Dr. Sayed Sadreddine Fadlallah

Il est communément admis que le dialogue est une nécessité inéluctable.

Or, plusieurs côtés exploitent les désaccords entre les différentes confessions de l’Islam afin que les musulmans demeurent divisés et leurs avenirs restent menacés. Ils transforment les points forts en points faibles, utilisent les avis juridiques ordinaires comme des grands facteurs originaires afin de combler les désaccords.

Les procédés méthodologiques et les modalités de la mise en œuvre de ce dialogue y sont bien explicités dans le Saint Coran et la Sunna. C’est à ces questions qu’est dévolue la présente section qui va en traiter, à travers les quatre points suivants :

A- Conditions nécessaires à tout dialogue.
B- Le dialogue dans le Coran.

C- Le dialogue dans la Sunna.
D- Les valeurs nécessaires pour entamer un dialogue.

A- Conditions nécessaires à tout dialogue

Le dialogue nécessite les principes suivants :

1-               La conversation avec l’autre, quel qu’il soit ; doit être basée sur l’échange avec l’autre et ne pas chercher un alter ego, un autre que soi-même. Le Moi étant somme toute bien enraciné. L’individu ne doit pas non plus être enfermé d’une façon fanatique sur soi. Car il ne récolte, dans les deux cas, que dispute et combat avec soi-même plutôt qu’avec l’autre.

Il est alors évident, qu’il est indispensable d’avoir deux ou plusieurs parties, pour qu’il ne s’agisse pas d’un simple monologue.

Le Saint Coran mentionne que les non-croyants n’atteindront point la réalité car ils n’écoutent nullement l’autre, comme s’ils sont sourds et aveugles, il dit : «les incrédules sont atteints de surdité et frappés d’aveuglement, comme si on les appelait de très loin.» S41 : V44.

2-   L’acceptation de l’interlocuteur tel qu’il est, en cherchant des plates-formes de rencontre au sein d’une réalité caractérisée par la différence. Car la reconnaissance mutuelle des deux parties commence par la prédisposition psychologique à s’ouvrir sur l’autre, avec tolérance, c’est-à-dire l’accepter tel qu’il est.

Ce principe exige l’élimination de tous les aspects d’antipathie et de toutes les attitudes d’hostilités acquises à travers l’histoire. Il exige aussi, l’exclusion des accusations implicites et énoncées, souvent proférées à l’aveuglette et de façon projetée. Il suppose enfin, la nécessité d’écarter le désir ardent d’intervention et d’orientation, qui tente à montrer sa supériorité, son hégémonie et laissant son autorité de dominer le terrain.

En revanche, il doit être animé par la volonté de dissoudre les différends, d'écarter les divergences, de maîtriser les éléments de contradiction, de rétrécir les écarts et de renforcer les rapports communs.

Le Saint Coran cite au Messager de Dieu un principe de réussite, Il dit : «Si tu avais été rude et dur de cœur, ils se seraient séparés de toi » S3 : V159. Car le dialogue et la communication seraient interrompus.

3-   Le dialogue doit éloigner tout éléments de défi, endogène soit-il ou exogène, en vue de purifier l’atmosphère et de mettre en évidence les circonstances favorables à l’entrevue. Il faut se défaire de la passivité, de l'isolation et de tout ce qui conduit à la déconsidération de l’autre, à l’égoïsme, l’ignorance et aux complexes. Il faut aussi s’écarter de toute tendance concernant la supériorité, la prédominance et l’obstination. Il exige ainsi d’éviter ce qui offusque les principes et les convictions et ce qui implique une agressivité à l'opposé de l’être dans ses dimensions matérielles et spirituelles. Il doit être dans les limites des données et des visions qui ne cèlent pas de provocation de l’esprit et des sentiments.

