Introduction

Au matin d'un jour d'hiver ensoleillé du mois de rağab de l'an 1416 de l'hégire-décembre 1995, j'ai pris un vol en direction de la capitale britannique, Londres.

Lors du décollage de l'avion de l'est vers l'ouest, de la patrie du beau temps vers la capitale du brouillard, la chaleur des rayons du soleil qui traversait le hublot et à laquelle j'allais faire mes adieux comme je l'avais déjà fait à mon pays, avait, pour moi, un sens particulier.

L'avion s'est stabilisé au milieu du ciel pour un vol calme et doux comme s'il était amarré à un solide axe central. Aussi, j'ai décidé de profiter du temps que j'avais devant moi pour lire quelques versets du Saint Coran dans une édition de poche que j'avais toujours sur moi. C'était une de mes habitudes d'enfance car dès mon jeune âge, j'ai vu mon grand-père, dans notre grande maison à Al-Nagaf Al-'Ashraf, lire le Coran à tout moment de la journée et lors de ses voyages. Ma conscience a été, également, éveillée par mon père qui avait, constamment, un Coran dans sa poche.

J'ai ouvert le Livre Saint et j'ai commencé à psalmodier à voix basse et humble des versets coraniques pour laver mon âme, mes poumons et mon sang, purifier ma bouche des souillures des choses matérielles et de leurs tentations et prier Dieu (qu'il soit exalté) pour protéger cette énorme masse métallique suspendue entre ciel et terre des vicissitudes et des adversités du sort.

Le temps s'écoula rapidement et je me suis rendu compte qu'il était déjà midi et qu'il était l'heure de la prière de la mi-journée (al-zuhr). Aussi, je me suis levé pour me diriger vers les toilettes où j'ai renouvelé mes ablutions rituelles (al-wudụ’) après quoi je me suis coiffé avec un peigne de poche avant de me parfumer d'un petit flacon que je portais sur moi depuis que j'ai lu que le parfum est recommandé, que le Prophète Muhammad (que la bénédiction de Dieu soit sur lui et sa famille) l'appréciait et que la prière d'une personne parfumée vaut soixante-dix prières.

Après avoir fait toutes ces choses, j'ai ouvert la porte des toilettes et regagné ma place en récitant quelques versets du Coran. Mais de nombreuses interrogations envahirent ma tête.

Où vais-je faire la prière? Comment pourrais-je connaître la direction de la qibla (la Mecque)? Dois-je faire la prière en position debout ou en position assise?

Pour répondre à ces différentes questions, je me suis référé à mes connaissances légales en la matière et je me suis souvenu de l'avis des jurisconsultes qui indique que je dois faire la prière en position debout tant que je le peux, et qu'il ne m'est permis de la faire en position assise qu'en cas d'une incapacité physique.

En effet, la règle religieuse devient de plus en plus simplifiée parallèlement au recul de la capacité physique de chacun car, dans tous les cas, la prière ne peut être délaissée pour un musulman.

En arrivant à cette conclusion, j'ai balayé l'avion du regard pour y chercher un endroit où je pourrais faire la prière en position debout. C'est ainsi que j'ai remarqué une place adéquate dans un coin de l'avion et je me suis dit : bien, la place est prête! Il me reste encore à trouver la direction de la qibla d'autant plus que l'avion était stable ou presque et qu'il garde toujours la même direction. J'ai décidé, alors, de me renseigner auprès de l'hôtesse de l'air afin de connaître la direction de la sainte ville de la Mecque où se trouve le Temple Sacré (al-ka'ba).

Profitant du passage de l'hôtesse pour reprendre les verres de thé posés sur les tablettes situées devant chaque voyageur, je lui ai dit en anglais :

- Pourrais-je vous poser une question?
- Oui, allez-y, je vous en prie.
- Pouvez-vous m'aider à connaître la direction
de la qiblal
- Je suis désolée, je n'ai pas compris ce que
vous voulez.
- La direction de la qibla, la direction de la
Mecque, la ville sainte.
- Etes-vous musulman?
- Oui et je voudrais faire la prière de la mi-
journée (al-zuhr).

-D'accord, laissez-moi me renseigner à la cabine de pilotage et je reviendrai aussitôt.
En attendant le retour de l'hôtesse, je me suis rappelé que je devais lui demander quelque chose à mettre sur le sol pour accomplir la prière.

Ce que je me suis empressé de faire à son retour avec l'indication souhaitée en lui précisant que je voulais un morceau de tissu, un journal ou quelque chose de ce genre.

