Le nombre des prophètes

Un grand nombre de prophètes furent élus et envoyés, ayant pour mission d’éduquer et guider le peuple, tout au long de l’Histoire. Son Eminence Adam en fut le premier et Son Eminence Mohammad (le salut et la paix de Dieu soient sur Lui) le dernier. L’on ne connaît pas précisément le nombre exact des prophètes mais certaines narrations parlent du nombre cent vingt-quatre mille. Certains prophètes présentèrent une nouvelle religion et d’autres qui n’en avaient pas, ils professaient la foi précédente. Certains d’eux avaient un livre et d’autres n’en avaient pas. Il arrivait que dans une même époque, plusieurs prophètes s’occupaient de la mission divine dans les villes et les pays divers.

Suivant une narration Aba Dhar demande un jour au Prophète : Il y a combien de prophètes ? – Cent vingt-quatre mille. - Combien sont les prophètes détenteurs de la mission ? – Trois cents treize d’un groupe considérable. - Qui fut le premier prophète ? – Adam. - Est-ce qu’il est parmi les prophètes détenteurs de la mission ? – Oui, Dieu l’a créé de sa propre main et souffla de son âme en lui.

Puis le Prophète continua :

« Quatre prophète sont syriaques : Adam, Seth, Enoch ou bien Idris qui fut la première personne utilisant la plume pour écrire et Noé. Quatre prophète sont arabes : Hoûd, Salih, Chouaib et ton Prophète Mohammad. Le premier prophète des enfants d’Israël est Moïse et le dernier est Jésus et leur nombre est six cents en somme. »

-          O Prophète ! Combien de livres (sacrés) ont été descendus ?

-          Cent quatre livres dont cinquante furent envoyés à Seth, trente à Idris, vingt à Abraham et puis, la Torah, les Evangiles, les Psaumes et Fourqân. »[1]

Cinq grands prophètes détenteurs d’une religion particulière chacun, s’appelle Ulu-al-Azm et qui sont : Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Mohammad (le salut et la paix de Dieu soient sur Lui).

Ismaïl Jaafi cite Imam Mohammad Baqir (salut sur Lui), d’avoir dit :

Les arche-prophète (ulu-al-azm) sont cinq :

Noé, Abraham, Moïse, Jésus et Mohammad (le salut et la paix de Dieu soient sur Lui).[2]

Nous ne connaissons pas le nom de tous les prophètes en détail et les livres de l’Histoire n’en citent qu’un nombre restreint. Le noble Coran donne le nom de 26 d’entre eux qui sont : Adam, Noé, Idris (Enoch), Hoûd (Héber), Salih (Shélah), Abraham, Loth, Ismaïl, Elisée, Dhul-Kifl (Ezéchiel), Elias (Elie), Job, Jonas, Isaac, Jacob, Joseph, Chouaib (Jethro), Moïse, Aaron, David, Salomon, Zacharie, Jean Baptiste, Ismaël Sadiq al-Vaad, Jésus et Mohammad (le salut et la paix de Dieu soient sur Lui).

Les buts des prophètes

Tout au long de leur mission divine, les prophètes suivaient des buts dont parlent les versets coraniques et d’autres narrations. On peut les résumer dans deux buts principaux :

Premier : faire en sorte que les hommes apprennent la valeur et l’importance de leur vie spirituelle et qu’elle se perfectionne pour assurer son bonheur céleste en s’approchant de Dieu. En plus, exprimer les raisons pour lesquelles l’âme humaine accède au bonheur ou pourquoi elle tombe dans la misère avec les moyens de prévention. Il faut faire quelques remarques y concernant :

1.      La connaissance et la foi en Dieu Unique, expliquer ses caractères parfaits et sa nature pure et épargnée de toute faiblesse est un pilier de la mission prophétique et un grand nombre de versets coraniques y sont consacrés.

2.      Appeler le peuple à pondérer sur les questions comme la foi, la résurrection et la vie future, au Paradis et les fruits célestes comme les supplices infernaux vient parmi les devoirs des prophètes. Ils insistaient à prouver l’existence d’une vie future, ses récompenses et ses punitions ; tout comme abondamment de versets coraniques qui en parlent.

3.      Affirmer des prophètes antécédents et appeler les gens à la religion nouvelle qu’ils enseignent ; demander au peuple de la suivre.