Le Saint Coran insiste sur ce principe, il dit au Prophète : «Appelle à la Voie de ton Seigneur par la sagesse et une belle exhortation. Discute avec eux de la meilleure manière.» S16 : V125. Et Il dit aux musulmans : « Ne discutez avec les gens du Livre que de la manière la plus courtoise » S29 : V46.

Le dialogue doit être accompagné d’une évaluation égalitaire, d’une volonté commune, d’une estimation réciproque et d’une exigence d’interaction des deux parties, à condition de se mettre d’accord sur un minimum de concepts et principes. Faire en sorte qu’aucune des parties concernées ne se ressente décatie ou dans l’incapacité de persister et d'escorter l’évolution du dialogue, dans toutes ses étapes.

Le Saint Coran cite ce principe comme un élément capital pour le dialogue, il dit au Prophète : (dit) : «C’est nous ou vous qui sommes guidés ou dans l’égarement flagrant» S34 : V24.  Donc, il dit : De prime abord, nous somme égaux ; ou bien nous suivons la voie droite ou bien nous sommes manifestement égarés.

4- Être apte à confronter le dialogue, avoir recours à la connaissance réfléchie et être en mesure d’échanger dans un esprit de quiétude et de lucidité. Chercher à convaincre, sans toucher à l’interlocuteur, à sa réaction ou à son point de vue, et sans exigence à exclure ses différences. Voir à ce sujet : Voir : Le Dialogue au  Regard de l’Islam : 3 / Article de l'Organisation islamique pour l'Éducation, les Sciences et la Culture – ISESCO.

Le Saint Coran dit : «Si vous ne le savez pas, interrogez les gens auxquels le Rappel a été adressé » S16 : V43. Alors, Il dit : référez-vous aux gens de savoir.

5- En ce qui concerne le dialogue entre les religions ou les différentes écoles spirituelles, il est évident que les religions ont pour but d’enjoindre les hommes à obéir à leur Créateur, de matérialiser le contentement, l’équité, la sécurité et la paix pour l’humanité toute entière. Elles convoitent à consolider les moyens de l'harmonie et de la coexistence entre les peuples en dépit de leurs différences d’origines, de couleurs et de langues. Elles appellent à la propagation de la vertu avec sagesse et bienveillance et condamne l’extrémisme, le fanatisme et le racisme. Voir à ce sujet : Déclaration de Madrid : Juillet 2008 : 3.

Cependant, si les conjonctures de cette rencontre sont prêtes, nous pouvons supposer le planisme du dialogue en déterminant les règlements, les conditions, les objectifs et les parties concernées. Ce qui reflète aussi la définition de sa finalité, la résolution à l’établir dans la franchise, l’honnêteté, la confiance, la modération, la sincérité et l’équité.

Ces conditions sont susceptibles d’être appliquées à toute forme de dialogue, quel qu’en soit le niveau. C’est en effet ce qui se manifeste dans les cas suivants :

1- Le dialogue entre les religions, notamment entre l’Islam et le Christianisme.

2- Le dialogue pour le rapprochement entre doctrines islamiques, particulièrement entre les chiites et les sunnites.

3- Le dialogue entre le Nord et le Sud et entre l’Est et l’Ouest, principalement Le dialogue Arabo-Européen et entre l’Orient et l’Occident.

4- Le dialogue culturel, social et politique au sein d’une même nation ou patrie.

Il est à noter, que le manque de communication est l’un des obstacles les plus proéminents sur la voie du dialogue. C’est un phénomène mondial qui réclame un effort régional et international structuré et assorti. Il faut confronter cet obstacle avec responsabilité et équité de telle sorte que soit apporté la justice et la stabilité dans le monde. On a conscience que les désordres que notre Nation, voire l’humanité a subit lors du XXe siècle sont le résultat du manque de dialogue et de communication. 

B- Le dialogue dans le Saint Coran

Le Saint Coran a constamment été un Livre de dialogue dont les portées et les horizons sont illimités. Le dialogue fut entretenu avec différentes catégories de créatures, notamment avec les croyants, les gens du Livre, les hypocrites, les polythéistes et d’autres dont les Anges, les Prophètes et même Satan (Iblis).