Elle m'a apporté un drap que j'ai étalé dans un petit coin de l'avion et j'ai pu faire, ainsi, la prière de la mi-journée (al-zuhr) puis, juste après, celle de l'après-midi (al-'asr), en n'accomplissant que deux génuflexions pour chacune d'entre elles puisque j'étais en voyage. Après la prière, j'ai fait les louanges (tasbī d'Al-Zahrā'. J'ai, donc, dit Dieu est grand (allāhu akbar) trente quatre fois, louange à Dieu (alhamdu lil lāh) trente trois fois et enfin gloire à Dieu (subhāna all āh) trente trois fois.

Après l'invocation de ces louanges, j'ai rendu grâce à Dieu avant de rejoindre ma place avec un sentiment de satisfaction et de profonde conviction.
Avant ce jour, je croyais, à tort, que la prière en avion était difficile à faire et que je serais intimidé par la présence des autres.

Mais en réalité, j'ai découvert que cet acte me donnait un certain respect. J'ai senti de la considération dans les yeux des non musulmans qui étaient avec moi y compris les membres de l'équipe de pilotage.

Alors que j'étais absorbé par mes méditations, la voix du haut-parleur annonçant le service du repas de midi interrompit mes pensées.

J'ai tourné la tête pou voir les hôtesses de la compagnie britannique proposant aux voyageurs de choisir dans le menu ce qu'ils souhaitaient manger.

En arrivant vers moi, une d'entre elles m'a demandé si je voulais du poisson ou du poulet comme plat principal.

J'ai opté pour le poisson car j'ai remarqué qu'il avait des écailles. Je l'ai choisi non pas parce que je préfère le poisson au poulet, mais parce qu'il ne m'est pas permis de manger le second étant donné que j'allais le prendre de la main d'un non musulman sans être sûr qu'il a été égorgé selon les règles de la loi musulmane. C'est un des problèmes que j'allais rencontrer souvent en Occident.

Je suis né et j'ai grandi dans un pays musulman. Aussi, même s'il m'y arrivait de me poser des questions sur l'authenticité de l'abattage rituel d'une vache, d'un mouton, d'un poulet et autres ou sur la permission d'acheter tel ou tel poisson au marché, j'évacuais, rapidement, ce doute rassuré par la religion du boucher et du poissonnier.

Tandis qu'ici, dans un pays occidental, la question est tout à fait différente. En effet, je n'ai pas le droit de manger une viande vendue par un non musulman tant que je ne suis pas certain que l'animal dont elle provient a été égorgé selon le rituel musulman.
Cette question impose, souvent, des difficultés.
L'hôtesse de l'air m'a apporté le repas. Le plateau était très appétissant. Il comprenait du poisson doré à l'huile de tournesol, des petits morceaux de pomme de terre frite, un peu de riz, de la salade, deux olives vertes, quelques grains de raisin, une figue noire, un morceau de dessert, un verre d'eau scellé, des petits sachets contenant du sucre, du sel et du poivre, deux morceaux de pain, une fourchette, deux cuillers, un couteau et une petite serviette.
J'avais vraiment faim.
J'ai, d'abord, loué Dieu puis j'ai pris la fourchette que j'ai plantée dans le morceau de poisson pour le couper et pouvoir le manger aisément. Mais des interrogations envahirent mon esprit au moment où je finissais de le couper :
Le poisson qui était devant moi avait-il des écailles ou non? Le pêcheur l'avait-il sorti de l'eau vivant ou est-t-il mort dans le filet de pêche? Si la réponse à ses questions est oui, j'ai, donc, le droit de le manger que son pêcheur soit mécréant ou musulman et même si celui-ci n'a pas cité le nom de Dieu (qu'il soit exalté) en le péchant. Mais si la consommation du poisson m'est permis, un nouveau problème s'impose à propos de l'huile utilisée pour le frire.
Cette huile était-elle pure?
La personne qui a fait la cuisine était-elle musulmane ou non?
Malgré la faim, ces interrogations m'empêchèrent de manger le savoureux et chaud morceau de poisson.

J'ai posé la fourchette sur le bord de l'assiette pour essayer de me souvenir des indications que j'avais lues dans l'épître écrit à ce propos par mon maître alors que je me préparais à faire ce voyage.

Je me suis, donc, interrogé sur la pureté de l'huile de tournesol et j'ai pu trouver une réponse rapidement en me référant à la règle légale stipulant que "toute chose est pure jusqu'à ce que tu saches son impureté". Et puisque je ne savais pas si cette huile était impure, il m'était donc permis d'estimer qu'elle était pure et que je pouvais, par conséquent, la consommer.
Ainsi, j'ai résolu mon premier problème:
Étant donné que l'huile était pure et que le poisson qui y avait été frit l'était aussi, je pouvais donc manger le plat et résoudre, en même temps, la seconde interrogation.