Ces trois choses furent les fondements de l’entreprise des prophètes. Pour inviter ses proches à l’Islam, ainsi parla le Prophète :

« L’éloge n’appartient qu’à Dieu. Je Le loue et l’appelle à m’aider ; j’ai confiance et foi en Lui et je témoigne qu’il n’existe aucune divinité en dehors de Lui et qu’Il est Unique. », Puis Il dit :

« Un mentor ne ment jamais à son peuple. Je jure sur le Dieu qui n’a pas d’associé ! Je suis confié par Dieu de la mission vers vous particulièrement et vers l’humanité en général. Je jure sur Dieu que vous mourrez tout comme vous dormez maintenant ; et vous serez de retour en vie tout comme vous réveillez le matin. Vous rendrez compte pour votre conduite dont le résultat sera un Paradis éternel ou un supplice interminable. » [3]

4.      Encourager le peuple vers la vertu et la morale noble en appelant à la prudence face aux vices et aux conduites abjectes. En disant la conséquence dans la vie terrestre et la vie céleste des vertus morales, les prophètes appelaient les gens à accomplir les bienfaits. Exprimant les séquelles des mauvaises actions, ils demandaient au peuple de les abandonner. Ainsi, édifier les âmes peut être considéré parmi les grands buts de la mission prophétique ; tout comme le Coran dit :

« Dieu a très clairement fait une faveur aux croyants lorsqu’Il a envoyé chez eux un messager de leur milieu pour leur réciter ses versets, les purifier et leur enseigner le Livre et la Sagesse, bien qu’ils fussent auparavant dans un égarement évident. » [4]

Le Prophète a dit :

« Je vous conseille à une conduite honorable car Dieu ne m’a choisi que pour (enseigner) ce précepte. »[5]

Cette parole du Prophète a été transmise par son Eminence Ali :

« Je suis envoyé pour améliorer la morale et la vertu. »[6]

5.      Encourager le peuple à adorer le Dieu Unique et se résigner devant sa volonté. Les prophètes prêchaient diverses formes de services qu’ils comptaient parmi les moyens de perfectionner l’âme et de s’approcher du Dieu ; des services avec une influence considérable pour rendre l’homme heureux dans sa vie future. L’accomplissement des services a été défini comme l’objectif principal de l’homme. Le Coran dit :

« Nous avons envoyé dans chaque communauté un messager pour dire : adorez Dieu et écartez-vous de la révolte (contre Lui). » [7]

« Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils m’adorent. » [8]Présentant tels plans et projets aux hommes, les prophètes appelaient les gens à travailler pour accéder au bonheur dans leur vie future.

Deuxième : améliorer la situation sociale et la vie matérielle des hommes. Les prophètes s’engageaient à fond pour établir des réformes dans la vie sociale et économique du peuple. Ils appelaient les gens à chercher les savoirs, utiliser les ressources naturelles pour le travail et le progrès ; ils conseillaient qu’on établisse la justice et condamnaient la violence et les abus. Pour empêcher l’iniquité et les crimes et afin d’établir la justice sociale, ils mettaient à la disposition du peuple, les lois juridiques, pénales, législatives et économiques à provenance de la divinité et ils s’efforçaient eux-mêmes dans la mise en pratique de ces lois. Ils se battaient contre l’injustice et la violence et protégeaient les pauvres et les démunis.

En étudiant la philosophie et les lois de l’Islam nous verrons bien que cette religion s’engage à fond à améliorer la vie matérielle et le statut social du peuple.

De certains versets du Coran nous comprenons que l’un des objectifs des prophètes y consiste précisément ; par exemple il dit :  

« Nous avons envoyé effectivement nos messagers avec des preuves évidentes, et fait descendre avec eux le livre et la balance, afin que les gens établissent la justice. Et nous avons fait descendre le fer, dans lequel il y a une force redoutable, aussi bien que des utilités pour les gens, et pour que Dieu reconnaisse qui dans l’invisible, défendra sa cause et celle de ses messagers. Certes, Dieu est fort et puissant. » [9] Et il dit dans un autre verset :

« Les gens formaient (à l’origine) une seule communauté (croyante). Puis, (après leur divergence) Il envoya des prophètes comme annonciateurs et avertisseurs ; et il fit descendre avec eux le Livre contenant la vérité, pour régler parmi les gens leurs divergences. Mais ce sont ceux-là mêmes à qui il avait été apporté, qui se mirent à en disputer, après que les preuves leurs furent venues, par esprit de rivalité ! Puis Dieu de par sa grâce, guida ceux qui crurent vers cette Vérité sur laquelle les autres disputaient. Et Dieu guide qui Il veut vers le bon parcours. » [10]