Nous trouvons différents termes et vocables signifiant le dialogue. Nous allons présenter, ci-après, les termes et les vocables les plus marquants qui reflètent le concept de dialogue :

1-   Al-Hiwar (le dialogue) : Ce mot est un nom d’action, dérivé du verbe "hara qui signifie "retourner". Dans le contexte qui nous concerne ici, l’emploi est métaphorique, il s’agit en effet de l’échange verbal à caractère conversationnel entre les interlocuteurs. Voir : Lisan Al Arabe 4 : 217- Dar Sadir- Beyrouth.

Le Saint Coran utilise ce terme dans deux Sourates :

- Sourate « Le Caverne » qui expose un modèle d’un dialogue entre deux interlocuteurs, un locuteur et un allocutaire, il dit : « Propose-leur la parabole de deux hommes. L’un d’eux Nous avons donné deux jardins … Il récolta donc ses fruits et dit, au cours d’une conversation à son compagnon : «Je suis plus riche que toi et plus puissant aussi grâce à mon clan * Son compagnon qui conversait avec lui répliqua : «Aurais-tu renié Celui qui t’a créé de poussière, puis de sperme et qui, ensuite, t’a donné ta forme humaine?! * Pour moi, c’est Dieu qui est mon Seigneur auquel je n’associe personne.» S18 : V34-38.

- Sourate « La discussion » qui expose un autre modèle de dialogue entre un émetteur et un récepteur, il dit en s’adressant à Son Envoyé (saw) : « Dieu a bien entendu la parole de celle qui discutait avec toi à propos de son époux et qui se plaignait à Dieu. Et Dieu entendait votre conversation, car Dieu est Celui qui entend et qui voit » S 58 : V1.

Selon ces Versets coraniques, le dialogue ne peut se maintenir et se poursuivre que s’il est basé sur l’intercompréhension des deux parties : un locuteur et un allocutaire, ou un émetteur et un récepteur. Chaque un d’eux suit l’autre dans la progression et les conclusions de ses arguments et raisonnements. Cependant, si la conversation se transforme en affrontement, en agression, en contraste ou en controverse, elle se transforme en polémique.

 2- Al-Jidâl (la dialectique) : C’est un nom d’action, dérivé du verbe "Jadel" qui signifie « enrouler" la corde" ». Dans le contexte qui nous concerne ici, il s’agit en effet de la dialectique, la discussion, le débat, la polémique et la controverse. Voir : Lisan Al Arabe 11 : 103-105.

Pour l’essentiel, la dialectique tire son origine du dialogue. Elle se particularise par la confrontation d'arguments et de dialectique rationnel pour séduire l’allocutaire et d’établir ses arguments. Il exige une conversation fondée sur l’aptitude de raisonnement et ajustement de la conviction par la preuve, pour pouvoir percer l’essence de la question controversée. Elle est éventuellement accompagnée par de divergence et d’altercation que la partie antagoniste y est absolument engagée.

« La dialectique » a pris plusieurs formes au cours des siècles en tant que méthode de raisonnement, alors :

Chez Socrate (-470 à -399), la dialectique est l'art qui conduit l’esprit de l'interlocuteur à découvrir la connaissance vraie qu'il porte en lui. En jouant et en posant d'habiles questions, il laisse son interlocuteur s'enfermer dans ses contradictions, puis l'amène à prendre conscience de ses erreurs de jugement. Voir : Petite Bibliothèque de Philosophie : 33 - traduit et commenté par Jean-François Pradeau - Ellipses, 2001.

Chez Platon (-428 à -347), la dialectique est l'art de la discussion, du dialogue, en tant que moyen d’apercevoir des sens sensibles aux Idées. "Pouvant être perçues par les sens de la réalité absolue du monde intelligible, modèle, idéal". Voir : Platon : Œuvres complètes, 1 : 52, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1940. " Et le dialecticien est "celui qui a une bonne maîtrise de la question et de la réponse”. Voir : Voir : Le Dialogue au  Regard de l’Islam : 13.