Quant aux questions concernant l'identité religieuse du cuisinier, à savoir s'il est musulman ou non ou encore s'il fait partie des gens des livres [Juifs et Chrétiens] ou non, elles n'ont aucune importance tant que j'ignore que le cuisinier, quel qu'il soit, avait touché les aliments directement par sa main.
Il suffisait ici de se rappeler la règle légale précédente qui dit que «toute chose est pure jusqu'à ce que tu saches son impureté».
Le résultat pour moi était évident, ce poisson était pur et j'avais le droit de le manger.
En arrivant à cette conclusion, j'ai poussé un grand soupir pour me détendre, avant de reprendre ma fourchette et manger le poisson. J'ai continué mon repas en mangeant les morceaux de pomme de terre sans hésitation étant donné que je ne pouvais pas remettre en cause leur pureté. J'ai mangé la suite de mon repas (la salade, les fruits, la pâtisserie ...) avant de boire un verre d'eau et un autre de thé en me référant, toujours, à la règle légale citée auparavant.
A la fin, j'ai remercié Dieu (qu'il soit exalté) pour les bienfaits et les faveurs qu'il m'a donnés.
Après le repas, je me suis assoupi quelques minutes. A mon réveil, la beauté azuréenne du ciel a attiré mon regard hors de l'avion. Et mon émerveillement fut encore plus grand lorsque j'ai constaté qu'un un autre bleu, celui de la mer au-dessus de laquelle l'avion volait, se trouvait au-dessous. Une sensation de légèreté m'envahit et je me suis senti noyé dans un espace infiniment bleu.

L'avion continuait son chemin à une hauteur de trente mille pieds. Il lui restait encore deux heures et demi de vol pour atteindre Heathrow, l'aéroport international de Londres.

J'ai regardé autour de moi. Certains voyageurs étaient absorbés par la lecture des journaux du matin que les hôtesses de l'air avaient mis à leur disposition pour occuper le reste du temps du voyage. D'autres étaient profondément endormis.

J'ai tendu, paresseusement, la main pour prendre l'un de ces journaux. Les titres y étaient écrits avec de gros caractères rouges et noires pour attirer l'attention du lecteur. J'ai parcouru le journal sans réelle attention car mon esprit était préoccupé par une question récurrente depuis quelques jours. Cette question est la suivante :

Comment pourrais-je protéger mon identité religieuse et culturelle de la perdition en terre d'émigration?
Ce souci m'a privé du sommeil depuis que j'ai décidé de voyager en Europe. Il s'accentua au fur et à mesure que la date du départ s'approchait pour devenir ma préoccupation principale à chaque instant.

La pression de ce souci me poussa à aller discuter avec un ami qui a déjà eu l'occasion de séjourner à Londres. Il m'a donné de nombreux conseils.

Le même souci m'a amené dans une bibliothèque où un livre m'a ouvert les yeux sur des indications me permettant de cerner le problème dans sa globalité et me proposant une façon d'agir.

Mon ami comme l'ouvrage de la bibliothèque m'ont poussé à tenir compte d'un constat d'une grande importance dont la teneur est la suivante: «Les inconvénients de l'émigration (l'exil) ne se limitent pas uniquement à l'éventualité de voir le recours à la loi légale reculer chez les immigrants et à la non-compréhension de la religion, mais engendrent des résultats plus néfastes. L'exil peut, en effet, provoquer des répercussions dangereuses altérant l'éducation de la personne musulmane, ses habitudes, ses traditions ainsi que sa vie intellectuelle, morale et sociale.» 1 .

L'auteur du livre dont j'ai extrait cette observation poursuit en disant: «Le musulman acculé à l'émigration en terre de l'impiété doit créer lui-même son propre milieu religieux. Certes, il ne peut retrouver le climat général de sa société d'origine, mais il peut toujours le faire au niveau privé en s'adaptant, harmonieusement, au nouveau milieu dans lequel il doit vivre.

La mise en place de ce climat adéquat de dimension musulmane ressemble beaucoup au fait de se vacciner contre une maladie qu'on ne peut éviter qu'en s'armant d'anticorps nécessaires.

Je ne prétends pas que c'est une chose facile et que je pourrais résoudre ce problème avec une application théorique. Mais d'un autre côté, on ne peut négliger l'importance de la perte de l'engagement religieux du croyant qui est un élément fondamental dans la formation de sa personnalité. Il faut, donc, protéger cet engagement même si cela coûterait la perte de l'un des aspects matériels de sa vie.
De la même façon qu'on insiste sur la gravité de ces risques, on insiste aussi sur l'importance de protéger le musulman de s'y soumettre et de les sauver lui, sa famille et de ses enfants.

