduit aux résultats et consolide les positions du bien dans la vie.

La richesse est dans le contentement

L’Imâm as-Sajjâd (p) insiste à dire que la richesse de l’âme réside dans le contentement dans le rapport de l’homme à ses besoins, et que la pauvreté réside dans la convoitise. Il dit à ce propos : « J’ai constaté que tout le bien se trouve dans le fait de ne pas convoiter ce que possèdent les autres ». La raison est que le fait de convoiter ce que possèdent les autres te conduit à t’humilier et à t’incliner devant tes convoitises, ce qui permet aux autres de t’exploiter même au niveau de ce dont tu crois et de ce dont tu veux. Cela peut te conduire à la déviation, alors que dompter la convoitise te conduit à te révolter contre le mal qui est en toi et cela augmente ce que tu possèdes en matière de bien. Mais le fait de ne pas convoiter ce que possèdent les gens ne signifie pas le fait de ne pas travailler avec eux, de ne pas échanger avec eux ou de ne pas faire des gains en échangeant avec eux. Il signifie plutôt que tu dois chercher à gagner à partir de ton effort et à partir de ton travail avec eux dans le domaine des choses licites. Il te faut te contenter de ton effort et des résultats que tu obtiens à partir de tes efforts. Dieu, le Très-Haut, dit à ce propos : ((Ne porte pas tes regards sur ces jouissances dont nous fîmes le lot de certains d’entre eux : Vain décor éphémère destiné à les éprouver. Mais le lot que ton Seigneur t’a fait auprès de Lui sera bien meilleur et plus durable)) (Coran XX, 131). Le Commandeur des Croyants, ‘Ali (p), a dit : « Sois hautain en ne te rabaissant pas à la recherche des choses vilaines même si elles te procurent ce que tu désires, car rien ne compense ce que tu perds de ton âme. Celui qui n’espère rien de la part des gens et met tout son espoir en Dieu, à Lui la Grandeur et la Gloire, verra tous ses désir réalisés par Dieu ».

La patience et la satisfaction

Passons, après tout cela, à un autre aspect de la question qui est en rapport avec nos moralités et nos attitudes dans la vie, et commençons par contempler ces paroles de l’Imâm as-Sajjâd (p) : « La patience et le fait de se sentir satisfait de ce qui est donné par Dieu et la forme ultime de l’obéissance à Dieu. Celui qui se patiente et se contente de ce qui est décrété par Dieu, qu’il l’aime ou qu’il le déteste, verra Dieu ne rien décréter que ce qui est bien pour lui en matière de ce qu’il aime et de ce qu’il déteste ».

Le Commandeur des Croyants, ‘Ali, (p) dit à propos de la patience : « La patience est, par rapport à la foi, comme la tête, par rapport au corps. Celui qui n’a pas de patience n’a pas de foi ». La patience est le fondement qui donne à la vie pratique la vitalité de la foi. Elle est comme la tête qui dirige le corps, commande tous ses organes et lui ouvre la voie au moyen des yeux grâce auxquels il voit, au moyen des oreilles grâce auxquelles il entend, et au moyen de tout ce qu’il sent, tout ce qu’il goûte et tout ce qu’il articule. Le corps n’a aucune valeur en dehors de la tête qui, grâce à tous ses appareils et fonctions, conduit tout le mouvement de la vie dans le corps. Comme la tête, la patience conduit le mouvement de la foi chez l’homme. Elle est, dans toutes les obligations religieuses de l’homme, en rapport avec la faiblesse, la privation et tout le reste. Il faut donc que l’homme soit patient dans sa vie pour y fonder sa foi sur des assises fermes et stables.

Le meilleur et le plus pieux parmi les gens

Une Tradition rapportée de l’Imâm Zayn al-‘Âbidîn as-Sajjâd (p) dit : « Celui qui met en pratique les obligations qui lui sont prescrites par Dieu fait partie des meilleurs parmi les gens, et celui qui met en pratique les obligations qui lui sont prescrites par Dieu fait partie des plus pieux parmi les gens ». On dirait que l’Imâm s’interroge sur les moyens qui permettent à l’homme de se présenter devant son Seigneur en tant que modèle qui occupe une place distinguée parmi les gens ? Il répond que ces moyens consistent à mettre en pratique les obligations prescrites par Dieu. Ces obligations sont celles représentées par les rites et les actions cultuelles, d’une part, et celles représentées par l’action sur soi, par la conduite morale et par la participation aux activités sociales, politiques, sécuritaires et économiques, d’autre part. Il s’agit en fait de toutes les obligations de l’homme envers son Seigneur, envers lui-même et envers les gens et la vie. En mettant ces obligations en pratique, tu seras compté parmi les meilleurs des gens, car tu auras acquis tout ce que Dieu t’a promis comme bien sous ses aspects en liaison avec ton intérêt et l’intérêt de la vie dans le sens qui satisfait à Dieu. C’est en cela que consiste le sens de l’homme distingué qui mérite de faire partie des meilleurs parmi les gens. Quant à celui qui mérite de faire partie des plus pieux parmi les gens il est celui qui adore Dieu dans le sens où l’adoration est le fait de s’acquitter de toutes les obligations prescrites par Dieu dans le domaine du culte, des échanges et des relations. Tout cela fait partie de l’adoration car l’adoration est la soumission complète à Dieu.