Le Saint Coran utilise ce terme en plusieurs formes grammaticales (Présent, passé, future pluriel, singulier etc.) souvent pour signaler la dispute, la polémique et la controverse, la tergiversation et ce dans vingt-neuf versets. Parmi ces derniers, à titre d’exemple, il dit : «L’homme est, cependant, le plus querelleur des êtres » S18 :V54. Pour mentionner que l’homme est querelleur de nature.

Le Saint Coran signale aussi que les mécréants se réfèrent à la controverse afin d’infirmer la vérité, il dit : « Les mécréants usent d’arguments faux pour rejeter la vérité. Ils se moquent de mes signes et de ce dont ils ont avertis » S18 :V56.  

Cependant, le Saint Coran invite voire commande le Prophète et les musulmans à utiliser les meilleures méthodes en discutant avec l’autre, il dit : « Ne discutez avec les gens du Livre que de la manière la plus courtoise » S29 : V46. Et il dit : «Appelle à la Voie de ton Seigneur par la sagesse et une belle exhortations. Discute avec eux de la meilleure manière.» S16 : V125.

3- Al-mirâ’ (La contradiction, la dispute… l’hésitation) C’est un nom d’action, dérivé du verbe " marâ " qui signifie «Engager une discussion ou une dispute avec son adversaire.» L’origine de ce terme en Arabe signifie "presser le pis de la chamelle pour qu’elle donne du lait" Voir : Lisan Al Arabe 15 : 278. Alors, dans le contexte qui nous concerne ici, il s’agit en effet d’un essai du côté de chacun des deux partenaires de "presser" son adversaire pour qu’il manifeste le maximum de ses preuves.

Ce terme est cité dans le Saint Coran, dans dix-neuf versets, pour indiquer deux contextes : Dans le premier ; ce terme est employé dans la perception de la polémique acharnée et de la controverse obstinée. Parmi ces versets, à titre d’exemple, il dit : «Il est vrai que ceux qui contestent (Yu-marouna) l’Heure sont dans un profond égarement ». S42 : V18.

Dans le deuxième contexte, le Saint Coran utilise ce terme dans le sens de l’hésitation, de scepticisme. Il dit, à titre d’exemple, en s’adressant à Son Envoyé (saw) : «C’est la Vérité qui te parvient, émanant de ton Seigneur. Ne sois donc point du nombre des sceptiques !» S10 : V94. Voir aussi : S3 : V60. S6 : V114.

IL est évident, que ces termes de dialogue dans le Saint Coran et les différents éléments qui en découlent sont consacrés à la discussion avec les non-croyants et l’entretien avec les Gens de Livre. En revanche, en ce qui concerne le dialogue entre les confessions de l’Islam, le Saint Coran confirme : «Les croyants sont frères. Établissez donc la paix entre vos frères et craignez Dieu» S49 : V10. Et à propos de cas de conflit, il dit : «Si deux groupes de croyants se combattent, rétablissez la paix entre eux. Si l’un des deux se rebelle encore contre l’autre, luttez contre celui qui se rebelle, jusqu’à ce qu’il s’incline devant l’ordre de Dieu. S’il s’incline, établissez entre eux la concorde avec justice, soyez équitables ! Dieu aime ceux qui sont équitables. » S49 : V9.

Il est évident que les versets coraniques insistent à maintes reprises sur le fait que « les musulmans sont frère » quel que soit, leurs doctrines, leurs cultures leurs races, ou leurs tendances sociales ou politiques. Ils doivent veiller à la conciliation, à la communication et à la solidarité entre eux. Le respect des opinions et des convictions des autres est la plate-forme en Islam. Les musulmans doivent ainsi être associés dans un esprit de fraternité, ceci pour le bien de la communauté et de l'humanité.