Le musulman qui se rend dans ces pays pour assurer son avenir dans le monde ici-bas au niveau éducatif, matériel ou autre, n'a absolument pas le droit d'hypothéquer son avenir dans l'au-delà.

C'est exactement comme un commerçant qui ne doit pas perdre son honneur ou sa vie pour de l'argent quelque soit son importance. Car à quoi servirait cet argent si on perd son honneur ou sa vie? Ceci rappelle, aussi, le cas du malade qui supporte l'amertume du médicament ou les douleurs de la cautérisation pour que la maladie n'engendre pas la mort.
Donc, le croyant qui vit dans ce milieu infecté doit se prémunir des inconvénients et des dangers de ce mauvais milieu. Il lui est indispensable de créer l'ambiance religieuse qui lui convient et qui lui permettra de compenser l'ambiance de son pays d'origine» 2 .

Il doit faire cela non seulement pour lui-même, mais également pour sa famille, ses enfants et ses frères de religion comme le préconisent les recommandations suivantes de Dieu (qu'il soit exalté):

{O, vous qui avez cru! Préservez vos personnes et vos familles, d'un Feu dont le combustible sera les gens et les pierres, surveillé par des Anges rudes, durs, ne désobéissant jamais à Allah en ce qu'il leur commande, et faisant strictement ce qu'on leur ordonne} 3 .

{Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres. Ils commandent le convenable, interdisent le blâmable...} 4 .

On peut également rappeler à ce sujet, le hadīt suivant du Prophète (que la bénédiction de Dieu soit sur lui et sa famille) : «Vous êtes tous des bergers et chacun de vous est responsable de sa bergerie» 5 . Ce hadīt résume la règle du commandement du bien et l'interdiction du blâmable.

J'aimerais ici insister sur l'importance d'une éducation saine des enfants en terre d'exil ou d'émigration. Le devoir des pères d'inculquer à leurs enfants une éducation musulmane saine est bien plus important que leur devoir pour leur assurer des conditions économiques adéquates à une vie confortable garantissant une bonne nourriture, de beaux vêtements et une bonne habitation. Ceci est, d'ailleurs, déjà assuré en Occident.

Je pense qu'on peut obtenir cette "immunisation" escomptée en respectant plusieurs conditions dont :

1- Lire des chapitres ou des versets coraniques chaque jour autant que possible ou au moins écouter leur récitation avec piété et méditation car ils sont {des preuves illuminantes venant de votre Seigneur, un guide et une grâce pour des gens qui croient. Et quand on récite le Coran, prêtez-lui l'oreille attentivement et observez le silence, afin que vous obteniez la miséricorde (d'Allah)} 6 . En effet, «personne ne lie ou écoute le Coran sans le quitter avec un plus ou un moins : un plus sur la voie de la guidance ou un moins d'égarement. Sachez qu 'il n'y a pas de pauvreté pire que la perte du Coran et qu'il n'y a point de richesse plus
grande que celle qu'on obtient en s'y attachant. Alors, puisez vos remèdes de guéris on dans le Coran. Prenez-le comme une aide pour pallier vos difficultés car il contient les remèdes efficaces contre les pires pathologies que sont l'incroyance, l'hypocrisie, la déviation. Implorez Dieu par le biais du Coran et allez vers Lui avec son amour. N'adressez pas vos demandes à Ses créatures au moyen du Coran mais adressez-vous à Dieu par Son Livre. Sachez que le Coran est un intermédiaire accepté, un orateur authentique et que son intercession est agréée pour toute personne qui en bénéficiera le jour du jugement dernier» 7 et que «quiconque lit le Coran lorsqu'il est jeune et croyant, le Coran se mélange à sa chair et à son sang et Dieu (qu 'II soit exalté) le place, le jour du jugement dernier, parmi Ses nobles et pieux fidèles et le Coran sera pour lui, ce jour-là, une protection» 8 .

Faut-il rappeler ici qu'il existe des éditions du Coran, accompagnées de brefs commentaires, faciles à porter sur soi et dont l'utilité est grande en terre d'émigration.

2- S'attacher à accomplir les prières obligatoires aux temps codifiées sans oublier les prières surérogatoires (al-naw āfil) dans la mesure du possible. On peut citer, l'affirmation suivante du Prophète Muhammad (que la bénédiction de Dieu soit sur lui) qui a dit en s'adressant à 'Abd Allh b. Rawha en lui donnant ses directives avant d'aller combattre Mu'ta : «Tu vas te rendre dans un pays où la prosternation est rare, alors faites beaucoup de prosternations» 9 .

