Après un bon d’appel secret, le prophète (ç) reçut l’ordre de propager son message et de ne pas avoir peur des mécréants : « Expose donc clairement ce qu'on t'a commandé et détourne- toi des associateurs. Nous t'avons effectivement défendu vis-à-vis des railleurs ». (Sourate 15 Hijr : 94-95). Le messager était à « Abtah » près de Minâ lorsque ce verset lui fut révélé. Il se tourna alors et dit aux gens : « Je suis l’envoyé de Dieu. Je vous invite à l’adoration d’un seul Dieu. Je vous demande d’abandonner les idoles qui n’apportent ni profit, ni perte, qui n’ont ni crée et qui ne donnent pas le pain quotidien. Des idoles qui ne font revivre ni mourir ». (ref 3 p 149). La mission du prophète (ç) amorça dès ce jour un nouveau tournant. Ainsi lors du pèlerinage, à Mina et parmi les tribus proches, le prophète (ç) engagea ses prêches et ses enseignements. Ce qui ne manqua pas de susciter la réaction des Qorayshites.

LES EFFORTS DES QORAYSHITES

 Les Qorayshites jusqu’ici restaient indifférents face à l’action de Muhammad (ç), et n’entrèrent en action que lorsque ce dernier s’en prit ouvertement à leurs idoles qu’ils taxaient d’abomination. Ils les traitèrent de choses sans objet et inefficaces. Les Qorayshites prirent le devant pour s’opposer à la mission du noble prophète (ç). Ils ne s’en prirent pas directement à lui directement à lui car ils ne voulaient pas engendrer un conflit familial à cause de la présence d’Abou Talib le chef de Bani Hâshim. Ils jugèrent mieux alors aller voir Abou Talib pour lui demander de faire taire son neveu. Prenant pour raison que le prophète (ç) traite leurs dieux de sans esprit et eux-mêmes d’éperdus, les Qorayshites exigèrent l’intervention d’Abou Talib à qui ils avaient du respect par son âge et son rang social. Ils sont allés jusqu’à proposer de donner au prophète (ç) tout ce qu’il voulait (si les biens qu’il visait). Entreprise vaine car Muhammad (ç) n’arrêta pas son mouvement.

Les Qorayshites suggérèrent alors à Abou Talib d’avoir un entretien sérieux avec son neveu, en compagnie de Oumâra ibn Mouguira. Le prophète (ç) répondit sereinement : « Cher oncle ! Si on me met le soleil dans la main droit, et la lune dans la main gauche je n’abandonnerai jamais l’appel à l’Islam jusqu’à ce que Dieu le porte au triomphe ou que je sois anéanti dans cette voie ».

LE SOUTIEN D’ABOU TALIB

 Face à la fréquence des persécutions Qorayshites, Abou Talib fit savoir à son neveu qu’il peut compter sur lui à tout moment. Tous les autres membres du clan Hâshim, musulmans comme non musulmans, réitérèrent cette motion de soutien. Une façon de signifier aux Qorayshites que si jamais ils s’en prenaient violemment à leur fils, ils feront face à leur vengeance. Craignant les méfaits de l’éventualité d’une guerre tribale dont l’issu serait incertaine, les Qorayshites ne mirent par leur menaces à exécution. Abou Lahab était le seul Hâshimite reconnu comme ennemi déclaré de l’Islam.

RAISON ET DEGRE DE L’OPPOSITION DES QORAYSHITES

 La question qui se pose immédiatement est pourquoi les Qorayshites vouèrent une opposition farouche à l’Islam dès le début de l’appel public, alors que les enseignements islamiques n’étaient pas encore si fournis pour faire l’objet d’inquiétude et susciter une telle réaction. Quel danger avaient-ils pressentis face aux premiers versets coraniques pour lancer une telle offensive. Est-ce juste pour défendre la dignité de leurs idoles qu’ils manifestèrent cette animosité envers l’Islam ? Ou alors d’autres raisons soutiennent cette attitude ? (il s’agit en fait ici de l’engagement des notables Qorayshites ? Pourtant, le peuple suit leur chef. Appeler le peuple au soulèvement contre une nouvelle religion était si simple car les Arabes étaient très conservateurs par rapport à leurs traditions).