Le Saint Coran condamne l’extrémisme, la violence, l'intolérance (At Takfir) et surtout prétendre avoir la réalité absolue afin d’exclure l’avis de l’autre au sein de la communauté islamique.

Il dit, à titre d’exemple : «Nous avons fait de vous une communauté éloigné d’extrême (du juste milieu) » S2 : V143. Et Il dit : «Dis à Mes serviteurs de prononcer de bonnes paroles. Le démon se glisse entre eux, le démon est l’ennemi déclaré de l’homme. » S17 : V53. Et Il dit : «Ne dites pas à celui qui vous adresse le salut : tu n’es pas croyant (Musulman)» S4 : V94.
C- Le dialogue dans la Sunna

De divers Hadiths appellent et rappellent aux musulmans qu’ils forment une seule communauté. Ils doivent conserver leur alliance fraternelle des croyants auprès de leur seigneur et de son Messager. Ils condamnent le fanatisme quel que soit la nature. Ils incitent à la proximité, à la convivialité, dans une extension nettement totale qui se ramène à la reconnaissance mutuelle.

Cette alliance fraternelle des croyants s’étend jusqu’à ce qu’ils soient considérés comme un seul corps, comme l’a bien dit le noble Prophète de Dieu (saw) dans un hadith si répandu : «Les croyants et les croyantes dans leur affection, leur compassion et leur sympathie, les uns envers les autres, les croyants sont tels un même corps, lorsqu’un organe en souffre, l’ensemble de l’organisme en pâtit par l’insomnie et la fièvre » Sahîh al-Bukhârî : Hadîth n° 2018

Dans un autre hadith aussi bien répandu, il dit : «Nul d’entre vous ne peut être croyant tant qu’il n’aime pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même » Voir : Al-Buhkârî, Muslim, Ibn Hanbal, et an-Nawâwî dans les Quarante hadiths, hadîth n° 13.

Il en résulte alors le fait que la communauté se définit par la solidarité qui associe l’appui et la protection des uns porté aux autres. Une solidarité qui procure à tous les membres de la société islamique un minimum d’intérêts fondamentaux, qui détermine une vie digne et aisée et qui repousse les nuisances qui encombrent cette vie souhaitée. En effet, Le Prophète (saw) dit « Ne vous détestez pas, ne vous enviez pas les uns les autres et ne fuyez pas les uns les autres et soyez des serviteurs de Dieu» Mustadrak Al-Wasaïl 9 : 97 – Hadith : 124/1. Sahih al-bukhârî : Hadîth 2034.

Une telle solidarité et fraternité ne privilégie personne à ne pas être devant sa responsabilité dans les limites de ses capacités et de ses compétences. Le Prophète (saw) dit à ce propos : «Vous êtes tous des pâtres et vous êtes tous responsables de votre bétail. Le prince est un pâtre ; l’homme est le pâtre de sa famille, la femme est pâtre dans le foyer de son époux et pour ses enfants de celui-ci. Ainsi, vous êtes tous des pâtres et vous êtes tous responsables de vos sujets » Mizan Al-Hikam 2 : 1212 – Muhammad Ar-Richahri.  Al-Bukhârî 6 : 146.

D- Les valeurs nécessaires pour entamer un dialogue.

En définitive, le dialogue est le moyen inévitable pour parvenir à l’exactitude de la vérité. Il est basé originellement sur deux valeurs :

1-     La Liberté de vouloir et d’agir, par laquelle nous décidons, entreprenons, surmontons des obstacles. Ainsi, la pensée et la connaissance, la liberté de croyance, la liberté d’expression sont également des domaines où nous pouvons éprouver notre liberté. En ce qui concerne le dialogue nous insistons sur la liberté d’expression que le Saint Coran considère comme inhérente à l’homme par nature et instinct et comme un bienfait cohérant à la responsabilité de l’homme, au libre arbitre. Ainsi, le Saint Coran dit : «Le Tout Miséricordieux. Il fait connaître le Coran. Il a créé l’homme. Il lui a appris à s’exprimer» S55 : V1-4.