Zayd Al-Shahhām rapporte que «Abī 'Abd Allah ... a entendu [le Prophète] dire que l'acte le plus aimé par Dieu (qu 'II soit exalté) est la prière. Elle est la dernière recommandation des Prophètes» 10

L'Imām 'Ali (que la paix soit sur lui) parle de la prière dans ses recommandations en disant : «Ne renoncez pas à la prière. Veillez à son accomplissement. Faites en beaucoup et utilisez-la pour vous approcher [de Dieu] car {la prière demeure, pour les croyants, une prescription, à des temps déterminés.} N'entendez-vous pas la réponse des gens de l'enfer lorsqu'on leur a demandé : {Qu'est-ce qui vous a acheminé à Saqar [le feu intense]. Ils diront : Nous n 'étions pas parmi ceux qui faisaient la prière}. La prière fait tomber les péchés comme tombent les feuilles de l'arbre [en automne]. Elle rend l'homme comme une bête libérée du lasso. Le Messager de Dieu (que la paix soit sur lui) a comparé la responsabilité de la prière à une fièvre guettant devant la demeure de la personne et dont elle se lave cinq fois par jour. Aussi, la personne n'aura plus de saleté sur elle après cela» 11 .

3- Lire des invocations et des louanges autant que possible, car cette lecture remet les péchés en mémoire et incite au repentir. Elle encourage à éviter les mauvaises actions et à faire les bonnes œuvres. Parmi ces invocations, on peut citer celles réunies dans al-Sahīfa al-saggādiya (le livre des prosternations) de l’Imām Zayn Al-Ābidīn (que la paix soit sur lui), l'invocation de Kamīl b. Ziyād, les invocations du mois de ramadan telles que celles de Abī Hamza Al-Timālī, les invocations de l'aurore, les invocations des jours de la semaine et bien d'autres encore.
Tout musulman a besoin de cette purification, notamment lorsqu'il vit dans un pays non musulman.

4- Fréquenter les centres et les établissements islamiques
qui commémorent les fêtes religieuses, les anniversaires du Prophète et des Imams, les événements funèbres et autres occasions religieuses. Ces célébrations se font par des prêches
et des conférences d'orientation et se déroulent généralement aux mois de ramadan, de muharram ou de safar, voire même dans d'autres moments de l'année.
Il ne faut pas hésiter à prendre l'initiative de fêter ces occasions chez soi, en particulier lorsqu'on vit dans des villes où il n'y a ni centre ni fondation islamique.

5- Assister aux réunions et congrès islamiques qui se tiennent dans les pays d'émigration et y prendre part.

6- Lire les livres et les revues islamiques pour enrichir les connaissances et puiser quelques divertissements et jeux cérébraux.

7- Écouter les enregistrements des conférences islamiques intéressantes préparées par des savants méritants et des conférenciers de renom. Ces enregistrements sont riches de conseils
et de bons rappels.

8- Éviter les lieux de corruption (lahw) y compris regarder les mauvais programmes de télévision ainsi que les chaînes privées qui diffusent des programmes abhorrés par notre religion, par nos valeurs, par nos traditions et par notre culture et civilisation islamiques.

9- Choisir des amis convenables qui suivent la voie de Dieu afin de se guider et se corriger mutuellement. Ces amis sont les compagnons idéals pour occuper utilement le temps libre, éviter les mauvaises fréquentations et briser la solitude et ses inconvénients.

A ce propos, I’ Imam Al-Sādiq (que la paix soit sur lui) rapporte ce qui suit en se référant à ses pères (que la paix soit sur eux): «Le Messager de Dieu (que la paix soit sur lui) a dit dans un hadīt: «Hormis l'intérêt d'être musulman, aucun intérêt n'est utile que d'avoir un frère de religion» 12 - Quant à Maysara, il affirme que l’Imām Abī Ga'far Al-Sādiq (que la paix soit sur lui) a dit: «Est ce que vous vous réunissez seuls pour parler et dire tout ce que vous voulez?» Je lui ai répondu: «Oui, je le jure par Dieu. Nous nous réunissons seuls, nous discutons et nous parlons de ce que nous voulons». Il répliqua : «O, par Dieu, j'aurais bien voulu prendre part à certaines de ces réunions. Par Dieu, j'aime vos odeurs, vos esprits. Vous suivez la
religion de Dieu et de ses anges alors, entraidez-vous avec piété efforce» 13 .