Il n’est pas si difficile de comprendre la réaction des Qorayshites face à l’avènement de l’Islam car grâce au commerce, ils avaient acquis une certaines puissances économiques. Ils ne toléraient alors aucune concurrence et rien ne peut se faire sans leur consentement. Et agissait hostilement face à toute personne ou tribu qui voulait rivaliser avec eux. Il est donc tout à fait naturel que les notables Qorayshites ne tolérassent guère la religion de Muhammad (ç). Ils avaient compris dès le début que l’Islam allait contre leurs pratiques idolâtriques. Et sachant que les gens allaient adhérer à son mouvement, les Qorayshites ne se voyaient pas en train de le laisser faire.

CRAINTE D’UNE MUTATION DU SYSTEME SOCIAL

 Le système social mecquois, quoique reposant sur la tribu avait au fil des temps commencé à fonctionner sous l’égide de la puissance Qorayshite. Les notables Qorayshites avaient institué un ordre social dans lequel ils avaient le monopole de certaines choses. En ralliant dans ses rangs les jeunes, les misérables, les faibles et les esclaves, l’Islam essayait de secouer les piliers d’une aristocratie fondée sur le gouvernement des riches et des nantis. Par ailleurs, le prophète (ç) n’appartenait pas à la première classe de la société puisque dès la naissance il était déjà orphelin et malgré le fait qu’il ait grandi chez Abou Talib un homme modeste sans moyen, il n’a pas pu se hisser à la cime de la société. L’appel du prophète (ç) semblait être alors le début d’un dérèglement de la structure sociale. Les Qorayshites n’eurent-ils pas dépêché des émissaires pour aller faire rapatrier les premiers émigrants musulmans de l’Abyssine ? Le saint Coran déclare souligne la raison pour laquelle aucun notable ne s’est présenté au prophète (ç) : « Est-ce eux qui distribuent la miséricorde de ton Seigneur? C'est Nous qui avons réparti entre eux leur subsistance dans la vie présente et qui les avons élevés en grades les uns sur les autres, afin que les uns prennent les autres à leur service. La miséricorde de ton Seigneur vaut mieux, cependant, que ce qu'ils amassent ». Un exégète confirme que le verset fut révélé au sujet de Walid ibn Mouguira le chef de la tribu Makhzoûm. Walid dit un jour : « Pourquoi le Coran est révélé plutôt à Muhammad (ç) qu’à moi ? Alors je suis l’un des grands des Qorayshites. Les Mecquois s’opposaient à l’Islam pas en tant que religion, mais en tant que nouvel ordre social.

SOUCI ECONOMIQUE

 Certains chercheurs estiment que la réaction des Qorayshites découle du fait qu’ils amassaient les biens sur le dos des gens. Et les versets coraniques descendus à la Mecque condamnent énergiquement ce comportement. Par conséquent, lorsque les bourgeois Qorayshites entendaient ces versets, ils sentaient leurs intérêts menacer. En guise d’exemple nous avons ces versets : « Laisse-Moi avec celui que J'ai créé seul » ; « Je vais le brûler dans le feu intense (Saqar). Et qui te dira ce qu'est Saqar? Il ne laisse rien et n'épargne rien. Il brûle la peau et la noircit ». (Sourate74 : 11-16 ; 26-29)

« Que périssent les deux mains d'Abou Lahab et que lui-même périsse.. Sa fortune ne Lui sert à rien, ni ce qu'il a acquis. Il sera brûlé dans un feu plein de flammes. De même que sa femme, la porteuse de bois ». (Sourate 111 : 1-4)

« Malheur à Tout calomniateur diffamateur, qui amasse une fortune et la compte, pensant que sa fortune l'immortalisera. Mais Non! il sera Certes, jeté dans la Hutamah. Et qui te dira ce qu'est la Hutamah? Le feu attisé d'Allah, qui monte jusqu'aux cœurs ». (Sourate 104 : 1-7

« Ton Seigneur t'accordera certes [Ses faveurs], et alors Tu seras satisfait. Ne t'a-t-Il pas trouvé orphelin? Alors Il t'a accueilli! Ne t'a-t-Il pas trouvé égaré? Alors Il t'a guidé. Ne t'a-t-Il pas trouvé pauvre? Alors Il t'a enrichi. Quant à l'orphelin, donc, ne le maltraite pas. Quant au demandeur, ne le repousse pas. Et quant au bienfait de ton Seigneur, proclame-le ». (Sourate 93 : 5-11).