La fin ultime des prophètes

Nous avons dit que tout au long de leur mission, les prophètes cherchaient deux objectifs principaux qui consistaient à : d’abord, connaître Dieu Eminent et Le servir et s’approcher de Lui qui concerne la vie spirituelle de l’homme et son bonheur céleste ; et puis, établir la justice et l’équité en condamnant la violence et la discrimination qui regarde la vie matérielle des humains.

La question qui se pose est donc la suivante : est-ce que les prophètes étaient dualistes pour suivre ces deux objectifs et qu’ils les poursuivaient indépendamment l’un par rapport à l’autre ? Ou bien, l’un était subordonné à l’autre et le supposant, lequel était principal et lequel subordonné ? Il nous semble qu’il existe à cet égard, un certains nombres d’hypothèses : 

1.      Certains sont d’avis que l’objectif principal des prophètes avait été d’assurer le bonheur terrestre des hommes et empêcher la discrimination et l’iniquité en établissant la justice. Les prophètes sont arrivés à prévenir les divergences et les violations des droits pour rendre à la vie humaine la sécurité et le bien-être. S’ils ont affirmé l’impératif de connaitre Dieu et la soumission à lui, la résurrection et les récompenses éternelles, les valeurs morales telles que : la justice, la charité, l’abnégation, le pardon, le secours porté aux démunis et aux faibles, c’est parce qu’ils sont efficients dans l’établissement de la justice sociale et de la disparition de la tyrannie et de la discrimination. Ils ont dit : une conviction monothéiste théorique et une théologie abstraite n’ayant aucune valeur intrinsèque, elles seraient parfaitement sans intérêt pour Dieu. Ces savoirs doivent fournir des moyens pour établir le monothéisme social et instituer une société égalitaire.

2.      Pour les vrais islamologues, la fin ultime de la mission des prophètes est l’éducation de l’âme de l’homme et son bien-être spirituel. Afin d’atteindre cet objectif, il faut une conviction en Dieu Unique, en Résurrection et en mission des prophètes, il faut adorer Dieu Unique et se soumettre à ses lois ; il est indispensable d’édifier son âme à partir de la morale d’honnêteté et de noblesse. Pour expliquer ce concept, nous allons voir quelques exemples :

A)    On comprend par la pensée islamique, par les versets coraniques et par la tradition narrative qu’à cause de son âme céleste, l’homme est un être supérieur à la matière ; il est éternel et ne se détruira pas avec la mort, mais qui sera transporté du monde d’ici-bas à la vie future pour voir le résultat de ses actes, bons ou mauvais. Par sa nature céleste, l’homme se perfectionne perpétuellement en cherchant Dieu et en fondant son bonheur dans sa connaissance, son adoration et sa proximité. Sa vraie vie sera aussi une vie spirituelle et céleste.

B)    Certains versets et citations précisent que la vie terrestre et ses enjeux ne valent pas grande chose et la vraie vie humaine, sa vie authentique et précieuse est celle dont il sera accordé après sa mort. Par exemple :

« Les biens et les enfants sont l’ornement de la vie de ce monde et les bonnes œuvres persisteront, ayant auprès de ton Seigneur une meilleures récompense. »[11]

« Sachez que la vie présente n’est qu’un jeu, un amusement, une parure vaine, une course à l’orgueil et une rivalité dans l’acquisition des richesses et des enfants. Elle est en cela pareille à une pluie : la végétation qui en vient émerveille les cultivateurs ; puis elle se fane et tu la vois donc jaunie ; elle devient ensuite des débris. Et dans l’au-delà, il y a un dur châtiment et aussi agrément et pardon de Dieu. Et la vie terrestre n’est qu’une jouissance trompeuse. Hâtez-vous vers un pardon de votre Seigneur ainsi qu’un Paradis aussi large que le ciel et la terre, préparé pour ceux qui ont cru en Dieu et en ses messagers. Telle est la grâce de Dieu qu’Il donne à qui Il veut. Il est détenteur de l’énorme grâce. » [12]