10- II est indispensable que la personne fasse son examen de conscience chaque jour ou chaque semaine pour remercier Dieu si ses actes étaient conformes et bonnes et Lui demander pardon dans le cas contraire en faisant preuve de pénitence et en prenant la ferme intention de ne plus commettre des actes blāmables. Le noble Prophète Muhammad (que la bénédiction de Dieu soit sur lui et sa famille) a conseillé Abī Dar, en disant : «O, Abī Dar, Fais ton examen de conscience avant qu 'on le fasse pour toi, car cet examen est plus facile que celui de demain, pèse ta personne avant que tu ne sois pesé, prépare-toi à la grande présentation [devant Dieu] car Dieu sait absolument tout.... O, Abī Dar, l'homme n'intègre le cercle des pieux que lorsqu 'il juge sa propre personne avec plus d'intransigeance que lorsqu'il juge son associé. Il doit savoir d'où provient son mangé, sa boisson et ses vêtements. Est-ce d'une source licite ou illicite» 14 . Dans le même sens, l’Imām Al-Kāzim (que la paix soit sur lui) a dit: «II ne peut faire partie de nous
celui qui ne fait pas son examen de conscience chaque jour. S'il trouve qu'il a fait une bonne action, il demande à Dieu (qu'il soit loué) de l'aider pour en faire plus et s'il a fait un méfait, il Lui demande pardon et se repentit» 15 .

11- S'intéresser à la langue arabe car c'est la langue du Saint Coran et de plusieurs sources des règles et des textes de la loi musulmane. De plus, c'est la langue des ancêtres pour un très grand nombre de musulmans et il ne faut parler aux enfants que dans cette langue. Dans les pays d'émigration, les enfants ont la possibilité d'apprendre plusieurs langues. Il convient, donc, de leur apprendre la langue du Saint Coran ce qui les aidera à rester en étroite relation avec leur religion, leur patrimoine, leurs valeurs, leur histoire et leur civilisation.

12- Accorder un vif intérêt à la nouvelle génération en éduquant les enfants des deux sexes à aimer le livre de Dieu et à le réciter au moyen de concours et d'activités attirantes. Il faut aussi les
habituer à accomplir les pratiques adoratives (al- 'ibādāt) et à avoir de bonnes qualités morales telles la probité, le courage, le respect des promesses, l'amour des autres, sans oublier de les accompagner
dans les établissements et centres islamiques pour qu'ils s'habituent à les fréquenter. Il est, également, indispensable de leur faire connaître les ennemis de l'Islam et de renforcer l'esprit de fraternité musulmane en eux, de les prendre en main pour qu'ils participent aux cérémonies et fêtes musulmanes, de développer chez eux l'amour du travail, du sérieux et toute autre qualité pouvant les aider à mieux comprendre l'Islam et se comporter selon ses valeurs et ses principes.

Arrivé à ce point de ma méditation, je me suis arrêté pour regarder le ciel. J'ai été ébloui par des masses de nuages blancs en train de se regrouper tel un coton cardé qu'on dépose délicatement sur un sol de velours bleu.

La beauté de ce panorama était telle que je ne pouvais pas m'empêcher de la contempler.

Des troupeaux de nuages dispersés ça et là se regroupèrent petit à petit en s'enlaçant les uns contre les autres sans pour autant perdre leurs particularités, et en s'ouvrant les uns ou autres sans se confondre et se désintégrer.

Mais la question récurrente dont j'ai parlée auparavant ne tarda pas à m'envahir à nouveau.

Comment, devrais-je me comporter en terre d'exil en conservant mes particularités, sans être absorbé par la culture de l'autre et sans m'enfermer sur moi-même?
Comment les gens avec lesquels je vais vivre vont-il me juger?
Je me suis habitué dans ma ville d'origine où des vagues de touristes et de visiteurs déferlent toute Tannée à juger le comportement d'un peuple à travers ceux de ses ressortissants et d'avoir mon avis sur telle ou telle religion en observant ceux qui la pratiquent. Ainsi, lorsque le visiteur d'un pays quelconque se comportait convenablement, je me disais : les habitants de tel pays sont bons ou bien le contraire si le comportement du visiteur était mauvais.

Il est, donc, naturel que les populations du pays où je vais vivre me jugent en fonction de ma conduite comme musulman avant de généraliser leur constat à tous mes coreligionnaires.
Par conséquent, si je suis véridique dans ma parole et dans mes actes, si j'honore mes promesses, si je rends mes dépôts, si je m'impose une bonne conduite morale, si je respecte les lois publiques, si j'aide les nécessiteux, si je traite mes voisins avec bienfaisance ou, en un mot, si j'essaie d'imiter la conduite du Prophète Muhammad (que la bénédiction de Dieu soit sur lui et sa famille) en respectant ses directives qui disent que «la religion, c'est la bonne conduite (mo'amalah)», en faisant tout ça, les non musulmans avec lesquels j'aurais des relations diront que l'Islam est la religion de bonne moralité.