L’Imam Ali (as) dit : «Ne sois pas l'asservi d’autrui alors que Dieu t’a créé libre» Nahj Al-Balagha : Missive 31.

Cette liberté comprend même la liberté de croyance, de religion. Le Saint Coran confirme cette liberté, Il dit : «Pas de contrainte en religion ! La voie droite se distingue de l’erreur» S2 : V256.

Donc, la liberté d’expression exige un dialogue entre les controversistes basés sur la sérénité et l’harmonie, l’échange avec l’autre. C’est une condition indispensable afin que le dialogue atteigne ses objectifs.

2-     Le droit d’être différent : Le Saint Coran estime que la différence entre les hommes est cohérente à leur création et il est une conséquence directe de la liberté naturelle de l’homme. Cette différence permet à l’homme de se distinguer, se développer, se compléter avec les autres personnes de sa société, d’avancer dans le chemin de la perfection morale, spirituelle et sociale.

Toutefois, cette différence ne doit absolument pas mener les parties distinctes à omettre qu’elles sont créées d’un seul être.

Le Saint Coran confirme cette réalité, il dit : «Et si ton Seigneur l’avait voulu, Il n’aurait fait des hommes qu’une seule communauté. Or, ils ne cessent de se dresser les uns contre les autres * à l’exception de ceux auxquels ton Seigneur a accordé Sa miséricorde. Et c’est bien pour être si différents qu’Il les a créés.» S11 : V118-119.

Ces valeurs forment le point de départ dans l’établissement du dialogue avec l’autre. Ceci implique d’accepter l’autre tel qu’il est et admettre qu’on est égaux et différent de lui.

Elle exige une règle équitable au dialogue qui se représente par l’équation suivante :

1- Je dois savoir de l’autre ce que je veux qu’il sache de moi.

2. Je dois agir avec l’autre de la même façon dont je veux qu’il agisse avec moi.

L’autre ici est celui-ci qui est d’une confession différente de la mienne. Voir : Le Dialogue au  Regard de l’Islam : 13.

Nous constatons que la force de la communauté islamique réside dans sa solidarité, sa fraternité et son rassemblement autour des principes figurant dans les commandements et les principes de l’Islam.

La monde Islamique est aujourd’hui dans l’obligation de rénover ses conditions, de renforcer ses moyens, de consolider ses aptitudes et de se soumettre aux principes de l’Islam véridique et de la méthode droite et rationnelle qui guide vers un avenir d’honneur commun, ce qui est le plus juste dans toutes les affaires de la vie et tous les domaines du travail utile à la religion comme à la vie de l’homme.

Effectivement, La compréhension intelligente de l’allure de l’histoire humaine et de la conscience instruite des changements que vit l’humanité aujourd’hui aide la communauté à envisager d’autres horizons vers l’avenir. Lorsque la communauté islamique s’appuie sur la méthode scientifique, il nous apparaît que le futur qui s’épanouie dans la foi et qui mène à l’attachement aux valeurs les plus hautes et aux principes sera aux forts. L’alliance entre la force de la science, de la puissance économique, et celle de la foi en Dieu mène forcément à un avenir plus florissant.

Cette mission impose aux croyants d’inculquer aux nouvelles générations les valeurs divines et, à travers ces valeurs, ils commencent à prendre conscience du sens de leur existence, de la substance de leurs êtres et de leur responsabilité dans l’univers et comment devrait être leur rapport avec Dieu et ce qu’Il leur a prescrit comme engagements.

Cet article est publié dans le Revue (« Le Débat : N3  P192 – Printemps 2010» Auteur: Sayyid Sadreddine Fadlallah - Docteur en philosophie - Directeur du centre Al-Thaqalayn – Association Al Ghadir – Région Parisienne.)