« Tout ce qui vous a été donné est la jouissance éphémère de la vie d’ici-bas et sa parure alors que ce qui est auprès de Dieu est meilleur et plus durable…n’y réfléchissez donc pas ? » [13]

Nombreuses sont les citations qui définissent la vie (terrestre) comme un court séjour, un passage ou un terrain qu’il faut cultiver pour le bonheur de la vie éternelle ; par exemple :

Son Eminence Ali (salut sur Lui) a dit :

« Soyez avertis ! Ce monde auquel vous rêvez et auquel vous tenez et qui vous enchante, il n’est pas votre maison destinée à vous héberger et vous n’avez pas été appelés à ce lieu. Soyez avertis ! Le monde ne durera pas (éternellement) et vous n’y resterez point ; cette vie vous a séduit, mais elle vous a averti aussi. Laissez donc son charme pour avoir crié gare et son désir pour son mépris et sa menace. Ayez la passion pour la maison éternelle à laquelle vous avez été appelés. »[14]

Et dit aussi :

« En vérité, ce monde n’a pas créé pour vous comme une demeure durable, mais elle est provisoire et que vous puissiez y collectionner les actes honnêtes comme un capital pour la demeure éternelle. »[15]

Et aussi :

« O les gens ! Le monde (d’ici-bas) est un lieu de passage et la vie future sera éternelle. Profitez donc du passage pour votre demeure. Ne dénoncez pas (les défauts des autres) en présence de Celui (Dieu) qui connaît les vôtres. Débarrassez vos cœurs (des soucis matériels) avant que l’âme quitte vos corps. Vous serez donc mis à l’épreuve dans ce monde mais vous êtes destinés à un ailleurs. » [16]

De ces versets et citations, l’on comprend que d’après l’Islam la vraie vie de l’homme est son existence spirituelle d’au-delà et que la vie d’ici-bas n’est qu’un moyen pour assurer son bonheur d’avenir. Nous pouvons conclure que l’objectif final des prophètes avait été de transmettre aux humains le moyen de s’approcher (de Dieu), de se perfectionner et d’accéder au bonheur éternel et personne, en dehors des prophètes, n’en est pas capable. Ils ont défini la foi en Dieu, en la résurrection, en la prophétie et le monothéisme et en la conduite honnête comme l’unique moyen d’accès au bonheur céleste.

Par conséquent, nous pouvons admettre la seconde hypothèse. Quant à la première disant l’objectif de la mission des prophètes est de corriger la vie matérielle des hommes ; on peut la réfuter à partir des versets coraniques et des citations.

Ça ne veut pas dire que les prophètes ne se souciaient pas d’améliorer la vie matérielle du peuple, d’instaurer la justice et d’abolir la discrimination et la violation des droits. Ils s’y engageaient même fervemment, mais c’était pour eux une valeur actuelle et parmi les meilleurs moyens du perfectionnement et d’approchement à Dieu. Les aides et les secours accordés au peuple et établir la justice avec une intention pure (de vouloir servir Dieu) sont pour les prophètes parmi les meilleurs services. Car cela rend la vie sociale possible et la société sera un lieu propice à épurer l’âme et adorer le Dieu Unique.

Nous pouvons donc réfuter l’opinion de ceux pour qui les prophètes traitaient les affaires terrestres et célestes d’un pied d’égalité ; car le monde matériel n’a qu’une valeur initiale, c’est-à-dire qu’il est un terrain de culture pour la vie éternelle et où l’on peut accéder au perfectionnement. Pour les prophètes qui essayaient de définir les services rendus d’ici-bas comme les moyens d’accéder au bonheur céleste, l’existence matérielle n’est donc point séparée de la vie éternelle.

Notes:

1- Behar Al-Anwar, Tome 11, Page 32.
2- Idem.

3- Alkamil-fi-Tarikh, Tome 2, Page 41.)
4- Al-Imran (3): 164.
5- Behar Al-Anwar, Tome 69, Page 375.
6- Behar Al-Anwar, Tome 69, Page 405.
7- Al-Jenn (16): 36.
8- Qui Eparpillent (51): 56.
9- Al-Hadid (57): 25.
10- Al-Baqara (2): 213.
11-Al-Kahf (18): 46.
12- Al-Hadid (57): 20, 21.
13- Al-Ghesas (28): 60.
14-Nahdj al-Balaqah, discours 173.
15 Idem, discours 132.
16- Idem, les aphorismes, 203