Par contre, si je mens, si je ne respecte pas mes promesses, si ma conduite fait peur à ceux qui m'entourent, si je ne respecte pas l'ordre public, si je fais mal à mon voisin, si je triche dans les échanges et si je trahis le dépôt etc..., dans ce cas, ceux qui seront amenés à avoir des relations avec moi penseront que l'Islam est une religion qui n'apprend pas la bonne moralité à ses adeptes.
Le pilote de l'avion interrompit l'enchaînement de mes idées en annonçant que nous étions au-dessus des territoires allemands et que nous volions toujours en direction de Londres.

J'ai tendu la main vers ma serviette pour prendre un livre que j'ai tenu à amener avec moi. Cinq citations de l’Imām Al-Sādiq reproduites dans cet ouvrage attirèrent mon attention.

Dans la première, il dit en s'adressant à ses alliés : «Soyez pour nous un embellissement et ne soyez pas une laideur, faites en sorte que les gens nous aiment et ne faites pas en sorte qu 'ils nous haïssent».

Dans la seconde, il dit en citant son père (que la paix soit sur lui) : «Soyez parmi ceux qui font la course aux bonnes actions, soyez des feuilles sans épine, car ceux qui vous ont précédé étaient des feuilles sans épine et je crains que vous ne soyez des épines sans feuille. Soyez des gens qui appellent à votre Seigneur. Faites entrer les gens en Islam et ne les poussez pas à en sortir car vos prédécesseurs les faisaient entrer en Islam et ne les poussaient pas à en sortir».

Dans la troisième citation, il écrivit ce qui suit après avoir salué ceux qui adhèrent à ses idées : «Je vous recommande la crainte pieuse (al-taqwā) de Dieu (qu'il soit exalté), d'être loyaux envers votre religion, d'employer vos efforts dans la voie de Dieu, d'avoir la parole véridique, de rendre le dépôt, de prolonger vos prosternations et d'être de bons voisins. C'est avec tout cela que le Prophète Muhammad (que la bénédiction de Dieu soit sur lui et sa famille) est venu. Rendez le dépôt à celui qui vous l'a confié qu'il soit bon ou mauvais car le Messager de Dieu (que la paix soit sur lui et sa famille) a ordonné de rendre le fil et l'aiguille. Maintenez vos relations avec vos communautés. Assistez à vos enterrements. Visitez vos malades et rendez leur ce qui leur est de droit. Si quelqu'un parmi vous fait montre de piété dans sa religion, de loyauté dans sa parole, de confiance si on lui confie un dépôt et de bonne conduite avec les autres, il sera qualifié de ga'farī [un musulman qui suit l'Imam Ga'far Al-Sādiq] ce qui me réjouira et me remplira de satisfaction car on dira voici l'éducation de Ga'far. Par contre, si celui-ci est à l'opposé de cela, alors il me fait porter ses méfaits et son déshonneur et on dira : voici l'éducation de Ga'far. Je jure par Dieu que mon père (que la paix soit sur lui) m'a dit que lorsqu 'un homme faisant partie de la shī'a [alliés] de 'Ali (que la paix soit sur lui), se retrouve parmi les membres de sa communauté, et qu'on le juge le meilleur parce qu'il veille à la remise du dépôt qu'on lui a confié, observe les droits [des autres] et parle avec vérité, c'est cette personne que les membres de la communauté chercheront à connaître car on dira à son sujet, c'est le meilleur parmi nous pour rendre le dépôt et c'est lui qui a la parole la plus véridique».

Dans la quatrième citation, il dit: «Faites la prière dans les mosquées, veillez sur le bon voisinage, accomplissez le témoignage, assistez aux enterrements car vous ne pouvez pas vous passer des gens. Personne ne peut se passer de ses semblables dans la vie, les gens sont indispensables les uns aux autres».

Dans la cinquième citation, Mu'awiya b. Wahb a posé la question suivante à l’Imām Al-Sādiq: «Comment nous convient-il d'agir entre nous, avec les gens qui vivent avec nous et avec ceux qui ne sont pas de notre doctrine? Alors il m'a répondu: Vous n'avez qu'à observer vos Imams et faites ce qu'ils font, car je jure par Dieu qu'ils visitent leurs malades, assistent aux enterrements, accomplissent le témoignage pour eux ou contre eux et rendent le dépôt» 16 .