Ces versets témoignent par leur aspect qu’ils ont été révélés après la réaction des Qorayshites (quand bien même cela ne parait comme la cause directe de leur offensive). En tout cas, les riches commerçants et les notables furent en tête de fil de l’opposition. Un rapport historique démontre : « le peuple du prophète (ç) essaya de s’intéresser à  leur frère qui les appelait à la vérité et à la lumière. Ce n’est à partir du moment où le messager s’en prit à leur idoles et à un groupe de riches Qorayshites venant de Tâ’if. Tel fut le point de départ des hostilités. C’est alors qu’un bon nombre de gens s’éloignèrent de lui ». (Tabari, t2, p221).

CRAINTE DES PUISSANCES VOISINANTES

 Le saint Coran énonce la crainte d’une éventuelle attaque des puissances comme raison pour laquelle les Qorayshites s »efforçaient à vouloir éteindre l’Islam, car si jamais celles-ci embrassaient l’Islam ils seront menacés : « Et ils dirent: ‹Si nous suivons avec toi la bonne voie, on nous arrachera de notre terre›.  Ne les avons-Nous pas établis dans une enceinte sacrée, sûre, vers laquelle des produits de toute sorte sont apportés comme attribution de Notre part? Mais la plupart d'entre eux ne savent pas ». (Sourate 28 : 57).

Harith ibn Nawfal ibn Abou Manâf dit un jour au messager: « Nous savons que ce que tu dis est vrai. Mais si nous croyons en toi et embrassons ta religion, les Arabes risquent de lancer sur nous une attaque ? et nous ne sommes pas disposés à affronter une invasion présentement (Tabari ; Majma bayâne, t7, p 260). Les Arabes redoutaient les forces voisinant telles que l’Iran et la Rome antique. La preuve en est que le prophète (ç) entreprit d’appeler à l’Islam des notables arabes à qui il lut des versets coraniques qui traitaient de la moral et de l’âme innée. Ils furent émerveillés. Mais, le plus grand d’entre eux, Mousnâ il Hârith n’hésita pas à exprimer son inquiétude au prophète (ç) : « Nous sommes pris entre deux eaux : d’un côté les côtes arabes, et de l’autre l’Iran et l’Euphrate. Qasrâ nous a déclaré qu’il ne veut entendre aucune agitation venant de ce côté. Il nous avertit de non plus donner l’asile à un brigand. Il est possible que les empereurs autour de nous ne soient pas satisfaits si nous adoptons ta religion. On peut tolérer qu’un malheur nous frappe de l’intérieur. Mais si le danger venait du côté de l’Iran, nous ne saurons y faire face.

CONCURRENCE ET JALOUSIE TRIBALES

 La jalousie et la convoitise restent des fléaux difficilement curables qui gangrenaient le système social dans la société arabe avant l’Islam. Etant donné que le prophète (ç) était de la tribu Hâshim, les autres notables ne se voyaient pas en train d’adhérer à l’Islam et augmenter ainsi le prestige des Hashimites. Abou Jahl, l’un des riches figures de Bani Makhzoûm explique cela en ces termes : « Nous avons rivalisé avec les enfants d’Abdou Manâf pour la notoriété. Ils nourrissaient les gens, nous en faisions autant. Ils fournissaient des montures au peuple, nous également. Ils donnaient de l’argent, nous en donnions aussi. Nous avons toujours ainsi évolué d’égal à égal. Tels deux chevaux de course, nous avons évolué ensemble. Subitement, ils déclarent qu’un prophète (ç) recevant le message divin a été suscité parmi eux. Et comment allons-nous rivaliser avec eux dans ce domaine ? Je jure par Dieu que nous n’allons par embrasser sa foi et nous n’allons jamais l’accepter ». (Ibn Hishâm, t1, p337).