La lecture de ces citations de l’Imām Al-Sādiq (que la paix soit sur lui), a reposé mon âme. Par ces citations et ces recommandations, l’Imām m'a tracé la voie d'action et a déterminé pour moi les règles de bonne conduite.

Et si j'y ajoutais ma décision de noter mes observations au sujet des plus importantes questions légales que j'affronterais en pays d'exil, tout en les enrichissant par les informations que contiennent les livres de jurisprudence que j'ai pris avec moi ainsi que par les réponses que pourraient m'envoyer le jurisconsulte (faqīh), j'arriverai, certainement, à résoudre mon problème avec ses dimensions morales et théologiques et qui reste celui de nombreux autres émigrés.

C'est ainsi que j'ai commencé à noter les questions légales une après l'autre en demandant l'avis du jurisconsulte en cas d'impossibilité de déduire les réponses dans son ouvrage pratique.

Ce livre se compose de deux parties : une première relative à la jurisprudence des pratiques adoratives (al-'ibādāt) et une seconde à la jurisprudence des échanges (al-mu'amalat), ainsi que de quatre annexes.

La première partie consacrée à la jurisprudence des pratiques adoratives comporte sept chapitres que j'estime utiles pour ceux qui vivent dans les pays non musulmans. Ils traitent respectivement : l'exil, l'émigration, l'arrivée dans des pays non musulmans, le conformisme (taqlīd), la purification légale, l'impureté, la prière, le jeûne, le pèlerinage et les questions relatives à la mort.

Après une introduction, chaque chapitre apporte des éclaircissements estimés nécessaires en pays d'émigration puis expose les plus importants avis (fatwas) concernant le thème étudié. La deuxième partie du livre qui aborde la jurisprudence des échanges, se subdivise en onze chapitres relatifs à : la nourriture, les boissons, les vêtements, le comportement à avoir envers les lois appliquées dans les pays non musulmans, le travail, les mouvements des capitaux, les relations sociales, les affaires sanitaires, les affaires des femmes, les affaires des jeunes, les règles de la musique, du chant et de la danse et un chapitre pour des questions diverses.

Chaque chapitre rappelle les règles de jurisprudence concernant chaque sujet puis expose les plus importants avis (fatwas) dans ce cadre. Le livre contient également quatre annexes :
La première contient des exemples des questions soulevées pour élaborer cet ouvrage suivies des réponses données par son Éminence, notre Al- Sayyid (que Dieu le garde).

La deuxième concerne les produits alimentaires qui sont utilisés dans beaucoup de repas quotidiens.
La troisième met au clair, d'une façon détaillée, certains produits utilisés ou ajoutés lors de la fabrication de certains produits alimentaires.
La quatrième est une liste de noms et photos de certains poissons qui ont des écailles et dont la consommation est licite pour les musulmans.
Enfin ce livre s'achève par la liste des sources et références consultées et une table des matières détaillée.

Notes :

1- Dahl al-muslimfi bilad al-gurba (le guide du musulman en terre d'exil), p. 27.
2- op. cit. 36-37.
3- Le Coran, sûrat Al-Tahrīm (l'interdiction), verset 6.
4- Le Coran, sûrat Al-Tawbah (le désaveu, le repentir) verset 71.
5- Al-Nûrī : moustadrak al-wasā'il, tome 14, p. 248
6- Le Coran, sûrat Al-A'rāf, versets 203-204.
7- L'imam Ali (que la paix soit sur lui) : nahj al balaga, p. 252.
8- Al-Kulaynī : al 'usl mina al Kāfî, tome 2, p. 603.
9- Cf. la partie relative au mérite de faire régulièrement al-nawāfil dans le livre d'Al-Hur Al-'Amilī : tafsîl wasā'il al-shî'a, tome 4, pp. 87 - 105
10- Al-Hur Al-'Amilī : tafsîl wasā'il al-shî'a, tome 4, p. 883.
11 - L'imam Ali (que la paix soit sur lui) : nahg al balaga, p. 317.

12- Al-Hur Al-'Amilī : tafsîl wasā'il al-shī'a, tome 12, p. 233.
13- Al-Kulaynī : al 'usul mina al Kofi, tome 2, p. 187. Voir les chapitres des visites des frères de religion, tome 2, p. 175 et celui des dialogues entre les frères de religion, tome 3, p. 186.
14- Al-Shayh Al-Tûsī : amālî tome 2, chapitre 19.
15- Al-Narāqī : garni' al-sa'adat, tome 3, p.94.
16- Al-'Amilī: tafsil wasa'il al-shi'a, tome 12, p.6 et suivantes et Al-Kulaynī : al 'uAl mina al Kafi, tome 2, p. 636.